Vers une nouvelle ère impériale, vers un nouveau Japon
La place des femmes dans la succession impériale japonaise : est-il temps de changer ?
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Modifications législatives
La loi moderne sur la Maison impériale, qui fixe les règles relatives à la succession et à d’autres questions concernant la famille impériale, est entrée en vigueur le même jour que la Constitution, le 3 mai 1947. Depuis, elle n’a jamais fait l’objet de modification substantielle. Toutefois, la victoire écrasante du Parti libéral-démocrate aux élections législatives de février a donné un nouvel élan aux efforts visant à modifier cette loi.
À la suite des appels lancés par les présidents et vice-présidents des chambres basse et haute de la Diète, des membres de 13 partis et groupes politiques, issus aussi bien de la coalition au pouvoir que de l’opposition, se sont réunis en avril 2026 pour la première fois depuis un an, et tous avaient présenté leurs positions en mai. Sur cette base, les présidents et vice-présidents ont soumis au gouvernement, début juin, un projet de « consensus du pouvoir législatif ». Le gouvernement s’en servira comme base pour un projet de modification de la loi sur la Maison impériale, qu’il soumettra à la Diète avec pour objectif de le faire adopter avant la fin de l’actuelle session parlementaire, le 17 juillet 2026.
Au sein de l’opinion publique japonaise, l’idée de voir la princesse Aiko, enfant unique de l’empereur Naruhito, monter sur le trône suscite un enthousiasme croissant. Cela tient sans doute au sentiment qu’il est naturel que l’aîné des enfants de l’empereur lui succède. Toutefois, même si les amendements proposés étaient adoptés, ils n’ouvriraient en rien la voie à son accession au trône en tant qu’impératrice.
Les deux propositions en discussion consistent, d’une part, à permettre aux femmes membres de la famille impériale de conserver leur statut impérial après leur mariage et, d’autre part, à intégrer par adoption, au sein de la famille impériale, des descendants masculins issus de la lignée masculine, provenant de branches qui en avaient été exclues lors des réformes de l’après-guerre. L’actuelle loi sur la Maison impériale prévoit que les femmes perdent leur statut impérial lorsqu’elles se marient et interdit également l’adoption. Des amendements sont donc nécessaires pour ces deux propositions.
Dans les débats sur la possibilité de permettre aux femmes de rester au sein de la famille impériale, les avis divergent quant à savoir si leur époux et leurs enfants devraient eux aussi se voir reconnaître un statut impérial. Les conservateurs favorables au maintien d’une succession par la lignée masculine s’opposent fermement à l’octroi du statut impérial aux membres de la famille de ces femmes, y voyant un risque d’ouvrir ultérieurement la voie à un empereur issu de la lignée féminine. La seconde proposition consisterait à adopter des descendants de branches exclues de la famille impériale en octobre 1947. Les conservateurs affirment qu’il s’agirait d’un « retour » pour ces descendants, mais, ceux-ci étant nés et ayant grandi comme de simples citoyens, certains critiquent cette idée au motif qu’elle irait à l’encontre du principe d’égalité énoncé à l’article 14 de la Constitution, qui interdit les discriminations fondées sur l’origine familiale. De nombreux citoyens pourraient également éprouver un malaise face à de tels changements.
Les deux propositions sont en train d’être travaillées de manière à former un « consensus », avec des formulations appropriées laissant entendre certains compromis, mais les questions fondamentales restent sans réponse. En particulier, on ignore s’il existe des candidats précis à l’adoption, et un scepticisme profondément enraciné demeure quant à la faisabilité de cette option. Il semble peu probable qu’un amendement conduise à des adoptions immédiates ; il s’agirait plutôt d’un plan de secours au cas où le nombre de membres de la famille impériale atteindrait un niveau critique.
Les monarchies européennes modernisent la succession
Le débat actuel sur la succession impériale a été relancé il y a neuf ans par une disposition appelant explicitement à examiner cette question, dans la loi de 2017 qui a permis l’abdication de l’empereur Akihito. Les discussions se poursuivent depuis que l’ancien Premier ministre Koizumi Jun’ichirô a mis en place un comité d’experts en 2005. Mais toute cette agitation n’a débouché sur rien : le système actuel de succession demeure inchangé.
