Lieux sacrés du Japon

Le sanctuaire de Koma, un héritage de liens historiques avec la péninsule coréenne

Histoire Tourisme

Le sanctuaire de Koma, près de Tokyo, entretient avec la péninsule coréenne des liens vieux de 1 300 ans, qui remontent à la chute du royaume de Goguryeo. Cette année, qui marque le soixantième anniversaire de la normalisation des liens entre le Japon et la Corée du Sud, survenue en 1965, le journaliste Gomi Yoji s’adresse à nous.

À environ 1 heure 20 minutes au nord-ouest de Tokyo, dans les contreforts boisés de Hidaka, préfecture de Saitama, se dresse le sanctuaire de Koma — un nom qui évoque les liens avec l’ancien royaume de Goguryeo (d’env. 37 avant notre ère jusqu’en 668), qui s’est jadis étendu sur la Corée du Nord et le nord-est de la Chine.

Doté d’un héritage qui remonte à 1 300 ans, le sanctuaire a la réputation d’apporter la chance dans la carrière et les affaires. Certains visiteurs ont raconté sur les médias sociaux qu’ils ont été subjugués par son énergie spirituelle. Il est en outre populaire pour ses omamori (amulettes protectrices) et ses goshuin (tampons encreurs) à thèmes floraux.

Les échanges avec l’ancienne Corée

L’enceinte du sanctuaire témoigne d’une histoire d’échanges entre le Japon et la péninsule coréenne. Juste après le premier portail torii se dresse une paire de gigantesques gardiens en pierre aux yeux grand ouverts et à la bouche béante. Conçus sur le modèle des totems traditionnels jangseung des villages coréens, ils ont été offerts en 2005 par l’Union des résidents coréens au Japon pour célébrer le quarantième anniversaire de la normalisation des relations entre le Japon et la Corée du Sud.

Au printemps, le chemin de pierre au-delà du premier portail se transforme en un tunnel de fleurs de cerisiers.

L’entrée du sanctuaire de Koma
L’entrée du sanctuaire de Koma

Une brève promenade mène au second portail, où un monument commémoratif marque le 1 300e anniversaire de la fondation du district local. Ce monument, érigé en 2016 par une association d’amitié nippo-coréenne, raconte la longue histoire du sanctuaire. Non loin de là, des arbres plantés au fil des ans par des ambassadeurs coréens symbolisent les espoirs de pérennité de l’amitié bilatérale.

Au-delà du second portail se trouve le chôzuya, où les visiteurs se purifient les mains et la bouche avant de se rendre au pavillon principal. Le chemin est bordé de grands arbres, qui génèrent une atmosphère sacrée et feutrée.

En grimpant les marches qui mènent au pavillon principal, les visiteurs offrent des prières. Pendant les week-ends, il se forme souvent des files de gens en quête de bénédictions pour leur carrière et leur réussite en affaires. Le sanctuaire attire également un nombre important de jeunes visiteurs.

Des fidèles font la queue pour prier au pavillon extérieur du sanctuaire de Koma.
Des fidèles font la queue pour prier au pavillon extérieur du sanctuaire de Koma.

Des plaques votives ema placées à l’extérieur du pavillon principal représentent des motifs de totems protecteurs coréens — un mélange unique en son genre de traditions japonaises et coréennes. L’une d’elles porte une inscription en Hangul disant : « En prière pour une bonne santé en 2026. »

Plaques votives distinctives portant des motifs jangseung
Plaques votives distinctives portant des motifs jangseung

La disposition des lieux est conforme à la conception japonaise traditionnelle des sanctuaires, mais avec un ajout subtil de touches coréennes.

Des migrants en provenance de Goguryeo

Les origines du sanctuaire de Koma remontent à la chute de Goguryeo face aux forces Tang et Silla à la fin du septième siècle. Parmi les gens qui se sont enfuis au Japon figurait le prince Jakkô (Yak’gwang), qui est arrivé en tant qu’envoyé mais est resté après l’effondrement de son pays.

Les documents historiques montrent que, en 716, la cour impériale japonaise a relogé quelque 1 800 migrants de Goguryeo dans le district de Koma (aujourd’hui Hidaka), dans l’espoir d’améliorer leur savoir et leurs compétences.

Jakkô, qui s’est vu confier la direction du groupe, a supervisé la bonne marche de l’installation, et il a été consacré comme divinité tutélaire de Koma après sa mort. Son héritage en tant que pionnier ayant assumé de nouveaux rôles en terre étrangère a continué d’inspirer les générations suivantes, tandis que sa résilience devenait un symbole de réussite professionnelle et de chance.

Derrière le pavillon principal se trouve une maison au toit de chaume qui a jadis servi de résidence à la famille de Koma — les descendants de Jakkô. Construite il y a plus de quatre siècles, elle est flanquée d’un cerisier pleureur du même âge qui continue de fleurir à chaque printemps.

La résidence de la famille de Koma, élevée au statut de bien culturel national important.
La résidence de la famille de Koma, élevée au statut de bien culturel national important.

Un sanctuaire de plus en plus célèbre

Le sanctuaire de Koma a commencé à attirer l’attention de la nation tout entière au début du XXe siècle, après que plusieurs politiciens qui l’avaient visité furent devenus premiers ministres. Wakatsuki Reijirô, notamment, est entré en fonction juste quatre mois après sa visite. Des géants de la littérature comme Dazai Osamu, Sakaguchi Ango et Dan Kazuo sont aussi venus rendre hommage, de même que Kawashima Yoshiko, une princesse de la cour des Qing connue pour ses activités d’espionnage déguisée en homme.

