Le mont Fuji et la culture japonaise

Takashina Shûji [Profil]

[19.03.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Depuis les temps lointains de l’époque ancienne, le mont Fuji a toujours inspiré de l’admiration et du respect aux Japonais et il a servi de thème à de nombreuses œuvres picturales et littéraires. Pourquoi le Fujisan est-il si cher au cœur des Japonais ? C’est la question à laquelle Takashina Shûji, spécialiste de l’histoire de l’art et professeur émérite de l’Université de Tokyo, cherche à répondre dans les lignes qui suivent.

Edmond de Goncourt (1822-1896) était un fervent amateur d’art japonais. Voici ce qu’il a noté dans son fameux Journal à la date du 17 février 1892, après avoir vu avec des amis des estampes japonaises de Katsushika Hokusai (1760-1849) représentant le « Fujiyama » : « On ne sait pas assez ce que nos paysagistes contemporains ont emprunté à ces images, surtout Monet. »


Hokusai. Sous la vague, au large de Kanagawa, extrait des « Trente-six vues du Mont Fuji ».

De toutes les estampes qui ont suscité l’enthousiasme des peintres impressionnistes, la série des « Trente-six vues du Mont Fuji » (Fugaku sanjûrokkei) de Hokusai est sans conteste celle qu’ils connaissaient le mieux et qui les a le plus influencés. Et lorsque Claude Debussy a composé son poème symphonique intitulé « La mer » en 1905, c’est Sous la vague, au large de Kanagawa (Kanagawa-oki nami ura), une des estampes de cette série, qui a été choisie pour illustrer la couverture de la partition. Les « Trente-six vues du mont Fuji » regroupent une série de compositions magistrales représentant cette montagne sous les angles les plus divers, tantôt de très loin depuis une rue d’Edo ou depuis le large, dans le creux d’une énorme vague, tantôt au premier plan dominant l’ensemble du paysage, et c’est pourquoi ces estampes ont eu dès le début un grand succès. Hokusai a complété ce chef-d’œuvre par dix autres estampes, portant ainsi à quarante-six le nombre des vues qui le composent. Par la suite, il a réalisé une autre série d’estampes, intitulée « Cent vues du mont Fuji » (Fugaku hyakkei), qui comporte trois cahiers. Il a aussi représenté cette montagne dans bien d’autres œuvres, et notamment deux peintures. Dans la première, qui a pour titre Ramassage de coquillages (Shiohigari-zu), on voit au premier plan des ramasseurs de coquillages en train de s’affairer sur une grève à marée basse tandis qu’à l’horizon se dresse dans toute sa majesté la silhouette enneigée du mont Fuji. La seconde, qui a pour titre Dragon en train de survoler le mont Fuji (Fuji-koshi no ryû), date de 1849, c’est-à-dire de la dernière année de la vie du peintre, mort à l’âge de 90 ans. On est donc en droit de dire que le génie de la peinture doté d’une soif de création insatiable qu’était Hokusai a été fasciné par le Fuji tout au long de son existence.


Hokusai. Ramassage de coquillages (Shiohigari-zu). (Musée Municipal d’Art d’Osaka)

Hiroshige. Le quartier de Suruga, extrait des « Cent vues des lieux célèbres d’Edo ».

  • [19.03.2012]

A fait un troisième cycle d’histoire de l’art à l’Université de Tokyo. A été directeur general du Musée national des Arts occidentaux et professeur à l’Université de Tokyo. Aujourd’hui directeur du Musée des arts Ôhara et professeur émérite de l’Université de Tokyo. Auteur de plusieurs ouvrages don’t Runessansu no hikari to yami (Lumière et ténèbres de la Renaissance), Gohho no me (Les yeux de Van Gogh).

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