Parmi les familles royales européennes, qui avaient autrefois tendance à favoriser les hommes en matière de succession, la Suède, les Pays-Bas, la Norvège, la Belgique ont officiellement adopté, après 1980, la primogéniture absolue, selon laquelle l’enfant aîné, quel que soit son sexe, est le premier dans l’ordre de succession au trône. En Grande-Bretagne, les hommes conservaient autrefois la priorité sur leurs sœurs dans l’ordre de succession, même si une femme pouvait accéder au trône lorsqu’il n’y avait pas d’héritier masculin. En 2013 cependant, la législation a été modifiée afin d’instaurer, là aussi, le principe de la primogéniture absolue, sans distinction entre hommes et femmes.
Cette tendance générale trouve son origine dans le principe d’égalité entre les sexes, devenu aujourd’hui une norme sociale. Mais elle est aussi alimentée par la crainte qu’un attachement exclusif à la primogéniture masculine ne fragilise les règles de succession des familles royales, notamment en cas d’absence d’héritier masculin. Certes, le risque demeure dans tous les cas qu’une absence d’enfant, que ce soit dans la lignée masculine ou féminine, menace la continuité d’une dynastie. Mais les chances sont meilleures lorsque les deux sexes sont pris en compte.
Si le Japon adoptait le même système, il pourrait éviter cette conception inhumaine qui pousse les femmes entrant par mariage dans la famille impériale à continuer d’enfanter jusqu’à donner naissance à un garçon. Et si le Japon adoptait une approche rationnelle, respectueuse des personnes concernées, il serait passé, comme les familles royales européennes, à la primogéniture absolue ; mais cela ne s’est pas produit.
La grande estime dont jouissent l’empereur et la famille impériale repose sur des dimensions culturelles et historiques qui dépassent leurs activités, comme leurs visites dans les régions frappées par des catastrophes. On pourrait dire qu’elle comporte aussi des éléments relevant de la foi. C’est pourquoi les conservateurs persistent dans cette position objectivement irrationnelle consistant à exclure les femmes et la lignée matrilinéaire.
Pourquoi seulement la lignée masculine ?
La question est de savoir si l’affirmation selon laquelle le fait d’être un « descendant masculin appartenant à la lignée masculine de la lignée impériale », pour reprendre les termes de l’article premier de la loi sur la Maison impériale, constitue réellement un élément fondamental de la qualité d’empereur. Si cette affirmation est sujette à questions, le débat repart de zéro. Or, un examen attentif de l’histoire montre qu’on ne peut pas dire que la succession par la lignée masculine soit centrale, et que d’autres facteurs ont pu jouer un rôle déterminant.
Tout d’abord, l’historiographie empirique considère l’idée d’une lignée impériale ininterrompue comme une construction élaborée dans les chroniques du VIIIe siècle que sont le Kojiki et le Nihon shoki. Dès lors, les preuves d’une succession ininterrompue par la lignée masculine sont elles aussi fragiles. Les théories selon lesquelles « le chromosome Y se transmettrait depuis l’époque de Jinmu, premier empereur du Japon » n’ont pas plus de valeur que des mythes.
Certains soutiennent que l’intronisation d’un empereur issu de la lignée féminine reviendrait à fonder une nouvelle dynastie. Toutefois, cet argument repose sur des conceptions chinoises du changement dynastique, justifié par le Mandat du Ciel, ainsi que sur le système clanique chinois ; on ne peut donc pas dire qu’il reflète les principes propres à la lignée impériale japonaise.
L’idée communément admise pour justifier la succession patrilinéaire se résume au fait qu’il en aurait toujours été ainsi. Mais cela ne répond pas à la question fondamentale : pourquoi faudrait-il encore suivre cette règle aujourd’hui ?
La nature de l’argument en faveur d’une succession par la lignée masculine a été formulée pour la première fois lors de l’adoption de l’ancienne loi sur la Maison impériale, à la fin du XIXe siècle. Alors que le projet du ministère de la Maison impériale autorisait aussi bien les femmes empereurs que les empereurs issus de la lignée matrilinéaire, cette idée fut vivement combattue par Inoue Kowashi, l’un des rédacteurs de la Constitution de Meiji. Il soumit officiellement son avis au Premier ministre Itô Hirobumi, rejetant l’idée d’une femme empereur en invoquant la tradition chinoise ainsi que l’ancienne loi salique européenne, qui interdisait aux femmes d’accéder au trône.
Toutefois, l’opposition d’Inoue reposait sur l’affirmation selon laquelle il était contradictoire de reconnaître une femme empereur ; la plus haute position du pays ; alors même que les femmes ne disposaient pas du droit de vote. L’État de Meiji était fondé sur un patriarcat hérité de la classe des samouraïs de l’époque d’Edo (1603-1868). Il s’agissait d’une idéologie qui concevait la nation comme une famille. Ce patriarcat s’appuyait sur les « trois obéissances » du confucianisme, selon lesquelles les femmes étaient censées obéir aux chefs masculins du foyer tout au long de leur vie : à leur père avant le mariage, à leur mari pendant le mariage, puis à leur fils après la mort de leur mari.
