Quand gourmandise rime avec plaisir

Une récente tradition japonaise : la dégustation de l'« ehômaki »

Vie quotidienne Gastronomie

Au Japon, la fête du setsubun, qui a lieu autour du 3 février de chaque année, célèbre la fin de l’hiver et le début du printemps. Ce jour-là, la tradition de lancer des haricots de soja pour faire fuir les démons est solidement ancrée dans l’Archipel depuis les temps anciens. Cependant, un autre « rituel », jadis pratiqué uniquement à Osaka, s’est répandu dans tout le Japon il y a une vingtaine d’années, celui de déguster un long et épais rouleau maki, appelé ehômaki.

Une façon particulière de manger l’ehômaki

L’ehômaki est une variété de rouleau maki, à la forme longue et épaisse garnie de plusieurs ingrédients choisis librement. Mais ce qui le rend si spécifique est qu’il est censé porter bonheur à celui qui le mangera le soir du setsubun, et que la façon de le déguster est plutôt très originale…

Selon le calendrier luni-solaire, le setsubun marque le passage de l’hiver au printemps, une période où il est dit que les esprits malveillants sont pris d’une folie furieuse. Les coutumes existantes consistent alors à chasser le mal et apporter santé et prospérité. C’est pourquoi l'ehômaki contient généralement sept ingrédients, un chiffre porte-bonheur correspondant au Sept divinités du bonheur (shichi fukujin).

Mais pour profiter de ces bienfaits, il est impératif d’avaler l'ehômaki d’une certaine manière, loin d’être évidente et facile pour tous : il doit être mangé entièrement, bouchée après bouchée, dans le silence total et tout en ayant le corps tourné vers une certaine direction déterminée comme étant celle du bonheur (ehô).

L’orientation correcte vers laquelle se tourner varie d’année en année et suit un cycle se basant sur la cosmologie ésotérique japonaise.

En 2019, il faudra se tourner vers l’est-nord-est.

Dans le tableau ci-dessous figurent les directions vers lesquelles se tourner en fonction du dernier chiffre de l’année.

Si le dernier chiffre de l’année est : Se tourner vers :
1, 3, 6, ou 8 Le sud-sud-est
2 ou 7 Le nord-nord-est
4 ou 9 L’est-nord-est
5 ou 0 L’ouest-sud-ouest

Une tradition encore toute fraîche

Les origines de l'ehômaki demeurent encore obscures. Il est dit que cette tradition existe à Osaka depuis la fin de l’époque d’Edo et elle ne s’étend dans les autres contrées de l'Archipel qu’à partir du début de ce siècle, portée par les supérettes japonaises (konbini) et les supermarchés. Ceux-ci ne lésinent pas en campagnes promotionnelles pour inciter les clients à acheter les fameux rouleaux et même les commander à l’avance. Leur popularité s’accroît ainsi au fur et à mesure des années, faisant de l'ehômaki un moyen lucratif pour doper les ventes durant la période creuse entre le Nouvel An et la Saint-Valentin.

Le rouleau ehômaki continue donc de se frayer un chemin parmi les nombreuses traditions qui existent sur l’Archipel.

Préparons un ehômaki

Ingrédients (pour un rouleau)

Algue nori Une large feuille
Riz Un verre et demi
Vinaigre à sushi Deux cuillerées à soupe

Garnitures (ajuster en fonction de sa préférence, mais s’assurer qu’il y en a sept)

Concombre Un quart (coupé en long)
Kanpyô (calebasse) Une lamelle (20 grammes)
Surimi Deux bâtons et demi
Épinard Deux feuilles
Champignon shiitake Un (coupé en tranches)
Kôya-dôfu (tofu frit et congelé) Deux tranches
Omelette sucrée japonaise (tamagoyaki) Deux tranches

Les étapes de la préparation

  1. Mélanger le vinaigre à sushi avec le riz.
  2. Placer la feuille d’algue nori sur la natte en bambou (makisu), la face brillante de l'algue contre la natte. Y répartir le riz en s’assurant de laisser 3 centimètres d’espace vide sur la partie supérieure de la feuille.
  3. Étendre la garniture en longueur. Envelopper le tout en roulant doucement la natte vers le haut et en pressant fermement de façon à former un rouleau (voir la vidéo).
  4. À l’aide d’un couteau mouillé, trancher le rouleau en bouchées. C’est prêt !

Ou bien, si vous voulez suivre le rituel à la lettre, s’arrêter à l’étape 3 et dégustez l’ehômaki d’une traite sans le couper !

(Article écrit à l’origine en anglais. Photos et vidéo de Nippon.com)

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