Annexe 2

Chronologie du différend territorial nippo-coréen

Watanabe Hirotaka (membre du comité de Nippon.com)

Les questions territoriales impliquant le Japon ont récemment pris de l’ampleur. En juillet 2012, le premier ministre russe Dmitri Medvedev a effectué une visite sur l'île de Kunijiri, provoquant des remous dans le litige des Territoires du Nord avec la Russie. Le 10 août 2012, la visite du président sud-coréen Lee Myung-bak sur l’île de Takeshima (dans la préfecture de Shimane, appelée Dokdo en coréen) a provoqué de vives réactions parmi la population japonaise. En réponse, le gouvernement japonais a immédiatement décidé de porter la question de la souveraineté de ce territoire devant la Cour internationale de Justice (CIJ). En Septembre, le gouvernement japonais a annoncé la nationalisation des îlots des Senkaku (dans la préfecture d’Okinawa) revendiqués par la Chine.

L’État japonais a toujours revendiqué que l’île de Takeshima était un territoire japonais. Néanmoins, dans les faits, l’île est effectivement contrôlée par la République de Corée  et le gouvernement sud-coréen affirme qu’il « n’existe pas de question de souveraineté territoriale » concernant cette île.

Histoire des revendications sur Takeshima

Depuis la période d’Edo, les environs de Takeshima est un lieu de pêche aux ormeaux et de chasse aux lions de mer. Au début du XVIIe siècle, le shôgunat d’Edo délivra à deux pêcheurs du fief de Tottori un permis de navigation à Ulleungdo, une île encore plus proche de la péninsule coréenne que Takeshima. Le Japon nomma cette île « Takeshima », l’île actuelle de Takeshima étant appelée à cette époque « Matsushima », marquant ainsi les débuts de la pêche aux ormeaux directement sous l’égide du shôgunat. C’est sur l’utilisation constante depuis lors et jusqu’à nos jours de l’île actuellement connue sous le nom de Takeshima comme lieu de pêche pour les pêcheurs japonais que s’assoit la revendication de l’État japonais à la souveraineté de l’île « depuis le milieu du XVIIe s. ». De fait, après le décret de séclusion nationale de 1635, le shôgunat n’a pas interdit d’exiler des condamnés sur ces deux îles.

Selon la Corée du Sud néanmoins, l’exercice de la souveraineté coréenne sur Takeshima remonte à la dynastie Silla au VIe siècle. Selon le Samguk Sagi, la « Chronique historique des Trois Royaumes » écrite en 1145, le royaume de Usan fut reçu dans l’attribution de Silla en 512. La Corée du Sud prétend que ce royaume représente un groupe d’îles centrées autour de Ulleungdo. Dans les « Remarques sur la Littérature des Royaumes de l’Est », livre de 1770, où l’on trouve écrit « Ulleungdo et Usan forment le royaume de Usan », cette île « Usan » serait, pour le gouvernement coréen, l’île de Takeshima.

Des négociations eurent lieu à la fin du XVIIe s. entre le shôgunat d’Edo et la Corée. Tout en reconnaissant que Ulleungdo était territoire coréen, le shôgunat affirma sa position selon laquelle Takeshima était un territoire japonais. Néanmoins, la République de Corée affirme que c’est depuis lors que la souveraineté (de Takeshima) est acquise à la Corée. En 1905, le gouvernement japonais décréta le rattachement de Takeshima à la préfecture de Shimane, jugeant que le contrôle de facto de l’île par la Corée à cette époque n’était pas pérenne. Cependant, la Corée prétend que cette annexion entrait dans le « processus d’usurpation de la souveraineté coréenne et était de ce fait invalide aux termes du droit international ».

