Les ambitions politiques de Koike Yuriko, première femme à la tête de Tokyo

Kunikida Tatsuya [Profil]

[20.04.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 |

Koike Yuriko a été élue gouverneur de Tokyo le 31 juillet 2016. Une première pour une femme. Depuis, le monde politique japonais a les yeux braqués sur elle. Lors des élections au poste de gouverneur de Tokyo, Mme Koike s’est présentée sous l’étiquette « indépendant » face au candidat du Parti libéral-démocrate (PLD) – la formation politique au pouvoir – et ce, bien qu’elle soit elle-même affiliée à ce parti.

Le 23 janvier 2017, Koike Yuriko a créé son propre groupe politique, le Tomin first no kai (TFK, Les citoyens de Tokyo d’abord). Et deux mois plus tard, elle a fondé une « association de recherches sur la politique nationale » (Kokusei kenkyûkai) pour former des candidats aux élections. Dans les rangs du PLD et des collaborateurs du gouverneur de Tokyo, beaucoup se demandent si Koike Yuriko n’est pas en train de préparer discrètement son retour sur la scène politique nationale, et même de convoiter le poste de Premier ministre.

Le Parti libéral-démocrate en difficulté à Tokyo

Vers la fin du mois de février, des prévisions concernant les résultats des élections de l’Assemblée métropolitaine de Tokyo, prévues le 2 juillet 2017, ont circulé dans le milieu de la presse. Ces estimations, fondées selon toute vraisemblance sur une enquête effectuée à la demande du gouverneur de Tokyo, annonçaient un bouleversement complet de la situation politique de la capitale japonaise à la suite d’une victoire écrasante du TFK. Voici en détail en quoi elles consistaient : TFK 59 sièges ; Kômeitô 23 sièges ; PLD 23 sièges ; Parti démocrate du Japon (PDJ) 6 sièges ; Parti communiste du Japon (PCJ) 15 sièges.

L’Assemblée métropolitaine de Tokyo se compose de 127 sièges. À la date du 20 février 2017, la répartition des sièges entre les différents partis était la suivante : PLD 57 sièges, Kômeitô 22, PDJ et affiliés 18, PCJ 17 et TFK à peine 5. Si les prévisions mentionnées plus haut s’avèrent exactes, le parti de Mme Koike passerait d’un nombre de sièges très proche de la majorité tandis que le PLD, jusque-là en position de force, s’effondrerait en obtenant moins de la moitié des sièges qu’il occupe actuellement.

Si Mme Koike réussit à conserver le niveau d’approbation dont elle jouit à l’heure actuelle jusqu’aux élections de juillet 2017, son groupe devrait devenir pratiquement à coup sûr la formation politique la plus importante de l’Assemblée métropolitaine de Tokyo.

Le pronostic des partisans est très optimiste. « Nos sondages montrent que même dans les circonscriptions qui éliront par exemple trois représentants, le TFK, le Kômeitô et le PCJ devraient arriver en tête. Le PLD ne figure même pas dans les trois premiers. Dans certaines circonscriptions à scrutin binominal, nous pensons avoir de bonnes chances de remporter tous les sièges pour peu que nous arrivions à présenter deux candidats. Si les partis de l’opposition réussissent à faire campagne ensemble, le Parti libéral-démocrate risque d’avoir du mal à remporter ne serait-ce que 20 sièges. »

Pour le PLD, se retrouver avec à peine 19 sièges, voire moins, serait un résultat catastrophique. Un tel effondrement serait une première depuis l’arrivée d’Abe Shinzô au pouvoir. En effet, durant toute cette période, le PLD a dominé sans partage la vie politique du Japon. Mais en juillet 2016, Koike Yuriko a réussi à battre une coalition menée par des candidats du PLD et du Kômeitô lors des élections au poste de gouverneur de Tokyo. Et en février 2017, le candidat du PLD pour l’élection du maire de la municipalité de Chiyoda, un des arrondissements du centre de Tokyo, a été largement vaincu par celui soutenu par Mme Koike. D’après des proches du gouverneur de Tokyo, si la tendance actuelle se confirme, le PLD doit s’attendre à voir voler en éclats la puissante organisation dont il disposait jusqu’à présent dans la capitale japonaise.

Une alliance avec le Kômeitô

Il est vrai que Koike Yuriko ne s’est pas montrée particulièrement hostile vis-à-vis des partis représentés à l’Assemblée métropolitaine de Tokyo. Le PLD est la seule formation à laquelle elle s’est opposée. Pour le contrer, Mme Koike est en train de mettre en place une stratégie d’union entre le TFK et un autre parti de l’assemblée, le Kômeitô.

En décembre 2016, le Kômeitô a abandonné le PLD pour rejoindre le groupe de Mme Koike au sein de l’Assemblée métropolitaine de Tokyo. Le 10 mars 2017, il a annoncé qu’il se rallierait avec le TFK dans les circonscriptions lors des élections. Les deux formations vont signer un accord de politique commune et d’échanges réciproques. Le Kômeitô se retrouve donc dans une situation pour le moins embarrassante : il fait partie de la coalition du PLD à la Diète nationale tout en combattant ce même parti dans le cadre de l’Assemblée métropolitaine de Tokyo. Toutefois ses dirigeants semblent convaincus que le parti n’a pas d’autre choix s’il veut survivre au sein de l’assemblée de Tokyo.

Le groupe de Koike Yuriko pense que certaines circonscriptions à scrutin plurinominal risquent de jouer un rôle capital lors des élections. Sa stratégie gagnante réside dans l’alliance avec le Kômeitô. Mme Koike souhaite également collaborer, dans la mesure du possible, avec des candidats d’autres partis à l’exception, bien entendu, du PLD. Il semble d’ailleurs que des tractations soient déjà en cours dans les coulisses. D’après une personne proche du gouverneur de Tokyo, « il est fort possible qu’à l’issue des élections, la formation dirigée par Koike Yuriko dispose de plus de 100 des 127 sièges de l’Assemblée métropolitaine de Tokyo. En tout cas, il y a de grandes chances pour que les partis autres que le PLD remportent au moins 100 sièges. »

  • [20.04.2017]

Né à Tokyo en 1969. Journaliste spécialisé dans la politique japonaise. Membre du département politique de l’agence Jiji Press depuis 2016.

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