L’onigiri, le roi des supérettes japonaises

Richard Medhurst [Profil]

[12.03.2018] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le Japon est connu pour sa cuisine raffinée et ses nombreux restaurants aux étoiles Michelin. Mais pour la plupart des visiteurs de l’Archipel, les dégustations qui ne s’oublient pas concernent souvent des mets plus accessibles et disons, bon marché. Un bol de ramen que l’on consomme dans un yatai peu éclairé, des sushis posés sur de petites assiettes colorées dans un restaurant à tapis roulant, ou encore le petit déjeuner peu cher que l’on s’offre à la va-vite dans une supérette japonaise (ou konbini)…

Dans ces supérettes japonaises justement, découvrons le plus populaire des en-cas japonais : la boulette de riz, appelée en japonais onigiri. Des millions en sont vendus chaque jour. Pourtant aux yeux des touristes ou des résidents à court terme, l’onigiri pourrait apparaître comme une sorte de mets exotique suscitant la curiosité. Si la garniture peut être parfois indiquée en anglais ou avec des images, dans la plupart des cas, ne pas pouvoir lire le japonais se révèlera un fâcheux handicap. Alors, misons sur la chance ! C’est assez excitant…enfin, juste au début…

La forme triangulaire des sachets d’onigiri est familière à tous, pour peu que nous ayons déjà passé les portes d’une supérette.

Les onigiri en triangle sont emballés avec deux couches de plastique, extérieure et intérieure, servant à séparer le riz de l’algue (nori) afin de la garder sèche et craquante. On retire le plastique en trois étapes pour en sortir l’onigiri sain et sauf, et sans se salir les mains. Disons-le, cela exige un minimum « d’expérience », et un bout d’algue est parfois sacrifié avant que l’on ne puisse acquérir la bonne habileté…

Pour ouvrir le sachet, repérer d’abord le bout d’étiquette qui dépasse légèrement en haut du produit. Tirez-le jusqu’en bas de l’onigiri. Puis continuer à tirer jusqu’à remonter de l’autre côté. Il ne reste qu’à enlever le plastique des deux côtés. Faites-le soigneusement un par un, en veillant à ne pas faire sortir le riz en dehors de l’algue. Puis appréciez !

L’onigiri thon mayonnaise, un révolutionnaire

Le tout premier konbini du Japon est une supérette de la chaîne 7-Eleven qui s’est ouvert en 1974 dans le quartier de Toyosu à Tokyo. Elle ne vendait pas d’onigiri, car l’enseigne voulait véhiculer une image plutôt américaine à cette époque. Mais lorsque les produits américains comme les burritos ou les hot dogs perdirent en notoriété, 7-Eleven introduisit des aliments purement locaux. Ainsi y sont apparus les oden (sorte de pot-au-feu japonais), ou les nikuman (pain à la viande). Quant à nos chères boulettes de riz, 7-Eleven lança une étude de marché en 1976 pour les introduire, puis les mis dans ses rayons deux ans plus tard.

En vérité, ils ont mis un certain temps avant de conquérir le cœur des consommateurs. Pourquoi ? Tout simplement parce que les onigiri les plus classiques, ceux garnis d’umeboshi ou de saumon, n’étaient pas si différents de ce que les gens faisaient à la maison… Les konbini se sont depuis efforcés d’améliorer la qualité des ingrédients, mais cela a pris plusieurs années, et pour être franc, leurs premières tentatives n’étaient peut-être pas si savoureuses.

Puis, en 1983, un nouveau venu dans les rangs des onigiri dopa incroyablement leurs ventes : l’onigiri thon mayonnaise, une innovation à l’époque, avant que la fameuse sauce ne vienne aujourd’hui garnir bon nombre de plats nippons. La boulette de riz devint alors un produit de base du konbini.

Une fois introduit dans les supérettes, l’onigiri thon (appelé « sea chicken » au Japon ) mayonnaise devint la star des rayons (à partir de 100 yens, environ 0,75 euro).

Le thon mayonnaise reste aujourd’hui encore un des plus populaires onigiri dans les konbini. Quant aux autres garnitures, en plus des classiques à l’umeboshi ou au saumon, citons le mentaiko (œufs de morue pimentés), le konbu (un type d’algue brune), l’okaka (flocons de bonite séchée katsuobushi avec de la sauce soja), le crevette mayonnaise…

Notons aussi que comparé à d’autres en-cas bien gras, l’onigiri peut se révéler être un mets un peu plus sain. Un peu plus seulement…car méfiez-vous quand même de sa teneur en glucides. Ceci dit, des onigiri dont le riz blanc est remplacé par du riz brun ou mélangé avec de l’orge sont une des tendances du moment. À l’opposé, citons la chaîne Family Mart, qui s’est essayé à la boulette de riz légèrement grillé dite aburiyaki, composée d’aliments comme des bouts de saucisses, de bacon ou de mentaiko au fromage.

Tous les onigiri ne sont pas exclusivement enveloppés dans une feuille d’algue. Les boulettes de riz mélangé à de l’orge, ou à des grains de sésame entre autres sont de plus en plus populaires.

Disons-le franchement, en 40 ans de présence dans les rayons des supérettes japonaises, l’onigiri aura fait du chemin… Tout comme les konbini justement, ils font partie intégrante du quotidien des habitants de l’Archipel. Facile à acheter et simple à déguster, les onigiri ne serait-il pas pour les visiteurs une parfaite introduction à la nourriture japonaise ?

(D’après un original en anglais)

Découvrez notre recette simple d’onigiri !

  • [12.03.2018]

Traducteur et éditeur pour Nippon.com. Titulaire d’un mastère de poésie moderne et contemporaine obtenu en 2002, à l’Université de Bristol. Est parti la même année pour le Japon où il a enseigné l’anglais pendant trois ans, à Chiba. A également vécu en Chine et en Corée. A travaillé à la mairie d’Izumi, dans la préfecture de Toyama de 2008 à 2013. S’est ensuite installé à Tokyo où il est devenu traducteur à plein temps chez Nippon.com en 2014.

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