Japan Expo : l’engouement pour le Japon, une affaire qui rapporte

Abe Hiroyuki [Profil]

[03.07.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 |

La Japan Expo a lieu cette année du 2 au 5 juillet à Paris. Les jeunes fans de culture japonaise et de cosplay venus de toute l’Europe s’amusent beaucoup. Il n’en demeure pas moins que toutes les questions liées à l’exportation de la culture japonaise et à son exploitation commerciale ne sont pas résolues.

Cette manifestation culturelle qui a lieu tous les ans en juillet depuis 2000 attire des jeunes amateurs européens de culture pop japonaise et on attend pour sa 16e édition 250 000 visiteurs. J’y suis allé en 2012 et en 2014 pour voir de mes propres yeux à quoi ressemble cet univers. Ces dernières années, plusieurs tendances remarquables sont apparues.

La popularité incontournable des mangas et des animes en France

Si la culture japonaise bénéficie d’un tel succès en Europe, c’est avant tout grâce aux mangas et aux dessins animés japonais. Une enquête du site AnimeFrance.fr établit que 51 % des Français de moins de 19 ans passent au moins une heure par jour à regarder des dessins animés japonais. La Japan Expo a présenté de nombreuses expositions sur des animes et des mangas en invitant leurs auteurs, comme par exemple Hôjô Tsukasa, célèbre pour City Hunter connu en France sous le nom de Nicky Larson, ou Urasawa Naoki, connu pour Yawara ! et Monster, entre autres.

Les jeunes Européens chez qui les mangas et les animes font naître un énorme enthousiasme, qui se passionnent pour  Naruto de Kishimoto Masashi ou Pokémon, viennent à la Japan Expo habillés du costume de leurs héros favoris. La Japan Expo est pour les cosplayers européens le lieu où exprimer leur affection pour les personnages qu’ils incarnent et où se faire reconnaître par leurs pairs. Ils viennent pour montrer aux autres amateurs les costumes et le maquillage dont ils sont si fiers.

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Nombreux sont ceux que cette ferveur pour le Japon, éveillée par leur passion pour ses animes et ses mangas, a conduit à étudier le japonais à l’université. Cette fièvre atteint durablement un nombre croissant de jeunes Européens.

La chaîne française qui diffuse une programmation 100% nippone

Impossible de parler du succès de la culture populaire japonaise en France sans mentionner la chaîne câblée Nolife qui diffuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre une programmation japonaise. Celle-ci comprend essentiellement des vidéos musicales de pop-music japonaise (J-Pop), des jeux vidéo, ou encore des dessins animés ainsi que l’émission Japan in Motion (produite par TSS) diffusée à partir de 2009, que tout jeune Français qui s’intéresse au Japon connaît. On peut la voir sur Nolife tous les jours sauf le lundi.

Japan in Motion présente des informations sur le « vrai Japon », que l’on ne trouve pas dans les guides touristiques, depuis les sites touristiques jusqu’à la culture underground en passant par le J-Pop et les festivals traditionnels. Nolife, qui a un vrai talent de découvreur, a notamment été le premier média à présenter la chanteuse Kyari Pamyu Pamyu avant qu’elle ne devienne célèbre. Les spectateurs de cette émission, qui sont avides d’informations sur le Japon, se recoupent avec ceux qui viennent à Japan Expo.

L’abus de Cool Japan

Cette manifestation a été crée par des jeunes Français amoureux du Japon. L’un d’entre eux, Thomas Sirdey, président de JTS Participations, a reçu en 2013 un prix du ministre japonais de la Culture.

Si la Japan Expo rassemble aujourd’hui des jeunes venus non seulement de toute la France mais de toute l’Europe afin de goûter au Cool Japan, sa première édition en 2000 n’avait attiré qu’autour de 2 000 visiteurs. 15 ans plus tard, on en prévoit 250 000. Lorsqu’en 2014, la fréquentation a dépassé pour la première fois le cap des 240 000 personnes, la diminution drastique de stands d’autres pays s’attribuant injustement le label Cool Japan a été un fait marquant.

Lors de ma première visite à la Japan Expo en 2012, il y avait de nombreux participants d’autres pays d’Asie que le Japon, notamment coréens, avec des stands qui, plus ou moins, « prétendaient être japonais ». On se moquait de ce phénomène sous des dénominations telles que « Korean Cool Japan » ou encore « Asian Cool Japan ». Considérant que cela posait problème, les organisateurs ont décidé de revenir à leur projet originel, à savoir offrir un lieu où les visiteurs trouvent des informations sur la vraie culture japonaise, et ils ont radicalement éliminé ces « versions pirates ». La manifestation est ainsi redevenue une célébration de la culture et du divertissement authentiquement japonais.

En 2014, les thèmes qui y étaient présentés ont commencé à dépasser l’univers originel des mangas, dessins animés et jeux vidéo. La présentation de la culture et de l’artisanat japonais traditionnel, ainsi que de la cuisine japonaise, constitue une nouvelle tendance remarquable.

Le stand Wabi-Sabi créé en 2011 par la société événementielle Biken International qui promeut activement à l’étranger les arts et la culture japonais en fait partie. L’an dernier, son stand présentait plus de 100 artistes invités qui ont fait des démonstrations et des performances artistiques et il a attiré en permanence une foule considérable. Ce succès indique que la nouvelle orientation choisie par les organisateurs répond aux demandes des visiteurs de ré-axer Japan Expo sur la véritable culture nippone.

Tôhan, la société qui prend en charge au Japon les planifications, la logistique, les services d’interprétariat et de promotion commerciale pour les exposants japonais, a présenté l’an passé des stands dédiés aux jeunes comiques japonais ou aux jeunes illustrateurs populaires à l’étranger. Les queues qui se formaient devant ces stands m’ont fait sentir que le vrai Cool Japan connaissait un succès encore plus large.

  • [03.07.2015]

Rédacteur en chef du journal d’information en ligne Japan In-Depth. Après des études d’économie à l’Université Keiô en 1979, il rejoint Nissan Motors. Il obtient en 1985 un doctorat en relations internationales de l’Université internationale du Japon puis intègre Fuji TV en 1992, dont il dirige le bureau de New York et où il est également présentateur. Il quitte Fuji TV en septembre 2013 pour fonder Japan In-Depth. Il est l’auteur de l’ouvrage Zetsubô no terebi hôdô (La situation déplorable des informations télévisées, 2014, PHP Shinsho).

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