Dossier spécial Tokyo de jadis et d’aujourd’hui, à travers estampes et photographies
Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [3] : rivière Otonashi à Ôji

Kichiya [Profil]

[11.06.2018]

L’image représente le déversoir du barrage actuel. Mais à l’époque de Hiroshige, on appelait cela « la Grande cataracte ». Aujourd’hui, l’endroit, situé à proximité du Parc fluvial de l’Otonashi, se trouve immédiatement au nord-ouest de la colline Asukayama, et est réputé pour ses cerisiers en fleurs.

Lieux d’excursion à Edo

Jadis, Ôji était encore un endroit de pleine nature, apprécié des habitants des quartiers urbains d’Edo, comme Kanda ou Nihonbashi, pour une sortie d’une journée. Hiroshige a su capter dans cette estampe l’essence d’Ôji dans sa plus belle journée de printemps.

La rivière représentée sur l’estampe de Hiroshige est la Shakujii, qui portait alors le nom d’Otonashi, à proximité du sanctuaire d’Ôji. Une retenue d’eau était aménagée un peu plus loin et jouait le rôle de barrage-réservoir, dont les habitants appelaient le déversoir « la Grande cataracte ».

De nos jours, la Shakujii a été détournée et passe sous la colline Asukayama. L’ancien lit de la rivière est maintenant aménagé et est devenu le Parc fluvial de l’Otonashi. De nombreux cerisiers et arbres dont les feuilles rougissent en automne y ont été plantés, pour le plus grand plaisir des visiteurs en toute saison.

La colline représentée à gauche de l’estampe de Hiroshige est l’Asukayama. Je voulais autant que possible la faire figurer sur ma photo, et j’ai fini par trouver un point de vue d’où la ligne du sommet est visible. Quand j’ai vu la courbe de la rivière, les cerisiers en fleurs, et l’Asukayama dans mon viseur, c’était comme si le temps avait remonté son cours.

Utagawa Hiroshige, Cent vues d’Edo, n°19 : « Ôji Otonashigawa entai sezoku Ôtaki to tonau » (Le déversoir de l’Otonashi à Ôji appelé communément la Grande cataracte)

Parc fluvial de l’Otonashi

Jusqu’à ce que les travaux d’aménagement de la rivière soient effectués dans la fin des années 1950, la Shakujii coulait entre la colline Asukayama et le sanctuaire d’Ôji. Le Parc fluvial de l’Otonashi a été aménagé dans l’ancien lit de la rivière. Comme la colline elle-même, il est réputé pour ses cerisiers en fleurs au printemps, et ses feuilles rouges à l’automne, et a été sélectionné l’un des « 100 plus beaux parcs urbains » du Japon.

  • Adresse : 1-1-1, Ôji-honchô, Kita-ku, Tokyo 114-0022
  • Accès : à 3 minutes à pied de la gare d’Ôji (ligne JR Keihin-Tôhoku) ; ou à 3 minutes à pied de la station Ôji eki-mae (ligne de tramway Arakawa)

Cent vues d’Edo

Les Cent vues d’Edo sont à l’origine un recueil d’estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant »), l’un des chefs-d’œuvre d’Utagawa Hiroshige (1797-1858), qui eut une énorme influence sur Van Gogh ou Monet. De 1856 à 1858, l’année de sa mort, l’artiste se consacre à la réalisation de 119 peintures de paysages d’Edo, alors capitale shogunale, au fil des saisons. Avec ses compositions audacieuses, ses vues « aériennes » et ses couleurs vives, l’ensemble est d’une extraordinaire créativité et est acclamé depuis lors comme un chef d’œuvre dans le monde entier.

  • [11.06.2018]

Photographe d’ukiyo-photo, ou « photographies du monde flottant ». Né en 1961, il grandit au centre de Tokyo. Diplômé de la faculté de droit de l’Université Keiô. C’est en 2013 qu’il commence à photographier des ukiyo-photo, comme il appelle lui-même le fait de photographier de nos jours les lieux qui sont peints sur certaines des estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant ») de l’époque d’Edo. Sa première exposition personnelle a lieu en décembre 2017 à The Gallery 2, au Nikon Plaza Shinjuku. Il donne également des conférences sur les endroits liés aux estampes.

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