Dossier spécial Tokyo de jadis et d’aujourd’hui, à travers estampes et photographies
Ukiyo-photo Cent vues d’Edo [2] : Nihonbashi

Kichiya [Profil]

[23.05.2018] Autres langues : 繁體字 |

Le pont de Nihonbashi est l’un des principaux, sinon LE monument qui représente à lui-seul l’Edo d’hier et d’aujourd’hui. Depuis la modernisation intense de l’infrastructure urbaine dans les années 1960, il est surplombé par l’autoroute urbaine aérienne.

Le marché aux poissons d’Edo

Hiroshige a réalisé ce dessin depuis le pont Nihonbashi, en regardant vers l’est dans la direction du pont Edobashi. Au premier plan (en bas à droite du tableau), Hiroshige a dessiné une partie de la palanche que porte un marchand de poisson sur le point de traverser le champ. Le poisson dans le baquet est un hatsu-gatsuo, ou « bonite précoce ».

Jadis, les gens pensaient que l’on gagnait 75 jours de vie supplémentaire si l’on mangeait un aliment du premier arrivage au marché de la saison. Et le gain était multiplié par 10, soit 750 jours, s’il s’agissait d’une bonite. En effet, en japonais, la bonite se dit katsuo, ce qui, par jeu de mots, veut aussi dire katsu-o, ou : « l’homme qui gagne ». Et les Edokko, ou « les enfants d’Edo », c’est-à-dire les Tokyoïtes de jadis, qui n’aimaient rien tant que bien manger, badinaient : « Régale-toi même s’il faut mettre ta femme en gage ! »

On suppose que Hiroshige a choisi de dessiner cette vue de Nihonbashi comme paysage symbolisant l’été d’Edo : parce que la bonite arrive sur les marchés au début de l’été, et que le marché aux poissons se trouvait justement à proximité du pont.

De nos jours, il est assez difficile, quand on se trouve sur le pont Nihonbashi, de voir celui d’Edobashi. Et globalement, je pensais qu’il était quasiment impossible de réaliser une image intéressante de ce lieu. Et pourtant, en me rendant sur place, je me suis aperçu à ma grande surprise que le ciel occupait une portion du cadre un peu plus large que ce que j’avais imaginée. J’y suis retourné au début de l’été un jour de beau temps, et j’ai pris la photo.

On dit qu’après 2020, quand les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo seront passés, des travaux seront engagés pour déplacer l’autoroute urbaine aérienne et la transformer en autoroute souterraine. Je me ferai une joie de reprendre ma photo à ce moment !

Utagawa Hiroshige, Cent vues d’Edo, n°43 : « Nihonbashi Edobashi » (le pont Edobashi, vu du pont Nihonbashi)

Le pont Nihonbashi

Le pont Nihonbashi enjambe la rivière Nihonbashi-gawa, dans l’arrondissement de Chûô. Celle-ci est en fait une dérivation de la rivière Kanda, au niveau du pont Koishikawa, à la limite entre les arrondissements de Chiyoda et de Bunkyô. Elle s’écoule au sud-est, et va se jeter dans le fleuve Sumida au niveau du pont Eitai, dans l’arrondissement de Chûô.

À l’époque d’Edo, le pont Nihonbashi marquait le point zéro des cinq grands axes de transport de l’époque, comme le Tôkaidô (actuellement la route nationale 1) et le Nakasendô (actuellement la route nationale 17). C’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui. Le quartier a très vite prospéré comme quartier commercial et culturel, et reste toujours très attrayant, grâce à la coexistence d’enseignes de bonne renommée et d’immeubles commerciaux très modernes. En aval de Nihonbashi, sur la rive nord à hauteur d’Edobashi, le marché aux poissons (uogashi) a fonctionné comme le plus grand de la capitale pendant plus de 300 ans, jusqu’à son transfert à Tsukiji en 1935.

  • Adresse : 1-chôme, Nihonbashi, Chûô-ku, Tokyo 103-0027
  • Accès : à 2 minutes à pied de la station Nihonbashi (lignes de métro Tôzai, Ginza ou Asakusa) ; à 1 minute à pied de la station Mitsukoshi-mae (ligne de métro Ginza ou Hanzômon).

Cent vues d’Edo

Les Cent vues d’Edo sont à l’origine un recueil d’estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant »), l’un des chefs-d’œuvre d’Utagawa Hiroshige (1797-1858), qui eut une énorme influence sur Van Gogh ou Monet. De 1856 à 1858, l’année de sa mort, l’artiste se consacre à la réalisation de 119 peintures de paysages d’Edo, alors capitale shogunale, au fil des saisons. Avec ses compositions audacieuses, ses vues « aériennes » et ses couleurs vives, l’ensemble est d’une extraordinaire créativité et est acclamé depuis lors comme un chef d’œuvre dans le monde entier.

  • [23.05.2018]

Photographe d’ukiyo-photo, ou « photographies du monde flottant ». Né en 1961, il grandit au centre de Tokyo. Diplômé de la faculté de droit de l’Université Keiô. C’est en 2013 qu’il commence à photographier des ukiyo-photo, comme il appelle lui-même le fait de photographier de nos jours les lieux qui sont peints sur certaines des estampes ukiyo-e (« peintures du monde flottant ») de l’époque d’Edo. Sa première exposition personnelle a lieu en décembre 2017 à The Gallery 2, au Nikon Plaza Shinjuku. Il donne également des conférences sur les endroits liés aux estampes.

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