La mauvaise passe du jeu sur console continue

Alors que les jeux sur smartphone continuent leur croissance rapide, l’industrie du jeu vidéo sur console essuie un mauvais vent de face. Les tribulations du géant Nintendo attirent particulièrement l’attention. Le 28 janvier dernier, la société a revu à la baisse ses prévisions de chiffre d’affaire consolidé pour l’exercice en cours (qui se clôt en mars 2015) à hauteur de 550 milliards de yens au lieu de 590 milliards.

Ce sont les ventes aux États-Unis et en Europe qui sont accusées du plongeon des performances de la console portable Nintendo 3DS, qui n’a vendu que 7,08 millions d’unités au cours des trois derniers trimestres de 2014, alors que les chiffres atteignaient 11,65 millions pour la même période l’année précédente. Même l’énorme succès de Level-5 avec Yôkai Watch, qui a vendu 6 millions d’exemplaires en 2014, ne sera pas suffisant pour empêcher le décrochage de la 3DS, et avec la majorité des producteurs de jeux maintenant débauchés par le jeu sur portable, il est difficile de voir d’où pourrait bien provenir un éventuel nouveau hit pour cette plateforme.

La Wii U, l’autre console de salon de Nintendo, s’en tire encore plus mal que la 3DS, avec des ventes mondiales qui croupissent à 3,03 millions d’unités pour la période d’avril à décembre 2014. À vrai dire, la console n’a vendu que 9 millions d’unités au total depuis son lancement en novembre 2012, le Japon ne comptant que pour 2 millions d’unités dans ce total. La Wii U se trouve dans la pire des situations : non seulement le catalogue des logiciels disponibles pour cette console ne s’étoffe pas, mais le hardware lui-même a fait un flop.

Malgré tout, Nintendo persiste dans son refus farouche d’introduire des charges en cours de jeu, insistant que son concept de montant forfaitaire à 5 000 yens garantit que les enfants peuvent jouer sans risque de coûts additionnels. Néanmoins, avec le modèle des jeux pour smartphones a émergé une situation dans laquelle les consommateurs peuvent accéder à une quantité de jeux gratuits ; la logique traditionnelle, qui veut que l’on paye pour une console puis de nouveau pour chaque nouveau jeu paraît démodé.

Le 17 mars 2015, Nintendo a annoncé un rapprochement commercial et financier avec DeNA, un opérateur majeur dans le jeu sur portable et e-commerce. Ce partenariat semble inclure le développement conjoint de jeux pour plateformes portables, et bien que Nintendo insiste sur sa volonté de maintenir le même niveau d’engagement dans le jeu sur console, cela sonne comme une décision d’ajuster sa trajectoire.

Étape suivante : le monde ?

Portée par le boom de la demande des jeux sur smartphones, la concurrence s’intensifie. Les budgets de développement de plusieurs millions de yens sont devenus la norme pour les nouveaux titres, et les jeux atteignent de plus en plus souvent des niveaux de complexité et de profondeur comparables à ceux pour console de salon. Les plus gros titres, comme Puzzle & Dragons et Monster Strike continuent leur percée sur les marchés occidentaux ainsi que sur les marchés chinois et des autres pays d’Asie. L’expérience et le savoir-faire des développeurs japonais sont de plus en plus recherchés. Le nouvel âge d’or du jeu vidéo annoncé par l’émergence des smartphones semble bien parti pour durer.

(D’après un original en japonais du 3 avril 2015. Images de bannière [de gauche à droite]: Puzzle & Dragons, Monster Strike, Line : Disney Tsum Tsum)