Des enquêteurs de haut niveau du Parquet de Tokyo se sont également rendus sur les lieux, souvent avant de grands procès politiques, ce qui a incité des journalistes à demander aux responsables du sanctuaire si des procureurs étaient récemment passés.

Un panneau dressant la liste des visiteurs importants provenant du monde de la politique, des affaires et de la littérature.
Un panneau dressant la liste des visiteurs importants provenant du monde de la politique, des affaires et de la littérature.

L’intérêt impérial envers un héritage partagé

En 2017, l’empereur Akihito et l’impératrice Michiko (aujourd’hui retirés) ont effectué une visite privée au sanctuaire de Koma. Dans leurs reportages, les médias ont remarqué que le souverain, connu pour l’intérêt que lui inspire l’histoire des migrations, a demandé si davantage de migrants étaient venus de Goguryeo ou de Baekje — deux anciens royaumes coréens.

Avant cela, lors d’une conférence de presse donnée en 2001, Akihito avait fait cette remarque : « En ce qui me concerne, je ressens une certaine affinité avec la Corée », en ajoutant qu’on peut lire dans la chronique du XVIIIe siècle Shoku Nihongi que la mère de l’empereur Kanmu (qui a régné entre 781 et 806) appartenait à la lignée du roi Muryong (qui a régné entre 501 et 523) du royaume de Baekje.

L’empereur Akihito et l’impératrice Michiko lors d’une visite effectuée au sanctuaire de Koma en 2017. (Jiji)
L’empereur Akihito et l’impératrice Michiko lors d’une visite effectuée au sanctuaire de Koma en 2017. (Jiji)

Des rituels que font le pont entre les cultures

Nombre des événements célébrés au sanctuaire sont constitués d’un mélange d’éléments japonais et coréens. Au cours du festival annuel du 19 octobre, des enfants reçoivent des marques sacrées sur le front lors d’une danse rituelle du lion. D’autres rituels japonais traditionnels sont aussi pratiqués, tels que des bénédictions pour les événements familiaux marquants, la sécurité et la plantation du riz.

Imposition rituelle de marques sur des fronts d’enfants pendant le festival d’automne. (Avec l'aimable autorisation du sanctuaire de Koma)
Imposition rituelle de marques sur des fronts d’enfants pendant le festival d’automne. (Avec l’aimable autorisation du sanctuaire de Koma)

Les événements sur des thèmes coréens incluent quant à eux des défilés en janvier et en septembre présentant des costumes de cour anciens et le festival Madang du mois d’octobre, qui propose de la nourriture coréenne, des souvenirs et des concerts de musique traditionnelle.

Un défilé en costumes de cour anciens (avec l'aimable autorisation du sanctuaire de Koma)
Un défilé en costumes de cour anciens (avec l’aimable autorisation du sanctuaire de Koma)

Tous les ans au mois d’octobre l’enceinte du sanctuaire héberge des concerts de musique de percussion samulnori et d’autres spectacles sur des thèmes coréens. (Avec l'aimable autorisation du sanctuaire de Koma)
Tous les ans au mois d’octobre l’enceinte du sanctuaire héberge des concerts de musique de percussion samulnori et d’autres spectacles sur des thèmes coréens. (Avec l’aimable autorisation du sanctuaire de Koma)

Des amulettes trans-culturelles

L’omamori du sanctuaire contient des motifs à l’effigie du corbeau à trois pattes, un symbole d’autorité à Goguryeo. Une version noire élégante ressemblant à un insigne de police serait, dit-on, appréciée des enquêteurs.

Amulettes noires représentant un corbeau à trois pattes
Amulettes noires représentant un corbeau à trois pattes

La conception et les motifs de certains omamori changent avec les saisons.
La conception et les motifs de certains omamori changent avec les saisons.

De profondes racines communautaires

Le sanctuaire est profondément enraciné dans la communauté. Pour marquer le 1 300e anniversaire du district de Koma, il a contribué à la création d’un ragoût de légumes locaux et de ginseng coréen aromatisé au kimchi. Il est aussi à l‘origine d’une initiative visant à encourager la culture du chou chinois à destination des restaurants coréens. Des festivités sont organisées là où les enfants d’une école coréenne s’associent à la population locale pour faire du kimchi. Le sanctuaire héberge aussi des conférences d’histoire axées sur la fondation du district de Koma et les anciennes migrations est-asiatiques.

Prolonger un héritage d’espoir

L’histoire du sanctuaire de Koma met en lumière une longue tradition d’échanges bilatéraux qui transcendent les clivages politiques. Koma Fumiyasu, le grand prêtre actuel du sanctuaire, est un descendant direct, à la sixième génération, de Jakkô. « Les relations nippo-coréennes ont connu des difficultés au cours des siècles », observe-t-il, « mais c’est un phénomène naturel entre pays voisins. Et j’espère que nous continuerons à l’avenir d’entretenir de bonnes relations de voisinage. »

Koma Fumiyasu en face du pavillon principal
Koma Fumiyasu en face du pavillon principal

Le sanctuaire de Koma reste le symbole d’un héritage culturel historique partagé entre le Japon et la péninsule coréenne. Et son histoire doit continuer à se déployer en tant que source d’enrichissement — et de liens durables — pour les deux pays.

Le sanctuaire de Koma

  • Accès : 20 minutes ) pied depuis la gare de Komagawa, sur la ligne JR Kawagoe, ou 20 minutes en taxi depuis la gare de Hannô, sur la ligne Seibu Ikebukuro.
  • Site officiel : https://komajinja.or.jp/korean-html/

(Photo de titre : Jangseug traditionnels coréens au sanctuaire de Koma. En Corée, ces monuments étaient érigés aux entrées des villages et des temples en tant que gardiens et baliseurs. Toutes les photos : © Gomi Yoji, sauf mentions contraires)

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