Kako Satoshi et ses « Little Daruma » : plongée dans les créations d’un maître du livre d’images
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Enraciné dans le folklore
Une exposition organisée à l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur japonais de livres pour enfants Kako Satoshi (1926-2018) a lieu jusqu’au 23 septembre au musée de Littérature moderne de Kanagawa. Auteur de plus de 600 ouvrages, Kako Satoshi est entre autres connu pour sa série Little Daruma. L’histoire dépeint le célèbre moine bouddhiste sous les traits d’un enfant curieux. D’autres personnages de cette série qui jouent et entraînent Daruma dans leurs aventures sont eux aussi bien ancrés dans les croyances et le folklore japonais, tels que le démon à apparence d’oiseau Little Tengu et Little Kaminari, une représentation du dieu du tonnerre arborant une paire de cornes. La fille de Kako Satoshi, Suzuki Mari, explique que Little Daruma mêle les traits de caractère de bon nombre d’enfants que l’auteur a rencontrés au cours de sa vie.

Une édition japonaise de Daruma-chan to Tengu-chan (« Petit Daruma et Petit Tengu », 1967) (Nippon.com)

Objets liés à la série Little Daruma ; l’affiche en arrière-plan a été dessinée par Kako Satoshi à l’occasion de sa première exposition au musée en 2008. (Nippon.com)
L’un des points forts de l’exposition est un espace où sont présentés les uns à côté des autres des croquis et des œuvres finales de Little Daruma and Little Tengu. L’objectif est de comparer les deux ouvrages. Ces pièces démontrent l’attention portée par l’auteur au moindre détail, tel que le souci de la hauteur des geta qu’il a ajustée pour que les deux personnes puissent se regarder dans les yeux.

La version finale d’une scène de Little Daruma and Little Tengu (© Institut de recherche Kako)

Des ébauches de croquis de la scène ci-dessus (© Institut de recherche Kako)
Dans d’autres tomes de la série, Little Daruma rencontre des personnages tels que le dieu du tonnerre, des lapins, un bébé tigre et un enfant dont les traits s’inspirent de Daikokuten, le dieu de la prospérité. Les livres de la série ont été traduits en anglais, en chinois et en coréen notamment.

Des illustrations extraites de Little Daruma and Little Tengu (Nippon.com)
Aider les enfants grâce à des travaux communautaires
Alors qu’il était étudiant en chimie à l’Université de Tokyo, Kako Satoshi s’est également consacré à des activités théâtrales. Après avoir terminé ses études en 1948, il a commencé à travailler dans un bureau mais cela ne l’empêchait pas de consacrer son temps libre à une initiative d’aide sociale qui soutient l’apprentissage des enfants et leurs loisirs dans la ville de Kawasaki.

Kako Satoshi dans sa jeunesse. La légende écrite de sa main qui accompagne cette photographie décrit comment le studio où elle a été prise l’a affichée pendant plusieurs mois en tant qu’échantillon. Il ironise et écrit que c’est la première et dernière fois qu’il laisse une telle chose se produire. (© Institut de recherche Kako)
Kako Satoshi dessinait, jouait avec les enfants et inventait des histoires pour kamishibai, le théâtre de papier japonais, qu’il racontait en prenant un ton dramatique, et en utilisant de grandes images. Lors de l’exposition, les visiteurs peuvent admirer des images de My Mother, l’une des premières œuvres de kamishibai de Kako Satoshi, laquelle s’inspirait d’écrits et d’images d’enfants pour représenter la vie des familles dont les mères travaillaient pour subvenir à leurs besoins après la disparition de leur mari au front à la guerre. Cette œuvre, et bien d’autres encore, qui remontent au début de sa carrière, sont exposées pour la première fois.

Dessins extraits de My Mother (1953) (Nippon.com)
L’un des dessins de Kako Satoshi a attiré l’attention d’un éditeur, lançant sa carrière avec l’album The Dam Builders.
Des voleurs et des corbeaux
Dans Thief School, le principal qui a pour rôle de former les élèves au vol, enchaîne avec eux gaffes sur gaffes. Cette œuvre se base sur une autre œuvre précédente kamishibai de l’auteur.

Esquisse extraite de Thief School (1973) (© Institut de recherche Kako)
Kako Satoshi a écrit de nombreuses œuvres mettant en scène des personnages de corbeaux. La plus célèbre est Mr. Crow’s Bakery. Dans cette œuvre, la boulangerie de monsieur Corbeau tourne à plein régime ; elle propose à ses clients pas moins de 84 différentes sortes de pains. Des champignons, des zèbres, des crayons, des scies, des avions, des violons… des formes toutes plus insolites les unes que les autres ! Les différentes sortes de pains illustrent une double page du livre sous les yeux ébahis de nos lecteurs en herbe.

