Matsushima : du rétablissement à la reconstruction

La ville de Matsushima, dont le nom fait référence à l’un des trois paysages les plus célèbres du Japon, figurait dans mon itinéraire à chacun des voyages que j’ai effectués dans la région depuis la catastrophe de mars 2011. Bien qu’elle ait subi moins de dégâts que beaucoup de villes voisines, elle a perdu 21 habitants dans le tsunami et elle est confrontée depuis lors à bien de problèmes qui se posent ailleurs.

Lorsque je rencontre Ôhashi Takeo, le maire, il a l’air nettement plus détendu que lors de ma première visite.

« À l’époque, j’en avais par dessus la tête de m’occuper des victimes de la catastrophe », dit il. « Mais dès la fin de l’exercice budgétaire 2011, nous en avions pour l’essentiel fini avec la première phase de rétablissement. À partir de maintenant, je veux me concentrer sur la reconstruction, notamment la réparation des routes et des ports, ainsi que sur des projets spécifiques que nous avons conçus, tels que la mise en place de voies d’évacuation pour tous les habitants de la ville. »

En tant que site touristique parmi les plus populaires de la région, Matsushima s’est trouvée en excellente position pour jouer sur la corde de l’amitié internationale à la suite de la catastrophe de mars 2011. Une famille de touristes américains de Caroline du Nord — Kathleen, Michelle et Eric Paul — visitait la ville quand celle-ci a été frappée par le séisme et le tsunami. L’assistance calme et généreuse de la population locale les a accompagnés tout au long de la traversée du chaos inimaginable qui a immédiatement suivi le séisme et les a aidés à rentrer chez eux sains et saufs alors que la région était encore paralysée. De retour aux États-Unis, les Paul ont mis à contribution leur parenté en vue de constituer un Fonds de secours à Matsushima, qui a fait don de 33 000 dollars, ainsi que de radiateurs et autres appareils électriques, pour venir en aide aux victimes du tsunami dans la région. L’été dernier, ils ont organisé des séjours chez l’habitant à Chapel Hill, en Caroline du Nord, pour dix élèves du premier cycle du secondaire de Matsushima. L’été prochain, M. Ôhashi viendra en personne pour cimenter les liens trans-pacifiques noués à la suite du tsunami.

Selon M. Ôhashi, le soutien financier et humain du gouvernement national a été long à se matérialiser dans les premiers mois consécutifs à la catastrophe. Il fallait des quantités de paperasserie rien que pour demander des fonds destinés à la réparation des routes, et obtenir une approbation demandait un temps fou. Mais la ville a soumis son plan de reconstruction vers la fin de l’année 2011 et le processus d’approbation a pris son élan à partir de février 2012, quand l’Agence de reconstruction du gouvernement central a été créée. D’après le maire, les projets de reconstruction commencent à sortir du sol, mais il ne s’en inquiète pas moins de l’état des finances municipales. Pour l’exercice 2011, les dépenses du compte général de la municipalité ont atteint 9,4 milliards de yens, un chiffre supérieur d’environ 60 % aux montants habituels enregistrés avant le séisme. Le budget pour l’exercice 2012 a atteint 16,2 milliards, et le budget initial du compte général pour 2013 prévoit 19 milliards de dépenses. La quasi-totalité des nouvelles dépenses sont affectées à l’effort de reconstruction. En novembre 2012, les subventions à la reconstruction fournies par le gouvernement central et accordées par l’Agence de reconstruction assuraient le financement de 36 projets municipaux.

« Les phases de levé, planification et conception de ces projets ont déjà été menées à bien, et nous sommes prêts à nous lancer dans la construction », dit M. Ôhashi. « Tous ces projets ont une importance vitale pour la santé, la sécurité et le bien-être de la population, et nous comptons donc sur le gouvernement central pour maintenir un financement adéquat. Au niveau municipal, nous allons faire tout notre possible pour créer des emplois en faisant venir de nouvelles activités et en attirant les touristes du monde entier. »

Ôhashi Takeo, maire de Matsushima, dans le département de Myagi.

En dépit de l’avantage naturel que constitue son attrait touristique, Matsushima s’est trouvée confrontée aux mêmes problèmes que d’autres petites collectivités de cette région du littoral, où les jeunes tournent le dos à la pêche et partent s’installer en ville. La population de Matsushima est aujourd’hui réduite à quelque 15 000 habitants. Le tourisme, qui plus est, souffre d’un grave recul depuis la catastrophe. Les touristes ont été environ 2,6 millions à venir à Matsushima en 2012, contre quelque 3,6 millions l’année qui a précédé le séisme.

Pour d’autres collectivités des départements de Miyagi et d’Iwate, les perspectives sont encore plus sombres. Les villes qui, dès avant la catastrophe, avaient à faire face au déclin et au vieillissement de la population, n’ont pas les moyens de financer elles-mêmes la reconstruction. Ceci vaut aussi pour le département de Fukushima, qui a un long chemin à parcourir pour se relever de l’accident nucléaire provoqué par le séisme et le tsunami de 2011.

Dans le même temps, l’estimation du gouvernement central à cinq ans pour les dépenses de reconstruction est passée de 19 000 à 25 000 milliards de yen. Le gouvernement de M. Abe Shinzô a affecté 4 380 milliards de yens au budget spécial de la reconstruction pour 2013, soit 600 milliards de plus qu’en 2012. Mais il faudra beaucoup plus au cours de la prochaine décennie. Le gouvernement a la responsabilité de mener à terme le processus de rétablissement et de reconstruction.

(D’après un original en japonais du 6 mars 2013. Photographies de Kodera Kei)