2019 : une course d’obstacles en perspective pour Abe Shinzô
Les perspectives politiques de l’année

Fujino Kiyomitsu [Profil]

[22.01.2019] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية | Русский |

En 2019, Abe Shinzô sera confronté à un problème majeur, à savoir les élections à la Chambre des conseillers (Chambre haute) qui auront lieu au mois de juillet. Le résultat de ce scrutin peut-il empêcher le Premier ministre japonais de mener à bien la réforme de la Constitution qu’il envisage depuis de longues années ? C’est la question à laquelle le journaliste spécialiste des questions politiques Fujino Kiyomitsu tente de répondre dans cet article.

Au cours de l’année qui vient de commencer, les Japonais vont être convoqués aux urnes à deux reprises, la première en avril, lors des élections régionales générales, et la seconde à l’occasion des élections de la Chambre des conseillers du mois de juillet. Abe Shinzô sait parfaitement qu’il ne dispose que d’un peu moins de trois ans d’ici la fin de son troisième et dernier mandat consécutif de président du Parti libéral-démocrate (en 2017, il a fait modifier la règle du PLD limitant jusque-là le nombre de ces mandats à deux). Et il n’ignore pas non plus qu’il lui faudra quitter son poste de Premier ministre au plus tard au mois de septembre 2021. Mais tant qu’il sera en fonction, M. Abe cherchera sans nul doute à faire aboutir le projet de révision de la Constitution qui lui tient tant à cœur. Il s’efforcera aussi de résoudre le litige des Territoires du Nord (îles Kouriles) qui empoisonne les relations nippo-russes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que la question du sort des citoyens japonais enlevés par la Corée du Nord.

L’avenir d’Abe Shinzô dépend en grande partie de l’issue des élections sénatoriales de juillet 2019 où il est appelé à livrer sa plus importante bataille politique de l’année. Dans les lignes qui suivent, je vais essayer d’estimer dans quelle mesure le Premier ministre va pouvoir exercer la mainmise sur le PLD et sur la Diète dont il a besoin pour concrétiser les objectifs auxquels il est très attaché.

Les élections de 2007 : une défaite historique

Selon les signes du zodiaque chinois, 2019 correspond à l’année du sanglier, et pour certains, ce signe qui revient tous les douze ans serait défavorable en termes d’élections à la Chambre haute pour les organisations politiques qui dépendent étroitement de l’appareil de leur parti comme le PLD et son partenaire de la coalition au pouvoir, le Kômeitô. En effet, les membres des assemblées et des réseaux de soutien locaux finissent épuisés après les élections régionales générales qui précèdent de peu les sénatoriales (ces dernières étant organisées tous les 3 ans et les régionales tous les 4 ans, elles ont ainsi lieu la même année une fois tous les 12 ans).

La dernière fois que cela s’est donc produit, c’était en 2007, au cours du premier mandat d’Abe Shinzô en tant que Premier ministre. Le Parti libéral-démocrate a été sanctionné par les électeurs en raison notamment d’un scandale lié à la mauvaise gestion des cotisations mensuelles de retraite. Il n’a obtenu que 37 sièges et pour la première fois depuis sa création en 1955, il a perdu la majorité à la Chambre des conseillers. Ainsi, l’opposition menée par le Parti démocrate du Japon (PDJ), devenu par la suite le Parti démocrate (PD), a remporté une majorité de sièges à la Chambre haute et son succès a provoqué l’apparition d’une « Diète tordue » (nejire kokkai) dans laquelle aucun parti n’avait le contrôle des deux chambres. Tout ceci ajouté à des problèmes de santé a conduit le Premier ministre Abe Shinzô à démissionner deux mois plus tard.

Les membres de la Chambre des conseillers sont élus pour une durée de six ans et renouvelés par moitié tous les trois ans. Pendant la session ordinaire de la Diète de 2018, la Loi électorale sur les mandats publics a été modifiée de façon à porter leur nombre de 242 à 248 au cours des deux élections suivantes, soit 6 de plus au total. En 2019, il y aura donc 124 sièges à pourvoir au lieu de 121. À l’issue du scrutin juillet, la Chambre haute comptera 245 sièges dont 121 n’auront pas été remis en jeu et pour avoir la majorité, il faudra réunir un total de 123 voix. Depuis le décès du conseiller Kônoike Yoshitada, le 25 décembre 2018, le PLD ne dispose que d’une très courte majorité à la Chambre haute avec 123 sièges dont plus de la moitié seront concernés par les élections du mois de juillet.

La dernière fois que ces sièges ont fait l’objet d’un vote, c’est-à-dire en 2013, le PLD l’a emporté haut la main avec 65 sièges. Un record dans le système politique actuel, qui a mis fin à la période de la « Diète tordue ». Dans les 31 circonscriptions à siège uninominal où les électeurs étaient convoqués aux urnes, le Parti libéral-démocrate a obtenu 29 sièges et il n’en a perdu que 2. Une victoire éclatante due au large soutien dont bénéficiaient à l’époque M. Abe et son gouvernement. Mais depuis six ans, les choses ont bien changé. D’après les sondages les plus récents, si le taux d’approbation du Cabinet a progressé par rapport aux faibles niveaux qu’il a connu auparavant, les Japonais n’en continuent pas moins à avoir des doutes sur le Premier ministre en raison de son implication possible dans les scandales liés au financement des établissements scolaires de Moritomo Gakuen et Kake Gakuen.

À en croire les résultats de plusieurs enquêtes, le nombre d’électeurs désapprouvant la politique d’Abe Shinzô serait aussi élevé que celui de ses partisans. Beaucoup de membres du PLD attendent les élections sénatoriales de 2019 avec une certaine appréhension et la plupart des libéraux-démocrates pensent qu’ils risquent de perdre au moins une partie des sièges qu’ils détiennent à l’heure actuelle. Pour avoir la majorité des deux tiers dont il a besoin pour modifier la Constitution, le PLD va donc chercher à faire alliance avec des partis comme le Kômeitô, l’Association pour la restauration du Japon (Nippon ishin no kai) et d’autres favorables à un amendement de la loi fondamentale. Mais c’est un obstacle qui sera difficile à franchir.

  • [22.01.2019]

Né en 1964 dans la préfecture de Yamaguchi. Journaliste à l’agence Jiji Press depuis 2018. Après des études de lettres à l’Université Waseda, il entre chez Jiji Press où il fait carrière notamment en tant que grand reporter du club de presse du Parti libéral démocrate (PLD), grand reporter auprès du Cabinet du Premier ministre (Kantei) et chef du service politique.

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