Dossier spécial La reconstruction après le séisme : le bilan de quatre années
Les orphelins du tsunami du 11 mars 2011
Leurs blessures émotionnelles sont longues à guérir

Hayashida Yoshiji [Profil]

[02.10.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية |

Le séisme et le tsunami de mars 2011 ont fait plus de 1 700 orphelins. Le soutien de la collectivité et le la société à ces enfants, associée à la volonté de leur prêter une oreille attentive, jouera un rôle essentiel dans la guérison des séquelles émotionnelles dont ils souffrent.

Un traumatisme qui dure

Le mois de mars 2015 a marqué le quatrième anniversaire du Grand tremblement de terre de l’est du Japon, et l’attention du pays tout entier s’est tournée vers les efforts de reconstruction en cours dans les zones lourdement affectées du Tôhoku. Les médias ont consacré de nombreux rapports au courage avec lequel les enfants se sont adaptés à la vie qui est la leur depuis la catastrophe, ainsi qu’à la détermination et à l’optimisme avec lesquels ils abordent l’avenir. Il n’en reste pas moins qu’un bon nombre des orphelins avec qui je suis entré en contact restent, semble-t-il, traumatisés par l’expérience et accablés par les changements qu’ils ont traversés au cours des quatre dernières années.

L’absentéisme et le retrait de la vie sociale sont en hausse chez les élèves du secondaire, et mêmes ceux d’entre eux qui vont à l’école semblent affectés par un vide émotionnel qui les amène à laisser leurs livres de classe à la maison ou à exprimer une envie de mourir. Les proches des enfants rendus orphelins par le Grand tremblement de terre de Hanshin-Awaji, survenu en 1995, se souviennent que la période la plus difficile pour les enfants est arrivée trois au quatre ans après la catastrophe, une fois dépassée la phase où ils devaient lutter pour leur survie et se trouvaient confrontés à la réalité d’un avenir apparemment sans espoir. Malgré la réputation de stoïcisme et de persévérance dont jouissent les habitants du Tôhoku, ces enfants vont donc avoir eux aussi besoin d’une attention émotionnelle et d’un soutien rapprochés.

L’arc-en-ciel noir de Katchan

C’est pour apporter ce soutien que Ashinaga a fondé trois nouvelles Rainbow Houses en 2014 à Sendai, Ishinomaki et Rikuzen-Takata, villes situées dans la préfecture de Miyagi pour les deux premières et la préfecture d’Iwate pour la dernière. Les week-ends ou pendant les congés de printemps et d’été, ces maisons accueillent des rassemblements, parfois sur plusieurs jours, au cours desquels les enfants ont toute latitude pour partager leurs émotions refoulées – chagrin, tristesse, haine, douleur –, sans se soucier de ce que les autres penseront d’eux. Le regard objectif qu’ils peuvent ainsi se forger sur les sentiments qu’ils éprouvent leur permet d’aller de l’avant.

La Rainbow House de Sendai.

La première Rainbow House, construite à Kobe en 1999, s’inspirait d’un arc-en-ciel noir dessiné par un enfant surnommé « Katchan », devenu orphelin à la suite du séisme qui avait ravagé la région quatre ans plus tôt. À l’époque, la principale activité d’Ashinaga consistait à fournir un soutien financier aux enfants qui avaient perdu leurs parents et à leur expliquer comment se porter candidat à une bourse d’étude. En août 1995, l’association a organisé un camp pour les enfants sur une plage située au nord de la préfecture de Hyogo.

Les campeurs ont, entre autres choses, érigé un mât totémique, à côté duquel se trouvait une longue planche sur laquelle les enfants écrivaient des messages et faisaient des dessins. Katchan, qui était alors élève de cinquième année, dessina un arc-en-ciel déployé dans le ciel nocturne, mais au moment de finir son dessin, il recouvrit l’arc-en-ciel avec de la peinture noire.

Après le séisme, il était resté bloqué neuf heures dans les ruines de sa maison. Il apercevait l’ombre des sauveteurs, mais se trouvait dans un tel état de choc qu’il n’était pas en mesure d’appeler à l’aide. Huit membres de sa famille vivaient dans la maison, et son père et sa petite sœur ont perdu la vie.

Lorsque nous vîmes le dessin, nous nous rendîmes compte que le soutien scolaire offert à Katchan ne suffisait pas ; d’une importance bien plus fondamentale pour les rescapés d’un événement tragique était le soutien émotionnel, indispensable à la cicatrisation de leurs blessures psychiques. C’est dans cette perspective que nous avons construit la Rainbow House de Kobe. Nous savions que le Tôhoku aurait besoin d’installations similaires, et nous avons réussi à en ouvrir trois en l’espace de trois ans.

  • [02.10.2015]

Directeur de l’association à but non lucratif Ashinaga. Né à Tokyo en 1952. Diplômé du département des études chrétiennes de l’Université Rikkyô. Est entré en 1975 à la fondation Kotsûiji Ikueikai, où il a travaillé à divers postes, notamment à la gestion des dortoirs destinés aux collégiens orphelins. A ensuite rejoint les rangs de la fondation Ashinaga, où il est devenu secrétaire général et directeur de la Rainbow House de Kobe. Après le séisme de mars 2011, il a fondé le bureau du Tôhoku d’Ashinaga, qu’il a dirigé jusqu’en mars 2015.

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