Une édition japonaise de Karasu no pan’ya san (Mr. Crow’s Bakery) (1973) (© Kaiseisha)
La série consacrée aux corbeaux s’inspire largement de la compréhension des enfants que l’auteur a acquise au cours de ses activités communautaires. Dans la postface de Mr. Crow’s Bakery, il écrit : « Cette histoire… repose sur un album que j’ai dessiné à la main pour un supérieur en guise de cadeau de mariage. La version finale de ce livre a été améliorée au fil des différentes rencontres avec les enfants. » L’exposition réunit des œuvres principalement en lien avec des corbeaux qu’il a dessinées avant la parution de la série de ces livres d’images.
Mr. Crow’s Bakery a été traduit en anglais et en italien (non en français). Au fil des tomes de l’histoire, les jeunes corbeaux grandissent, enfilent leur tablier et se transforment en vendeurs de pâtisseries, de fruits, de légumes, de tempura ou encore de nouilles.
Enseigner le b.a.-ba de la science
Kako Satoshi a également écrit de nombreux livres illustrés présentant aux enfants toute une variété de sujets scientifiques.

Des livres illustrés abordant des sujets scientifiques écrits par Kako Satoshi. (Nippon.com)
« Les enfants ont une grande capacité pour voir les choses telles qu’elles sont vraiment. Si quelque chose les ennuie, ils passent leur chemin. Mais si au contraire, quelque chose les touche particulièrement, ou s’ils ont eux aussi envie de faire quelque chose, alors ils s’y intéresseront. Les enfants sont honnêtes, et mon père pensait que cette honnêteté était également valable pour la compréhension des sciences. Il pensait que les sciences ne se réduisaient pas à la mémorisation de symboles ou de formules chimiques, mais au contraire qu’il s’agissait de trouver les différences dans les choses les plus insignifiantes autour de vous, et de faire des découvertes. C’est ainsi qu’on aborde le thème de la science. C’est ce dont il était convaincu et c’est ce qui l’a, à mon avis, amené à publier des livres illustrés scientifiques pour les enfants, » explique la fille de l’auteur.

Suzuki Mari, la fille de Kako Satoshi (Nippon.com)
Pensez par vous-mêmes
Kako Satoshi avait 19 ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui s’est terminée par la capitulation du Japon. Il a perdu toutes ses illusions, lui qui avait accepté, sans se poser de question, le fait que le système militariste avait mené à la guerre. C’est pourquoi il a voulu encourager les enfants à voir les choses de leurs propres yeux, à penser et à agir par eux-mêmes, et non plus à croire naïvement ce que les adultes leur avaient dit.
Des œuvres telles que Autumn, qui s’inspire de ce qu’il a vu pendant la guerre, et Papo the jellyfish, qui raconte l’histoire d’une méduse à la recherche d’un soldat mort dans le Pacifique sud, ont été publiées à titre posthume après la découverte de manuscrits. L’exposition montre également des affiches de Kako Satoshi appelant à la paix.

Une affiche appelant à la paix, dessinée à la main par Kako Satoshi vers 1952 (Nippon.com)
« Les dirigeants les plus incompétents utilisent la guerre pour résoudre les différends entre les nations. Que quiconque sorte victorieux, quoi qu’il en soit, ce sont les personnes pauvres et vulnérables de chaque pays qui souffrent le plus. Nous devons être capables de voir comment ceux qui cherchent à tirer profit de la guerre et étendent leur contrôle conspirent dans le monde entier, afin d’apporter leur soutien à ces dirigeants et de s’accaparer les bénéfices qu’ils peuvent en tirer », peut-on lire dans un passage d’un texte écrit par Kako Satoshi pour un magazine pour parents publié par Fukuinkan Shoten, l’un de ses éditeurs.
Si sa fille affirme qu’à la maison, son père ne lui faisait pas nécessairement la leçon sur l’importance de la paix, il a discrètement traduit ses convictions dans ses histoires et ses livres scientifiques.

Des cartes où sont écrits quelques mots de Kako Satoshi. Elles sont en libre-service, à disposition des visiteurs. (© Musée de littérature moderne de Kanagawa)
À la sortie de l’exposition, les visiteurs peuvent recevoir l’une des huit cartes où sont écrites des citations extraites de l’autobiographie de Kako Satoshi To the Little Darumas of the Future (2014). Parmi ces citations figurent notamment les mots qui ne sont autres que le sous-titre de l’exposition elle-même « Vivre est, en effet, une joie. »

Un Little Daruma accueille les visiteurs à l’entrée, signé de la main de Satoshi Kako Satoshi. (Nippon.com)
Exposition à l’occasion du centenaire de Kako Satoshi
- Lieu : Musée de littérature moderne de Kanagawa, ville de Yokohama
- Dates de l’exposition : du 25 juillet au 23 septembre 2026 (fermé le lundi, sauf le 21 septembre)
- Horaires : de 9 h 30 à 17 h (dernière entrée 30 minutes avant la fermeture)
- Tarif : 800 yens pour les adultes ; 400 yens pour les personnes de plus de 65 ans ou de moins de 20 ans et pour les étudiants ; 100 yens pour les lycéens. L’entrée est gratuite pour les collégiens et les enfants plus jeunes.
- Accès : à 10 minutes à pied de la sortie 6 de la station Motomachi-Chûkagai, sur la ligne Minatomirai
- Site officiel (en japonais) : https://www.kanabun.or.jp/exhibition/28174/
(Photo de titre : Kako Satoshi chez lui, et l’affiche qu’il a dessinée pour l’exposition de 2008 au Musée de la littérature moderne de Kanagawa. © Institut de recherche Kako)