Dossier spécial Tokyo de jadis et d’aujourd’hui, à travers estampes et photographies
Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [1] : Sanctuaire Kameido Tenjin

Kichiya [Profil]

[15.05.2018] Autres langues : 简体字 | 繁體字 |

Le photographe Kichiya immortalise les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d’estampes d’Utagawa Hiroshige Cent vues d’Edo, du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. La première image de la série représente le sanctuaire Kameido Tenjin, un lieu dédié à Tenjin, le dieu de la connaissance et des études, et de même un endroit très célèbre pour ses extraordinaires glycines.

Le dieu des études et les glycines sur portiques

Le sanctuaire Kameido Tenjin fut fondé sur un terrain offert par le 4e shôgun Tokugawa Ietsuna dans le cadre des reconstructions suite au grand incendie de Meireki qui détruisit une grande partie de la ville d’Edo en 1657. L’endroit était célèbre pour ses glycines poussant dans l’enceinte, et que l’on pouvait admirer depuis le pont Taikobashi, dès avant l’époque de Hiroshige. Il choisit précisément ce point de vue pour peindre son estampe.

En 2013, le sanctuaire Kameido Tenjin est la première photographie que j’ai prise avec l’intention consciente de reproduire une image des Cent vues d’Edo de Hiroshige. Je ne l’ai remarqué que plus tard, mais il y a trois ponts en réalité : le pont des hommes, le pont des femmes et le pont plat entre ces deux. Or c’est le pont des femmes que j’avais photographié, qui n’est pas celui qu’a peint Hiroshige. J’y suis donc retourné en 2016, cette fois pour shooter le pont des hommes, et c’est la photo que vous voyez aujourd’hui.

Une foule énorme se presse au sanctuaire Kameido Tenjin à la saison des glycines : impossible de photographier le pont Taikôbashi sans qu’il n’y ait de gens dessus. Pour éviter ce problème, je suis allé effectuer ma prise de vue très tôt le matin. Le pont est vu quasiment de la même hauteur que sur l’estampe de Hiroshige, comme la surface de l’eau. De fait, la composition est très proche de celle de l’artiste.

Ici en vis-à-vis de l’image n°57 des Cent vues d’Edo d’Utagawa Hiroshige : le sanctuaire Kameido Tenjin.

Sanctuaire Kameido Tenjin

Les sanctuaires dédiés à Tenjin sont extrêmement nombreux dans tout le pays. Tenjin, dont le nom historique est Sugawara Michizane (845-903), était un érudit de l’époque de Heian (794-1185). Il est essentiellement considéré comme la divinité qui préside au succès des études, et chaque année, tous les week-ends en janvier et février, pendant la période des examens d’entrée aux écoles, une foule de visiteurs se presse pour offrir un ema (une plaque votive) à Michizane et se placer sous sa protection (voir la photo).

Également connu comme « le plus bel endroit de Tokyo pour admirer les glycines », le sanctuaire Kameido Tenjin attire énormément de monde à l’époque du « festival des glycines », entre fin avril et mi-mai. Une fois passé sous le grand torii, dans l’enceinte du sanctuaire, on découvre trois ponts sur l’étang Shinjiike : le pont des hommes, le pont plat et le pont des femmes. À eux trois, ils symbolisent respectivement le passé, le présent et l’avenir. En les traversant, le corps se purifie avant d’aller au-devant de la divinité, dans le sanctuaire proprement dit.

  • Adresse : 3-6-1 Kameido, Kôtô-ku, Tokyo 136-0071
  • Accès : à 12 minutes à pied de la gare de Kameido (ligne JR Sôbu) ; ou, à 15 minutes à pied de la gare de Kinshichô (ligne JR Sôbu / ligne de métro Hanzômon)

Cent vues d’Edo

Les Cent vues d’Edo sont à l’origine un recueil d’estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant ») d’Utagawa Hiroshige (1797-1858) qui eut une énorme influence sur Van Gogh ou Monet. De 1856 à 1858, l’année de sa mort, l’artiste se consacre à la réalisation de 119 peintures de paysages d’Edo, alors capitale shogunale, au fil des saisons. Avec ses compositions audacieuses, ses vues « aériennes » et ses couleurs vives, l’ensemble est d’une extraordinaire créativité et est acclamé depuis lors comme un chef d’œuvre dans le monde entier.

  • [15.05.2018]

Photographe d’ukiyo-photo, ou « photographies du monde flottant ». Né en 1961, il grandit au centre de Tokyo. Diplômé de la faculté de droit de l’Université Keiô. C’est en 2013 qu’il commence à photographier des ukiyo-photo, comme il appelle lui-même le fait de photographier de nos jours les lieux qui sont peints sur certaines des estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant ») de l’époque d’Edo. Sa première exposition personnelle a lieu en décembre 2017 à The Gallery 2, au Nikon Plaza Shinjuku. Il donne également des conférences sur les endroits liés aux estampes.

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