Remédier aux disparités qui affectent la région

L’ASEAN, nous l’avons vu, ambitionne de donner corps en 2015 à une Communauté de l’ASEAN. Particulièrement intéressant à cet égard sont les progrès accomplis dans la mise en place de la Communauté économique de l’ASEAN (AEC). L’ASEAN est depuis longtemps en première ligne de l’intégration économique en Asie de l’Est et elle joue aujourd’hui un rôle prépondérant dans tous les domaines de cette intégration à l’échelle de l’ensemble de la région. Si bien que l’avenir de l’AEC est voué à susciter beaucoup d’intérêt. En 1992, l’ASEAN a convenu de créer la Zone de libre échange de l’ASEAN (AFTA), et cet objectif a été réalisé en 2003. La création de l’AEC représente le prochain pas vers l’intégration économique de la région.

L’AEC va promouvoir l’intégration sur différents fronts, dans l’idée d’instaurer un marché unique et une base de production. Le cadre de base pour mener à bien ce projet sera constitué de l’Accord de l’ASEAN sur le commerce des marchandises (ATIGA), l’Accord cadre de l’ASEAN sur les services (AFAS) et l’Accord global de l’ASEAN sur l’investissement (ACIA). L’Association, qui a déjà élaboré un schéma en ce sens, mise désormais sur l’émulation entre les participants grâce aux « fiches de résultats » qu’elle publie, mais ce projet n’avance pas aussi facilement qu’on pourrait le souhaiter. Les dirigeants qui se sont rencontrés à l’occasion du Sommet de l’ASEAN hébergé en avril 2012 par le Cambodge se sont mis d’accord sur l’Agenda de Phnom Penh, et la Réunion des ministres de l’Économie (AEM) a donné la priorité aux efforts à consentir en vue de réaliser l’objectif de 2015. Toutes ces initiatives visent à donner un caractère plus concret aux activités de l’Association allant dans ce sens.

À mesure que l’ASEAN avance sur le chemin de l’intégration, les disparités qui apparaissent dans la région commencent à poser de sérieux problèmes. Emblématique à cet égard est le fossé qui s’est creusé, après l’élargissement de l’Association à la fin des années 1990, entre les membres de la première heure et les quatre nouveaux venus, à savoir les trois pays de la péninsule Indochinoise et le Myanmar (Birmanie), dont les économies stagnaient en raison de la guerre et d’autres problèmes. C’est ce fossé qu’on a parfois appelé « fracture de l’ASEAN ». Lors de leurs sommet de l’an 2000, les dirigeants de l’Association ont exprimé l’intention de s’attaquer à ce problème en adoptant une série d’Initiatives pour l’intégration de l’ASEAN (IAI), mais il est évident que l’ASEAN ne peut pas à elle seule parvenir à des résultats satisfaisants ; elle a donc besoin d’une assistance extérieure. Celle-ci s’est déjà manifestée sous la forme du programme pour la Sous-région du bassin du Mékong (GMS), qui vise à améliorer les liens structurels Nord-Sud et Est-Ouest au sein d’une zone englobant la Thaïlande, l’Indochine, le Myanmar et une partie de la Chine. Le Japon s’est lui aussi engagé activement à partir du début des années 1990, en fournissant aux quatre nouveaux membres de l’ASEAN et du bassin du Mékong (ces quatre plus la Thaïlande) une assistance sous diverses formes. Et depuis quelques années, son soutien aux efforts de l’ASEAN en vue de remédier aux disparités régionales passe par les sommets Japon-Mékong et les réunions de ministres des Affaires étrangères qu’il organise.