Sous le Code civil de l’ère Meiji (1868-1912), les femmes étaient juridiquement considérées comme « incapables » et subordonnées aux hommes. Dans le cadre du mariage, elles étaient assimilées à la propriété de leur mari. Dans une société patriarcale, où les hommes étaient jugés supérieurs aux femmes, même s’il y avait eu une femme empereur, son époux aurait été considéré comme lui étant supérieur. L’opposition d’Inoue à l’idée d’une femme empereur était donc pragmatique, fondée sur son analyse de la situation sociale.
Fondé sur la misogynie
C’était, en un sens, un argument en faveur de la succession patrilinéaire destiné à éliminer la possibilité d’une femme empereur. Mais pourquoi la succession par la lignée masculine s’était-elle maintenue avant l’ère Meiji ? L’histoire suggère que l’objectif a toujours été d’exclure les femmes. Aux époques d’Asuka (593-710) et de Nara (710-794), des femmes montèrent sur le trône. Pourquoi, alors, n’y eut-il pratiquement plus de femmes empereurs à partir de l’époque de Heian (794-1185) ? Certes, il y en eut deux à l’époque d’Edo, mais elles ne furent que des souveraines de transition, sans pouvoir réel. On considère que les femmes empereurs ont, dans les faits, disparu à la fin de l’époque de Nara.
La dernière de ces souveraines fut l’impératrice Shôtoku, qui régna à deux reprises au VIIIe siècle : de 749 à 758 ; sous le nom de Kôken lors de son premier règne ; puis de 764 à 770. Sa mort marqua la fin de la lignée des empereurs descendants de l’empereur Tenmu, qui régna de 673 à 686. Vinrent ensuite des monarques descendants de Tenji, le frère de Tenmu. Shôtoku, fervente bouddhiste, avait tenté sans succès de faire monter le moine Dôkyô sur le trône ; cet épisode, ainsi que le nombre de femmes empereurs dans la lignée de Tenmu, furent tenus pour responsables de l’extinction finale de cette lignée.
La propagation d’épidémies à Heian-kyô (actuelle Kyoto), nouvellement établie comme capitale en 794, entraîna une attention excessive portée au concept shintô d’impureté. Ce fut un autre facteur ayant conduit à éviter les femmes empereurs, le shintô considérant les menstruations et l’accouchement comme sources de souillure.
Le syncrétisme shintô-bouddhique entraîna l’apparition d’une misogynie au sein du bouddhisme. Selon la croyance dite des « cinq obstacles », les femmes ne pouvaient pas, après leur mort, devenir Brahmā, Śakra, roi-démon, roi faisant tourner la roue, ni bouddha. L’hostilité envers les femmes s’étendit également aux cultes de la montagne, qui les excluaient des lieux sacrés.
À l’époque d’Edo, la popularité croissante du confucianisme renforça encore l’idée selon laquelle les hommes étaient supérieurs aux femmes. On pourrait dire que l’hostilité envers les femmes conduisit à l’établissement de la convention voulant que l’empereur soit nécessairement un homme.
Le type de misogynie et de discrimination décrit ci-dessus est au fondement de l’histoire et de la tradition consistant à limiter la succession à la lignée masculine. Est-il approprié de continuer à s’accrocher à de telles conceptions dans l’après-guerre, alors que l’empereur est devenu une figure symbolique ? Les citoyens préfèrent-ils vraiment un empereur choisi selon le principe de l’exclusion des femmes à un empereur qui aurait défendu les personnes vulnérables et délaissées, et mis en lumière leur situation qu’il s’agisse des personnes handicapées, des morts de la guerre ou des victimes de catastrophes ?
Le débat sur la succession impériale patrilinéaire ou matrilinéaire a fondamentalement manqué de réflexion sur la compatibilité des coutumes passées avec le système actuel de l’empereur symbole de l’État. Tant qu’il continuera à faire l’impasse sur cette question, il semble peu probable qu’une solution efficace puisse être trouvée à la crise à laquelle la lignée impériale est confrontée.
(Photo de titre : l’empereur Naruhito et l’impératrice Masako lors de la cérémonie officielle d’intronisation Sokuirei Seiden no Gi, au palais impérial, le 22 octobre 2019. © Jiji)