Exploration de l’histoire japonaise
Hinomaru : le symbolisme et l’histoire du drapeau national japonais
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Aux origines du hinomaru
Le drapeau national du Japon, composé d’un rond rouge sur fond blanc, est communément appelé hinomaru (littéralement « disque du soleil »). Ses origines remontent à la tradition religieuse vouée au soleil. Selon la mythologie japonaise, Amaterasu, la déesse du soleil, est l’ancêtre de la lignée impériale. Le lien entre le Japon et l’astre solaire est également renforcé par sa position à l’est de la Chine, ce qui a conduit les Japonais à désigner leur pays comme le « pays du Soleil-Levant ». En japonais, le nom du Japon s’écrit 日本 (Nihon). Le caractère 日 signifie « soleil », un symbole étroitement lié à l’identité nationale.
D’après l’écrivain Imoto Shûji, la plus ancienne représentation connue d’un drapeau représentant le soleil remonte à une cérémonie du Nouvel An organisée en 701, sous le règne de l’empereur Monmu. Ce drapeau ne comportait toutefois pas encore de disque.
Les premiers drapeaux arborant un rond rouge sur fond blanc seraient apparus durant la guerre de Genpei (1180-1185). Une autre hypothèse avance que ce motif aurait commencé à être utilisé lors des invasions mongoles du Japon au XIIIe siècle, mais aucune preuve formelle ne vient l’étayer. En juin 1999, le gouvernement japonais a d’ailleurs reconnu, dans une réponse écrite, que si « des documents attestent de son utilisation avant même l’époque d’Edo (1603-1868) », « ses origines ne sont pas clairement établies ».
Ce n’est qu’au XIXe siècle, avec l’arrivée successive de navires étrangers, que le hinomaru a acquis un statut officiel.
En août 1854, le shogunat l’a adopté comme pavillon national de la marine japonaise afin de distinguer les navires du pays des bateaux étrangers. Puis, en janvier 1855, le Shôheimaru, un navire de guerre offert au shogunat par le domaine de Satsuma (actuelle préfecture de Kagoshima), est entré dans la baie de Tokyo avec le hinomaru hissé à sa poupe. Il s’agirait de la première utilisation effective du drapeau comme pavillon maritime.
Après la chute du shogunat et la Restauration de Meiji en 1868, le nouveau gouvernement a promulgé, en février 1870, un décret du Conseil d’État accordant au hinomaru sa première reconnaissance officielle. Celle-ci ne concernait toutefois que son statut de pavillon des navires marchands japonais, et non celui de symbole national représentant l’ensemble du pays.

Le Shôheimaru, navire de guerre offert au shogunat par le domaine de Satsuma, est considéré comme le premier bâtiment à avoir arboré le hinomaru comme pavillon. (Avec l’aimable autorisation des Archives préfectorales de Fukui)
Malgré cela, le hinomaru est, dès cette époque, devenu le drapeau de facto du Japon. Il faudra néanmoins attendre 129 ans après le décret du Conseil d’État pour qu’il obtienne une véritable reconnaissance juridique, avec l’entrée en vigueur de la loi sur le drapeau et l’hymne national, en août 1999. Le hinomaru n’est donc officiellement reconnu que depuis moins de trente ans.

L’Asahimaru, un voilier de type occidental construit en 1856 à la fin de l’époque d’Edo sur ordre du shogunat. (Avec l’aimable autorisation du Musée des sciences maritimes)
Un symbole associé à la guerre
L’une des principales raisons de ce long délai tient au fait qu’une partie de la population continuait d’associer le hinomaru au militarisme de l’avant-guerre et de la Seconde Guerre mondiale. Les restrictions imposées à son utilisation par les forces alliées immédiatement après le conflit ont contribué à renforcer cette perception.
Lors d’un sondage gouvernemental réalisé en 1964, année des Jeux olympiques de Tokyo, 22 % des personnes interrogées ont déclaré que le hinomaru leur évoquait avant tout la guerre.
À partir des années 1950, le ministère de l’Éducation a commencé à encourager les établissements scolaires à hisser le drapeau national et à faire chanter l’hymne national lors des cérémonies. Ces consignes ont été appliquées de manière plus stricte à partir des années 1980, entraînant des tensions dans de nombreuses écoles du pays, où un nombre croissant d’enseignants refusait de s’y conformer.
Un drame est survenu en février 1999 au lycée préfectoral Sera (dans la préfecture de Hiroshima). Pris entre les exigences du conseil d’éducation et l’opposition d’une partie de son personnel enseignant, le proviseur s’est suicidé la veille de la cérémonie de remise des diplômes. Cet événement a directement conduit le gouvernement du Premier ministre de l’époque Obuchi Keizô à faire adopter, la même année, la loi sur le drapeau et l’hymne national.
Rouge… mais quel rouge ?
L’article premier de cette loi se contente d’indiquer que « le drapeau national est le nisshôki », appellation officielle du hinomaru. Le texte précise également que le disque rouge doit être placé au centre du drapeau et que son diamètre doit représenter les trois cinquièmes de la hauteur de celui-ci. En revanche, il se limite à définir sa couleur comme étant « rouge », sans en préciser la teinte exacte.
Dans un entretien accordé à la Fondation Sasakawa pour le Sport, le spécialiste des drapeaux Fukiura Tadamasa, chargé de confectionner les drapeaux nationaux des pays participants aux Jeux olympiques de Tokyo de 1964, est revenu sur les difficultés rencontrées à cette occasion.
« Le plus compliqué a été de déterminer le “rouge” du hinomaru », raconte-t-il. « Avec l’aide du Japan Color Research Institute et du laboratoire de recherche de Shiseidô, nous avons rassemblé 500 drapeaux provenant de foyers japonais. » Après leur analyse, « nous avons calculé la teinte la plus fréquente et l’avons retenue pour le “rouge” du hinomaru ».
Si ses origines demeurent en partie mystérieuses, le hinomaru est au cœur d’innombrables récits qui témoignent de la richesse de son histoire.
(Texte de Nippon.com. Photo de titre : la délégation japonaise fait son entrée dans le Stade national lors des Jeux olympiques de Tokyo de 1964. Jiji)