Les causes de la pénurie de beurre au Japon

Kikuchi Masanori [Profil]

[27.10.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Du printemps à l’été de cette année, les stocks de beurre ont été sans cesse épuisés dans les rayons de produits laitiers des supermarchés et des magasins d’alimentation de l’ensemble du Japon. Même lorsque les produits ont été en rayon, leur vente a été limitée à un paquet par personne. Et ce phénomène se répète à présent depuis plusieurs années.

Le ministère de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche a évalué en mai dernier que la pénurie de beurre serait de plus de 7 000 tonnes et il a annoncé qu’il procéderait à des importations d’urgence de 10 000 tonnes environ d’ici le mois d’octobre afin de parer à l’augmentation de la demande en vue de Noël. En fait, des importations d’urgence pour un total de 10 000 tonnes ont été effectuées deux fois l’année dernière également.

La consommation annuelle de beurre au Japon est de 70 000 à 80 000 tonnes, dont à peu près 10 000 dépendent des importations. Étant donné que les droits de douane sont élevés, il n’y a que peu d’importations privées. C’est en principe l’État qui contrôle la consommation de beurre et de lait écrémé en poudre dans l’objectif de protéger les exploitations laitières du pays.

Cette année, depuis que les mesures en vue de l’importation ont été décidées, le beurre est enfin arrivé dans les rayons en début d’automne. Mais, avec environ 430 yens pour une plaquette de 200 grammes, il est de 5 à 6 % plus cher que l’an dernier et les consommateurs sont très mécontents de voir que ce produit de première nécessité n’est plus facilement disponible à un prix raisonnable.

90 % du beurre national produit à Hokkaidô

Pourquoi donc cette pénurie de beurre se produit-elle ? Observons tout d’abord les mécanismes de la production et de la distribution du beurre et des produits laitiers.

Le beurre est fabriqué en séparant la crème du lait cru, sa matière première, par l’action de la force centrifuge d’une écrémeuse, cette crème étant ensuite pasteurisée et battue. Il faut un peu plus de 4 litres de lait cru pour produire une plaquette de 200 grammes de beurre.

La distribution du lait cru a lieu par un regroupement en un seul et même endroit et par des ventes tous azimuts. Le lait cru produit par les fermes laitières est rassemblé par des associations désignées, comme les coopératives agricoles qui se trouvent dans dix régions du pays, et il est ensuite vendu aux différents fabricants de produits laitiers. Ces associations sont des groupes qui ont été désignés par l’État et par les collectivités locales pour procéder aux transactions relatives au lait cru conformément à la loi de 1966.

Le prix du lait est décidé après discussions entre les associations qui jouent un rôle déterminant et les fabricants de produits laitiers. Des contrats annuels sont ensuite conclus selon les différentes applications, à savoir le lait proprement dit, le fromage et le beurre. Les exploitants laitiers peuvent traiter directement avec les fabricants mais, dans ce cas, ils ne peuvent pas bénéficier des subventions et autres accordées par l’État et ces transactions directes ne concernent donc que 3 % de l’ensemble des producteurs.

D’après les statistiques du ministère de l’Agriculture, près de 90 % des 132 000 tonnes de lait cru destiné à la fabrication du beurre et du lait écrémé en poudre ayant fait l’objet de transactions par les associations désignées au niveau national en juillet de cette année, à savoir 115 000 tonnes, était en provenance de Hokkaidô. En revanche, seuls plus de 20 % des 280 000 tonnes environ de lait destiné à la boisson au niveau national sont produits dans cette région.

Sous prétexte de « stabilité des approvisionnements », la production et la distribution du lait et des produits laitiers sont contrôlées par le biais des associations désignées selon les applications. La transformation est confiée à Hokkaidô, géographiquement éloignée des zones de grande consommation comme la sphère métropolitaine, alors que l’approvisionnement en lait de boisson, dont le degré de fraîcheur est essentiel, est réservé aux autres régions productrices. Cette répartition des rôles est restée inchangée pendant 50 ans environ, depuis que la loi a été établie.

  • [27.10.2015]

Né en 1965 à Hokkaidô. A été journaliste au quotidien Hokkaidô Shimbun, puis journaliste indépendant. Écrit des reportages basés sur des interviews et des chroniques à caractère social pour des revues comme Aera, Chûô Kôron, Shinchô 45 et President.

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