Le différend territorial est réapparu après la défaite du Japon. En 1951, la Corée du Sud demanda que le Traité de paix de San Francisco mentionne expressément l’abandon par le Japon de la région de Takeshima. Néanmoins, les États-Unis d’Amérique rejetèrent cette exigence, du fait que « cette île n’a jamais été gérée par la Corée comme une partie de son territoire, en outre, il n’apparaît pas que la Corée ait affirmé sa souveraineté sur cette île ». C’est ce qui soutient l’allégation du Japon que la souveraineté du Japon sur Takeshima est expressément reconnue par le Traité de San Francisco. Ce à quoi la Corée protesta énergiquement, déclarant que « le fait que le traité ne mentionne pas Takeshima ne signifie pas que l’île ne fait pas partie du territoire coréen ». En janvier 1952, Syngman Rhee, le président de la République de Corée de l’époque fixa unilatéralement le tracé de la Ligne Syngman Rhee sur la Mer du Japon, incluant Takeshima dans le territoire coréen. Puis en 1954, il envoya de forces de police sur l’île, qui depuis lors est donc occupée par la Corée.

Cette même année, le gouvernement japonais adressa une note verbale à la Corée, proposant de porter la question de Takeshima devant la CIJ. Alors que le Japon affirme « Takeshima fait partie du territoire japonais aussi bien au regard de l’histoire qu’au regard du droit international », la Corée refusa, arguant que « Takeshima est la première victime de l’agression japonaise en Corée. La souveraineté du territoire est coréenne, et il n’y a aucune raison pour laquelle ce serait à la CIJ d’en décider ».

Une seconde fois en mars 1962 le Japon proposa à la Corée de porter le litige devant la CIJ, lors d’une rencontre des ministres des Affaires étrangères, dans le cadre des pourparlers pour la normalisation des relations nippo-sud-coréennes. La Corée rejeta la proposition.

D'autre part, en novembre 1962, le directeur de la Division centrale d’information coréenne, M. Kim Jonpil, proposa de faire appel à la médiation d’un troisième pays. De même du côté japonais, le vice-président du parti libéral-démocrate de l’époque, M. Ôno Banboku, suggéra à titre personnel à la partie coréenne la recherche d’une voie de « co-propriété ». Ces deux voies vers une résolution du contentieux ont été étudiées, comme l’a révélé la publication de notes diplomatiques coréennes en 2005.

Le contexte de la plainte par le gouvernement japonais devant la Cour internationale de Justice

La Corée a jusqu’à présent toujours rejeté la proposition du Japon. Il est de même peu probable que la Corée du Sud réponde à l’actuelle demande de procès du Japon, le gouvernement japonais agit dans ce sens pour « faire connaître à la communauté internationale l'existence de la question territoriale de Takeshima » et « clarifier les intentions du Japon ». Le ministre japonais des Affaires étrangères M. Genba a fermement déclaré que « la responsabilité de devoir en venir à cette action en justice revient à la Corée ».

Les relations nippo-sud-coréennes furent pendant un certain temps amicales, entre autres du fait que le président Lee s’était abstenu de faire référence à des questions historiques depuis la fondation du Parti démocrate du Japon. Toutefois, en août 2011, la Cour constitutionnelle de Corée du Sud ayant jugé « inconstitutionnel » le fait que le gouvernement coréen « ne poursuive aucun effort en direction de la réparation de la négation des droits fondamentaux des anciennes femmes de réconfort par l’armée impériale japonaise », le gouvernement Lee n’a plus été en mesure de maintenir sa position modérée. Répondant à la pression intérieure, le gouvernement Lee a durci son attitude concernant la question des femmes de réconfort. L’acrimonie devint évidente lors du sommet Japon-Corée de décembre 2011, précipitant le refroidissement des relations entre les deux pays. Le Japon pour sa part maintient que « ce problème est juridiquement réglé ».

Pour la Corée du Sud, la question de Takeshima ne se limite pas à un litige territorial mais est un symbole de toutes les questions historiques liées à l’occupation coloniale par le Japon, lié à la conscience que « notre cause est juste ». Soyons sûrs que la visite du président Lee à Takeshima aura des répercussions sur les élections présidentielles coréennes de décembre prochain.