L’importance de l’Accord de partenariat transpacifique
——À l’heure actuelle, l’Union Européenne est en proie au problème du Brexit et l’avenir des États-Unis semble moins clair à l’issue des élections présidentielles. Que peut faire le Japon en tant que pays pacifique dans un contexte international agité ?
D.B. Une des positions du président Trump les plus défavorables aux relations développées par les États-Unis et le Japon depuis de nombreuses années, c’est son rejet de l’Accord de partenariat transpacifique (TPP). Or le TPP, qui réunit 12 pays riverains de l’océan Pacifique y compris le Japon, n’est pas un accord de libre-échange (ALE) comme les autres et je pense que le Premier ministre japonais devrait expliquer au président Trump en quoi il est différent(*1).
Le TPP est le premier ALE qui s’est attaqué aux barrières non tarifaires et en particulier la réglementation sur l’environnement des États ayant des relations avec les USA et le Japon, la législation sur le travail et la protection de la propriété intellectuelle auxquels beaucoup de pays en développement n’avaient guère prêté attention jusqu’à présent. Or le TPP a permis à ces derniers de proposer leurs produits à des prix nettement plus bas grâce à l’insistance des États-Unis et du Japon sur ces règles. Nous devons trouver une solution pour que les principes incarnés par l’accord continuent à faire leur chemin. Le TPP illustre aussi la conception américaine et japonaise de la politique économique internationale face aux échanges à la chinoise dominés par de grandes entreprises d’État.
La place du Japon dans les opérations de maintien de la paix
D.B. Du point de vue du maintien de la paix, les Forces d’autodéfense terrestres japonaises vont être intégrées dans des missions au Soudan du Sud qui leur permettront d’apporter leur soutien à des troupes engagées sur le terrain et de jouer un rôle plus actif dans les coalitions de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Pour le Japon, c’est un pas de plus vers ce que je considère comme sa place légitime au sein des pays qui font partie du Conseil de sécurité de l’ONU. Les États qui disposent de forces armées très performantes sont ceux dont nous avons besoin pour gérer des situations très difficiles impliquant de grandes souffrances, des situations politiques épineuses et des opérations de guerre irrégulière. Disposer de ce genre de capacité, c’est quelque chose qui va être capital pour le Japon dans l’avenir.
——À votre avis, l’opinion japonaise est-elle vraiment favorable à l’extension du rôle des FAD, étant donné les risques encourus en termes de vies humaines ?
D.B. C’est un problème qui relève des dirigeants de l’Archipel. Le Japon ne peut pas engager des hommes dans des opérations de maintien de la paix en disant qu’il n’y aura pas de prix à payer, c’est-à-dire pas de pertes humaines. Le pire serait d’envoyer des soldats dans des missions en prétendant qu’elles sont moins dangereuses qu’en réalité. Ce serait un manque flagrant d’honnêteté.
Le Japon doit faire face aux pressions régionales
——Barack Obama, le président sortant, a été très explicite sur son attachement à l’alliance nippo-américaine. Sur ce point, la position de Donald Trump est nettement moins claire. Étant donné les activités de la Chine en mer de Chine orientale, pensez-vous que le nouveau président des États-Unis soutiendra le Japon si Pékin s’implique militairement dans les îles en question ?
D.B. Je pense que c’est un sujet sur lequel le président Trump devra s’exprimer au moment opportun. Il en va de même pour notre engagement vis-à-vis de Taiwan avec qui nous sommes liés par un accord de défense depuis la Guerre froide. Bien entendu, nous avons aussi des obligations similaires envers la Corée du Sud. En fait, nous avons toute une série d’engagements dans cette partie du monde que tout nouveau président se doit de réaffirmer. La Chine est en train de repousser ses frontières maritimes d’une part vers l’est en direction des îles Senkaku, et de l’autre vers le sud, dans la mer de Chine méridionale. Les pays qui ont ratifié ou qui soutiennent, à l’instar des États-Unis, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) doivent s’opposer à ces agissements et rappeler les principes régissant les zones maritimes. Je pense que le président Trump ne va pas tolérer ce genre de comportement de la part de la Chine, pas plus d’ailleurs que ses prédécesseurs.


