Dossier spécial L’influence des consommateurs âgés sur le marché japonais
Les habitudes de consommation des Japonais âgés

Kumano Hideo [Profil]

[10.12.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Quelle est la situation exacte des Japonais âgés ? Sont-ils riches ou bien pauvres ? À l’heure où le vieillissement de la population de l’Archipel est tel que l’insolvabilité à un âge avancé devient un phénomène préoccupant, Kumano Hideo tente d’apporter des réponses à ces questions à travers une étude fondée sur des statistiques.

Des dépenses de consommation en hausse

Depuis plus de dix ans, la consommation chez les personnes âgées de l’Archipel est en hausse, en dépit de la morosité économique ambiante. D’après mes estimations, entre 2003 et 2014, les dépenses de consommation des ménages de la tranche d’âge de 60 ans et plus ont augmenté à un rythme annuel moyen de 3,1 %. Ce taux a été un peu plus élevé – 4,4 % par an – entre 2010 et 2014, ce qui a contribué à gonfler les chiffres de la consommation générale des ménages pendant les années consécutives à la crise financière mondiale de la fin des années 2000.

La consommation des ménages japonais dont le chef de famille est âgé de 60 ans ou plus a été estimée à 115 mille milliards de yens pour l’année 2014. Ce qui veut dire qu’elle a constitué 48 % de la consommation générale des ménages(*1) et 24 % du produit intérieur brut (PIB) nominal du Japon (Figure 1).

Mais ces chiffres étonnants ne rendent guère compte des changements démographiques en cours dans l’Archipel depuis de longues années. Les dépenses de consommation des jeunes générations ont en effet diminué de façon considérable. Entre 2003 et 2014, la consommation des ménages dont le chef de famille a moins de 60 ans a baissé de 1,9 % par an. Ce qui veut dire que la consommation globale des particuliers a stagné. Entre 2003 et 2014, elle a enregistré un taux annuel de croissance d’à peine 0,1 %.

L’augmentation des dépenses de consommation des personnes âgées s’explique par la place grandissante de cette tranche d’âge dans la démographie de l’Archipel. Mais si les Japonais âgés tendent à consommer de plus en plus, ce n’est pas le cas de la population japonaise prise dans son ensemble. Le montant moyen des dépenses de consommation pour les ménages de moins de 60 ans s’élève à 275 000 yens par foyer, alors qu’il est seulement de 230 000 yens pour les ménages de 60 ans et plus. Dans la plupart des ménages de moins de 60 ans, le chef de famille est actif et non pas retraité, comme dans la tranche d’âge de 60 ans et plus. Plus le temps passe, plus les ménages à revenus élevés âgés de 50 à 59 ans sont nombreux à intégrer la tranche d’âge des 60 ans et plus, ce qui contribue à faire baisser la consommation moyenne par foyer. En fait, le vieillissement de la population pèse de tout son poids sur la croissance économique du Japon.

En théorie, il suffirait que les revenus des ménages de la tranche d’âge de 60 ans et plus augmentent pour que la croissance reprenne. Cependant, on voit mal comment cela pourrait être le cas dans l’avenir, dans la mesure où les prestations d’assurance sociale sont en train de diminuer. Le système de retraite public japonais prévoit une indexation des pensions sur le coût de la vie, mais cette majoration est réduite par un ajustement sur certains indicateurs macroéconomiques. C’est pourquoi on doit s’attendre à ce que le pouvoir d’achat des retraités diminue au fur et à mesure de l’augmentation des prix.

Vers une diminution de la consommation des ménages

Jusqu’à présent, la consommation des personnes âgées a indéniablement augmenté de façon régulière. Mais on peut se demander si cette tendance va pour autant continuer par la suite. Pour tenter de répondre à cette question, je propose d’examiner les résultats des projections de population pour le Japon de l’Institut national de recherches sur la démographie et la sécurité sociale (IPSS), en ce qui concerne les Japonais de 60 ans et plus. D’après les estimations de l’IPSS, cette tranche d’âge devrait progresser à un rythme annuel de 0,4 % entre 2017 et 2025 (graphique 2). L’arrivée à l’âge de la retraite de la génération correspondant à l’explosion de la natalité enregistrée par le Japon entre 1947 et 1949 a largement contribué à l’augmentation de la population âgée, mais cette tendance ne peut que se ralentir en raison de la baisse des naissances qui s’est amorcée cinq ans après le baby boom.

Si l’on ventile la consommation des Japonais âgés en 2014 par différentes tranches d’âge, on constate que les dépenses de cette partie de la population diminuent de plus en plus à partir de l’âge de 70 ans (graphique 3). Plus les ménages de cette catégorie avancent en âge, plus la consommation moyenne par foyer diminue.

Par ailleurs, le nombre des Japonais de 20 à 59 ans en âge de travailler est en train de diminuer d’une façon inquiétante. Il a commencé à décroître à partir de l’an 2000 et a baissé de façon dramatique au moment de la crise économique mondiale de 2008-2009.

Le Japon est donc confronté à un avenir où la catégorie des personnes âgées va cesser d’augmenter tandis que la population en âge de travailler diminue à un rythme rapide (graphique 4). Certains spécialistes pensent que pour résoudre ce problème, il faudrait encourager l’immigration. Mais la population du Japon est appelée à diminuer de 400 000 à 600 000 personnes par an entre 2015 et 2020, si bien qu’on voit mal comment on pourrait combler techniquement un tel vide par un nombre annuel équivalent d’immigrés. Dans ces conditions, on ne peut pas non plus demander aux Japonais âgés, dont l’avenir est déjà incertain, de puiser dans leurs économies pour relancer la consommation et l’avenir économique du Japon.

(*1) ^ Dépenses de consommation des ménages totales, à l’exception des loyers imputés.

  • [10.12.2015]

Né en juillet 1967 dans la préfecture de Yamaguchi. Diplômé de la faculté d’économie de l’Université nationale de Yokohama (mars 1990). A été embauché en avril 1990 par la Banque du Japon où il a travaillé dans le service des enquêtes et des statistiques et dans le service des relations publiques. Est entré en août 2000 au Centre de recherches de Dai-ichi Mutual Life Insurance Company où il a accédé au poste d’économiste en chef en avril 2011. Spécialiste de la politique monétaire, de la politique budgétaire, des marchés financiers et des statistiques économiques. Auteur de divers ouvrages dont Hontô wa dônano, Nihon keizai ? (La vérité sur l’économie japonaise, Nihon keizai shimbun shuppansha, 2012).

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