Dossier spécial Tokyo de jadis et d’aujourd’hui, à travers estampes et photographies
Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [5] : le jardin des pruniers de Kamata

Kichiya [Profil]

[18.07.2018] Autres langues : ESPAÑOL | Русский |

Le photographe Kichiya immortalise les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d’estampes d’Utagawa Hiroshige Cent vues d’Edo, du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. Deux jardins de pruniers figurent parmi les œuvres de l'artiste. Celui de Kameido et celui de Kamata. C’est ce dernier que nous vous présentons ici. Sa célébrité date de la fin de l’époque d’Edo et n’a pas diminué depuis.

Les pruniers aimés de l’empereur Meiji

Non loin de la gare Umeyashiki sur la ligne Keihin-Express (quartier de Kamata, dans l’arrondissement d’Ôta), se trouve un jardin japonais appelé le parc Seiseki Kamata Ume yashiki kôen. On dit que c’est un commerçant des années Bunsei (1818-1831) appelé Yamamoto Kyûzaburô, qui, ayant fait fortune grâce à un médicament appelé Wachûsan qu’il vendait aux voyageurs, planta de nombreux pruniers sur le terrain de son établissement.

Les fleurs de pruniers rassemblaient de nombreux amateurs à l’époque de Hiroshige, et c’est la ferveur de cette saison que l’artiste a voulu exprimer. Plusieurs stèles de pierre ou bornes milliaires sont visibles dans le paysage, dressées par Kyûzaburô qui était grand amateur de haïku. Plusieurs stèles gravées de vers célèbres ont d’ailleurs été réinstallées de nos jours. Une dizaine d’années après que Hiroshige a peint cette estampe, l’empereur Meiji a visité l’endroit et l’a, semble-t-il, beaucoup apprécié, puisqu’il y est revenu plusieurs fois. C’est la raison pour laquelle le jardin est aujourd’hui appelé seiseki, c’est-à-dire « site sacré ».

De mon côté, j’ai pris cette photo à la saison des fleurs de pruniers, en février, peu avant le coucher du soleil, quand le ciel se colore de rouge. L’élargissement de la route nationale Daiichi-Keihin (l’ancien Tôkaidô) a considérablement réduit la superficie du jardin, mais l’étang, les stèles, les lieux de repos abrités sous les treilles de glycines rendent bien l’atmosphère originale de l’estampe.

Utagawa Hiroshige, Cent vues d’Edo, n°27 : « Le jardin de pruniers de Kamata »

Parc Seiseki Kamata Umeyashiki

Le jardin des pruniers de Kamata était connu dès la fin de l’époque d’Edo comme l’un des deux plus beaux endroits à Edo pour admirer les pruniers, avec celui de Kameido. Une partie de ce jardin existe toujours, sous le nom de Seiseki Kamata Ume-yashiki kôen. Comme dit plus haut, le jardin était à l’origine la propriété d’un pharmacien, Yamamoto Kyûzaburô, qui vendait un médicament appelé Wachûsan, composé de plantes médicinales pour faciliter la digestion et lutter contre les effets de la canicule, qui était apprécié des voyageurs sur le Tôkaidô. Des établissements le long de la route, et leurs maisons de thé attenantes, luttaient à celui qui attirerait les plus nombreux clients. Celui de Kyûzaburô, qui offrait en plus aux clients la chance d’admirer ses pruniers, était le plus populaire.

  • Adresse : 3-25-6, Kamata, Ôta-ku, Tokyo 144-0052
  • Accès : à 5 minutes à pied de la gare Umeyashiki sur la ligne Keihin-Express, ou à 7 minutes à pied de la gare Keikyû Kamata.

Cent vues d’Edo

Les Cent vues d’Edo sont à l’origine un recueil d’estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant »), l’un des chefs-d’œuvre d’Utagawa Hiroshige (1797-1858), qui eut une énorme influence sur Van Gogh ou Monet. De 1856 à 1858, l’année de sa mort, l’artiste se consacre à la réalisation de 119 peintures de paysages d’Edo, alors capitale shogunale, au fil des saisons. Avec ses compositions audacieuses, ses vues « aériennes » et ses couleurs vives, l’ensemble est d’une extraordinaire créativité et est acclamé depuis lors comme un chef d’œuvre dans le monde entier.

  • [18.07.2018]

Photographe d’ukiyo-photo, ou « photographies du monde flottant ». Né en 1961, il grandit au centre de Tokyo. Diplômé de la faculté de droit de l’Université Keiô. C’est en 2013 qu’il commence à photographier des ukiyo-photo, comme il appelle lui-même le fait de photographier de nos jours les lieux qui sont peints sur certaines des estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant ») de l’époque d’Edo. Sa première exposition personnelle a lieu en décembre 2017 à The Gallery 2, au Nikon Plaza Shinjuku. Il donne également des conférences sur les endroits liés aux estampes.

Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [16] : le temple Sanjûsangen-dô et les traditions du tir à l’arcLe photographe Kichiya immortalise les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d’estampes d’Utagawa Hiroshige Cent vues d’Edo, du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. Voici la 59e entrée de la série, représentant le temple Sanjûsangen-dô dans le quartier de Fukugawa à Tokyo, inspiré de celui de Kyoto, célèbre pour ses 1 001 statues. La grande différence étant la place qu’occupait les compétitions de tir à l’arc à l’intérieur.
  • Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [15] : le quartier de KasumigasekiLe photographe Kichiya immortalise les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d’estampes d’Utagawa Hiroshige Cent vues d’Edo, du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. L’estampe numéro 2 s’intitule « Kasumigaseki ». Si c’est aujourd’hui le quartier des ministères, à l’époque d’Edo, c’était un lieu où se trouvaient de nombreuses résidences des daimyô (seigneurs féodaux) et d’où l’on pouvait voir la mer. Tout a donc bien changé !
  • Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [14] : les renards d’Ôji au réveillon du Nouvel AnLe photographe Kichiya immortalise les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d’estampes d’Utagawa Hiroshige Cent vues d’Edo , du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. Le 118e paysage représente « Les renards feux-follets du dernier jour de l’année devant l’enoki habilleur d’Ôji » (Ôji Shôzoku-enoki ômisoka no kitsune-bi). L’estampe représente le rassemblement fantastique des renards au réveillon du Nouvel An avant leur procession pour se rendre au sanctuaire Inari à Ôji, au nord d’Edo.
  • Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [13] : le Sensô-ji à AsakusaLe photographe Kichiya immortalise les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d’estampes d’Utagawa Hiroshige Cent vues d’Edo, du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. Le bien connu temple Sensô-ji du quartier d’Asakusa a aussi un autre nom : le Kinryû-zan, qui est le titre de la 99e entrée de la série. Voici une estampe remarquable, qui exprime l’identité d’Asakusa pendant le mois de shiwasu (12e mois du calendrier lunaire) par un contraste de blanc et de vermillon.
  • Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [12] : Urayasu, avant l’avènement de Disneyland TokyoLe photographe Kichiya immortalise les lieux de Tokyo qui sont peints sur la célèbre série d’estampes d’Utagawa Hiroshige Cent vues d’Edo, du même point de vue, sous le même angle, et pendant la même saison. L’œuvre intitulée « Horie Nekozane » est la 96e entrée de la série. Ici se dresse actuellement une partie du Disneyland Tokyo, à Urayasu dans la préfecture de Chiba.

Nippon en vidéo

Derniers dossiers

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone