Dossier spécial Shodô, l’art de la calligraphie au Japon
Kanazawa Shôko, une calligraphe de génie malgré son handicap

Katô Chiaki [Profil]

[11.11.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Kanazawa Shôko est une calligraphe de renommée mondiale, bien qu’elle soit affligée par le syndrome de Down (trisomie 21). Grâce à l’amour que lui ont prodigué ses parents, elle est passée des larmes à la lumière et a réussi à s’épanouir en déployant pleinement son talent.

Kanazawa Shôko

Kanazawa ShôkoNée à Tokyo en 1985. Calligraphe connue sous le nom de Shôran. A commencé à apprendre la calligraphie avec sa mère, dès l’âge de cinq ans. Première exposition personnelle intitulée Shôko, sho no sekai (Shôko, le monde de l’écriture) en 2005, à Tokyo. A ensuite présenté ses œuvres dans des temples bouddhiques prestigieux notamment le Kenchôji de Kamakura, le Kenninji de Kyoto et le Tôdaiji de Nara. À l’étranger, elle a exposé pour la première fois à New York en 2015 et la même année, elle a eu droit à deux expositions personnelles dans les villes tchèques de Pilsen et de Prague. Auteur, en collaboration avec sa mère, de plusieurs ouvrages dont Tamashii no sho : Kanazawa Shôko sakuhinshû (L’écriture de l’âme : recueil des œuvres de Kanazawa Shôko) et Umi no uta, yama no koe : Shoka Kanazawa Shôko inori no tabi (Chant de la mer, voix de la montagne : l’itinéraire spirituel de la calligraphe Kanazawa Shôko).

Le 20 mars 2015, la calligraphe Kanazawa Shôko a prononcé un discours au siège des Nations unies à New York, dans le cadre de la quatrième journée mondiale de la trisomie 21 (WDSD). En conclusion elle a déclaré, « Ce que je souhaite, c’est toucher les gens, les réjouir et les rendre heureux. »

Un talent très précoce

Kanazawa Shôko est née à Tokyo en juin 1985. Sa mère, Kanazawa Yasuko avait alors 42 ans. C’était son premier enfant et elle était absolument enchantée par cette naissance. Malheureusement, sa joie a été de courte durée. Le médecin n’a en effet pas tardé à lui apprendre que le bébé était atteint de trisomie 21. Un jour où Kanazawa Yasuko allaitait sa fille en pleurant, celle-ci a essuyé les larmes de sa mère avec sa menotte, en souriant. « La volonté de vivre de Shôko, sa gentillesse et sa sagesse m’on beaucoup aidée », raconte Kanazawa Yasuko. Depuis lors, elles sont unies par un lien extrêmement fort.

Quand Shôko a eu cinq ans, sa mère qui avait étudié la calligraphie pendant de nombreuses années, a décidé de donner des cours chez elle pour les enfants du voisinage. Elle pensait que cela permettrait à sa fille d’avoir des amis. Sur les quatre enfants qui assistaient aux cours, Shôko s’est avérée la seule capable d’emblée de tenir correctement un pinceau. Kanazawa Yasuko a donc pensé que sa fille avait des dispositions naturelles pour la calligraphie.

Shôkô est allée dans une école primaire du voisinage où elle s’est fait beaucoup d’amis. La vie qu’elle menait alors était très paisible. Mais quand elle est entrée au cours moyen première année, la maîtresse a conseillé à sa mère de l’inscrire dans un établissement spécialisé pour les handicapés. Shôko qui aimait tant son école n’a pas compris pourquoi elle devait la quitter. Elle était si désespérée qu’elle a commencé à manquer les cours. Kanazawa Yasuko a cherché par tous les moyens à aider sa fille et c’est ainsi qu’elle a eu l’idée de lui faire écrire le Sutra du cœur (Hannya shingyô), un texte sacré de 276 idéogrammes qui contient l’essence du bouddhisme. Mais le Hannya shingyô est truffé de kanji très difficiles à comprendre et à écrire pour une fillette de dix ans, a fortiori handicapée. Shôko s’est pourtant attelée à la tâche en suivant les conseils très stricts de sa mère. Elle a travaillé jour et nuit en pleurant souvent. Le résultat de cet énorme travail est une œuvre poignante intitulée Namida no hannya shingyô (Le Sutra du cœur des larmes) qui a bouleversé et continue à bouleverser beaucoup de gens.

Namida no hannya shingyô (Le Sutra du cœur des larmes), une œuvre que Kanazawa Shôko a réalisée en 1995, alors qu’elle avait à peine 10 ans. Elle se compose de quatre panneaux mesurant chacun 1,37 mètre sur 0,35 mètre.

Un miracle opéré par l’amour

Avec Namida no hannya shingyô, Kanazawa Shôko s’est complètement investie dans la calligraphie et elle a fait d’immenses progrès. Elle a indéniablement assimilé et compris la structure et l’ordre des kanji dans toute leur complexité. Ses efforts ont été récompensés six ans plus tard, quand elle a obtenu le premier prix de l’exposition de la Fédération japonaise des étudiants calligraphes.

Mais cette période de sa vie a aussi été marquée par un événement tragique. Quand Shôko avait 14 ans, son père, Kanazawa Hiroshi est mort subitement d’une crise cardiaque. Il avait tout juste 52 ans. Mais l’amour immense qu’il avait pour elle a continué d’illuminer la vie de sa fille. Kanazawa Hiroshi avait souvent manifesté le désir d’organiser une exposition personnelle des œuvres de Shôko, quand elle aurait 20 ans. Son épouse qui se souciait elle aussi de l’avenir de sa fille s’en est souvenue. En décembre 2005, elle a réalisé le vœu de son mari avec une exposition intitulée Shôko, sho no sekai (Shôko, le monde de l’écriture), dans une galerie du quartier de Ginza, à Tokyo. Les nombreux visiteurs qui se sont rendus sur place ont été émus jusqu’aux larmes par le travail de la jeune calligraphe. La télévision, la presse et Internet se sont emparés de l’événement et Kanazawa Shôko a fait sensation en tant que calligraphe de génie atteinte du syndrome de Down. Un véritable miracle opéré par l’amour de son père.

Kanazawa Shôko devant l’une de ses œuvres représentant l’idéogramme 藝 (gei, l’art).

  • [11.11.2016]

Directeur du Musée d’art Dewazakura et conservateur du Musée des beaux-arts de Yamagata, dans la préfecture de Yamagata. Né en 1950 dans la préfecture de Fukui. Titulaire d’un diplôme en histoire de l’art européen de la faculté des lettres de l’Université du Tôhoku (1974). A commencé par travailler en tant que journaliste pour l’agence de presse Kyôdô. En 1985, il est entré au Musée des beaux-arts de Yamagata dont il est devenu directeur en 2003. Membre de plusieurs commissions consultatives de la préfecture de Yamagata, dont le Comité pour la protection du patrimoine culturel de Yamagata.

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