Dossier spécial Exploration de l’histoire japonaise
La Restauration de Meiji : la fin du shogunat et la construction de l’État japonais moderne

Kawai Atsushi [Profil]

[14.12.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية |

L’année 2018, qui marque le 150e anniversaire de la Restauration de Meiji, a donné lieu à de nombreuses célébrations au Japon. L’année 1868 a certes joué un rôle crucial dans la chute du shogunat et l’instauration d’un nouveau mode de gouvernement, mais la bonne compréhension du contexte historique demande une plus large perspective. L’article qui suit présente un panorama succinct de l’histoire du Japon entre l’arrivée des « navires noirs » de la marine américaine en 1853 et la promulgation de la Constitution de Meiji en 1889.

Les navires noirs et les traités inéquitables

Au XIXe siècle, quand leur industrialisation fut un fait accompli, les grandes puissances mondiales, en quête de nouveaux marchés, commencèrent à étendre leur influence en direction de l’Asie. Des navires étrangers firent leur apparition dans les eaux environnant le Japon, où il leur arrivait d’accoster dans le but de nouer des liens commerciaux. Le shogunat Tokugawa, qui était au pouvoir depuis le début du XVIIe siècle, opposa une fin de non recevoir à toutes leurs demandes. Mais en 1853, le commodore Matthew Perry, commandant de l’escadre des Indes orientales de la marine américaine, arriva à la tête d’une flotte de « navires noirs » et exigea l’ouverture du pays. Ne voyant pas d’autre option, les dirigeants du shogunat acceptèrent en 1854 de signer le Traité de paix et d’amitié entre le Japon et les États-Unis, qui stipulait l’ouverture des ports de Shimoda et Hakodate aux navires américains. Ce traité fut rapidement suivi d’accords similaires avec la Grande-Bretagne, la Russie et les Pays-Bas.

En 1858, le Japon signa le Traité d’amitié et de commerce entre le Japon et les EU. C’était un traité inéquitable, qui contenait des clauses conférant aux États-Unis le statut de nation la plus privilégiée et fixant des droits de douane. Figurait en outre dans le texte un principe de juridiction consulaire au titre duquel les étrangers ayant commis des crimes au Japon seraient jugés dans leur propre pays par des cours consulaires sans que la justice locale puisse les inculper. Les droits de douane étaient fixés à un niveau extrêmement bas et le Japon ne pouvait pas les modifier. C’est ainsi que les exportations massives de soie grège et de thé conduisirent à des pénuries sur le territoire japonais et, par voie de conséquence, à une envolée des prix. Dans le même temps, les importations de vêtements bon marché amputèrent les revenus des paysans japonais qui cultivaient le coton et ceux des entreprises de l’industrie textile.

Le commodore Matthew Perry et ses hommes sont accueillis à Yokohama. (Photo avec l’aimable autorisation des Archives historiques de Yokohama)

L’opposition au shogunat se renforce

La confusion consécutive à l’ouverture du pays a nourri un sentiment de rancœur envers les étrangers. La forte antipathie exprimée par l’empereur Kômei (règne de 1846 à1867) à l’égard des étrangers, comparée à la mollesse du shogunat, a contribué à la formation, autour de la personne de l’empereur, du mouvement sonnô jôi (« révérer l’empereur et expulser les étrangers »). Ii Naosuke, qui était de fait à la tête du shogunat en tant que tairô (grand ancien), tenta d’étouffer ce mouvement par une sévère répression, connue sous le nom de purge d’Ansei. Mais il fut assassiné en 1860, alors qu’il se rendait au château d’Edo, par une bande de guerriers hostiles à l’influence étrangère au Japon. L’incident de Sakuradamon, du nom de la porte du château où eut lieu l’assassinat, porta un coup sévère au prestige du shogunat. Le mouvement d’opposition, principalement mené par des samouraïs du domaine de Chôshû (dans l’actuelle préfecture de Yamaguchi), prit le contrôle de la cour impériale à Kyoto.

Mais en 1863, les partisans d’une direction assurée conjointement par la cour et le shogunat (kôbu gattai), issus principalement des domaines de Satsuma et Aizu (dans les préfectures actuelles de Kagoshima et Fukushima), expulsèrent les samouraïs de Chôshû. L’année suivante, Chôshû dépêcha une armée pour tenter de s’emparer à nouveau du palais impérial de Kyoto, mais elle fut repoussée par les forces de Satsuma et Aizu. Le shogunat lança alors une expédition punitive contre le fief Chôshû, considéré comme un ennemi de la cour.

L’assassinat d’Ii Naosuke devant la porte Sakuradamon, au château d’Edo. (Photo avec l’aimable autorisation de la bibliothèque préfectorale d’Ibaraki)

  • [14.12.2018]

Né à Tokyo en 1965. Professeur invité à l’Université Tama. Achève son cursus doctoral en histoire à l’Université Waseda, puis mène ses travaux de recherche et d’écriture sur l’histoire tout en enseignant l’histoire japonaise dans le secondaire. Auteur de plus de 200 textes, dont les ouvrages récents Nihonshi wa gyaku kara manabe (Étudier l’histoire japonaise à rebours) et Isetsu de yomitoku Meiji ishin (Comprendre la restauration de Meiji via les théories dissidentes).

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