Série Japan Data
L’évolution du nombre d’exécutions de condamnés à mort au Japon
[28.07.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Depuis l’an 2000, 89 condamnés à mort ont été exécutés au Japon. Si les critères de ces exécutions ne sont pas précisés, les sentiments et les opinions du ministre de la Justice du moment semblent influencer en partie les décisions.

Matsumoto Chizuo, plus connu sous le nom d’Asahara Shôkô, le gourou de la secte Aum Shinrikyô, ainsi que six de ses cadres, instigateurs d’une série de crimes graves dont l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995, ont été exécutés le 6 juillet 2018 (voir notre article lié). Vingt jours plus tard, le 26 juillet, les six autres membres restant condamnés à mort ont connu le même sort.

Tous les procès de la secte avaient été terminés en janvier de cette année et au début mars, les préparatifs en vue de l’exécution commencaient à être mis en place, notamment avec le transfert de sept des treize condamnés rassemblés à la maison d’arrêt de Tokyo vers cinq différentes maisons de détention en province. Pourquoi avoir choisi cette période pour l’exécution ? Peut-être parce qu’il aurait été difficile de la programmer ultérieurement avec les deux grands événements à venir : l’abdication de l’empereur actuel et l’intronisation de son successeur en 2019 (voir notre article lié), puis les Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

Le code de procédure pénale au Japon stipule que les exécutions doivent avoir lieu dans les six mois suivant le jugement de la condamnation. Mais dans les faits, cela n’arrive jamais. Depuis 2000 et jusqu’au 26 juillet 2018, 89 condamnés à mort ont été exécutés. Les exécutions ont eu lieu, dans le plus court des cas, un an après la condamnation, et 19 ans et 5 mois dans le plus long.

Le ministère de la Justice ne précise absolument jamais sur quels critères la décision de l’exécution a été prise. Qui plus est, l’exécution de la peine de mort n’était même pas annoncée autrefois. Ce n’est qu’en octobre 1998 qu’on a commencé, sur les directives de Nakamura Shôzaburo, ministre de la Justice de l’époque, à annoncer les exécutions ainsi que le nombre de personnes exécutées. Et c’est à partir de septembre 2007, sur décision du ministre de la Justice Hatoyama Kunio, que le nom des exécutés et le lieu de l’exécution ont été rendus public.

Les opinions du ministre de la Justice du moment ont une influence sur l’exécution des condamnés à mort. Sugiura Masatake, nommé à ce poste en octobre 2005, a indiqué clairement lors d’une conférence de presse qu’« il s’agit d’un problème d’ordre moral, religieux et philosophique » et qu’il refusait ainsi la peine de mort. Les nombreuses remarques venues par la suite en raison du refus d’un ministre d’exécuter les obligations dictées par la loi l’ont contraint à rétracter immédiatement ses paroles. Mais aucune exécution n’a eu lieu durant les onze mois environ où il est resté en fonction. En revanche, dans le cas des autres ministres de la Justice, les exécutions se sont succédé au rythme accéléré d’une fois tous les quelques mois.

Les ministres de la Justice du gouvernement du Parti démocrate du Japon (PLD), formé en septembre 2009, ont souvent considéré le problème de la peine capitale avec prudence, et pendant les trois ans où le parti est resté au pouvoir, jusqu’en décembre 2012, neuf personnes ont été exécutées. Chiba Keiko, qui était devenue la première ministre de la Justice de ce gouvernement, était à l’origine favorable à la suppression de la peine capitale et faisait parti du « Groupe parlementaire pour la promotion de l’abolition de la peine de mort ». Elle a néanmoins signé l’ordre d’exécution de deux condamnés en juillet 2010. À cette occasion, elle a été la première personne en charge du ministère de la Justice à assister à la mise à mort et à mettre en place au sein du ministère un comité de réflexion sur la peine de mort pour « donner l’opportunité de discussions approfondies par le peuple japonais ». De plus, en août de la même année, elle a présenté pour la première fois au public la salle d’exécution où ont lieu les pendaisons ainsi que l’aumônerie où les condamnés entendent un sermon religieux dans la maison d’arrêt de Tokyo.

Eda Satsuki, nommé ministre de la Justice en janvier 2011, a également déclaré lors de la conférence de presse suivant sa nomination que « la peine de mort était un châtiment qui comportait de nombreux défauts » (et s’est rétracté par la suite). Il a annoncé en juillet de la même année qu’il n’y aurait pas d’exécution pendant un certain temps au prétexte que le comité de réflexion mis en place par l’ancienne ministre Chiba Keiko continuait ses délibérations sur le sujet. Aucune exécution n’a donc eu lieu pendant l’année 2011. Les activités de ce comité se sont poursuivies sous le ministre de la Justice suivant mais ont été clôturées en mars 2013 par le compte-rendu en parallèle des diverses opinions des deux camps sans qu’une conclusion n’ait pu être donnée.

En 2009, la peine de mort est requise par des citoyens choisis pour participer aux jurys populaires selon le nouveau système mis en place et, en 2017, les exécutions de condamnés à mort dont le procès était en demande de réouverture se sont succédé. En outre, l’exécution cette année des détenus précités a fait l’objet de nombreuses critiques au Japon comme à l’étranger et provoquera peut-être de nouvelles discussions sur l’abolition de la peine de mort.

Lire aussi nos autres articles sur le sujet :

(Photo de titre : la maison d’arrêt de Tokyo, où se trouve une salle d’exécution. © PIXTA)

  • [28.07.2018]
Articles liés
Autres articles dans cette série 

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone