Les « hikikomori » : des reclus en marge d’une société vieillissante

Ishikawa Kiyoshi [Profil]

[01.09.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

C’est à la fin des années 1990 que le phénomène appelé hikikomori – retrait volontaire et prolongé de la société –, observé chez les jeunes Japonais, a commencé à être perçu comme un problème. Depuis lors, la situation n’a fait qu’empirer à mesure que les hikikomori avançaient en âge.

Le vieillissement de la population hikikomori

Selon la définition du ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, le mot hikikomori désigne les gens qui fuient les contacts personnels et sociaux et s’enferment délibérément dans un isolement prolongé – six mois ou plus. Il s’applique aussi au phénomène de repli hors de la société qui est propre à ces personnes. Les reclus ainsi nommés vivent en général chez eux avec leurs parents, terrés dans leurs chambres, sans subvenir à leurs propres besoins ni fonctionner un minimum de façon indépendante.

En septembre 2016, le Bureau du Cabinet a publié les résultats d’une étude, menée en décembre 2015, révélant qu’il y avait environ 540 000 hikikomori sur l’ensemble du territoire. 35 % d’entre eux s’étaient isolés depuis sept ans ou plus. L’effectif total était inférieur de 150 000 aux estimations fournies par une étude similaire effectuée en 2010, mais il faut savoir qu’il n’incluait ni les élèves absentéistes à long terme âgés de moins de 15 ans ni les reclus âgés de plus de 40 ans. Si bien que les hikikomori appartenant en 2010 à la tranche d’âge des 35-39 ans – qui représentaient cette année-là 23,7 % du total – n’étaient plus pris en compte dans l’enquête de 2015. Outre cela, nombre de reclus n’ont aucun contact avec les milieux médicaux ou les organisations de soutien, si bien qu’ils sont invisibles pour les gens qui collectent les données utilisées dans les études.

Certaines autorités locales ont mené leurs propres études sur les hikikomori relevant de leur juridiction. Ainsi, au mois de mai de cette année, la préfecture de Saga a publié les résultats d’une enquête qui recensait 644 reclus, dont plus de 70 % avaient 40 ans et plus, et dont 36 % vivaient en isolement depuis au moins dix ans. Ces résultats suggèrent que, si l’on ajoute les personnes ignorées par l’étude du Bureau du Cabinet, le nombre total des hikikomori dépasserait le million.

Le phénomène hikikomori a commencé à attirer l’attention à la fin des années 1990, et mon impression est que le nombre de personnes concernées ne cesse d’augmenter. Les efforts consentis par les organismes de soins médicaux et d’aide sociale en vue de remédier à ce problème se sont avérés infructueux. Les gens dont le cas est relativement bénin et qui sont en mesure d’avoir recours aux établissements médicaux et aux organismes de soutien parviennent souvent à se rétablir et à progresser. Mais ceux qui sont en grande difficulté et qui se sont confinés dans l’isolement depuis des années ont tendance à rester dans la même situation jusque dans la quarantaine et la cinquantaine, avec peu de chances d’amélioration. Il arrive en outre qu’un climat de violence s’instaure au domicile de ces hikikomori à long terme, et que la famille entière sombre dans un état de paralysie mentale et émotionnelle.

Plusieurs études suggèrent qu’un tiers environ des hikikomori souffrent de troubles mentaux tels que la schizophrénie et la dépression, un autre tiers de troubles du développement, et le reste de troubles de la personnalité sous une forme ou une autre, avec la souffrance qui en résulte pour eux et pour leur entourage. Les causes sous-jacentes de ces troubles peuvent varier, mais il est fréquent que la personne affectée ait été victime de mauvais traitements, tels que brimades à l’école ou harcèlement au travail. Le manque d’attention familiale est un autre facteur, dans la mesure où il entraîne une privation d’amour et l’incapacité à acquérir à la maison une expérience suffisante de la communication.

  • [01.09.2017]

Journaliste. Diplômé de l’Université Sophia. A travaillé pour NHK, puis en free-lance. Impliqué depuis 2000 dans le soutien aux hikikomori de longue durée. Auteur de divers ouvrages, dont Chôki hikikomori no genba kara (Les reclus de longue durée : d’après une enquête sur le terrain).

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