Trump reconnaît « la Chine unique »

Le Premier ministre Abe souhaitait empêcher la Chine d’étendre son hégémonie sur les mers, mais il a été confronté à une situation inattendue lors du sommet. En effet, comme pour annoncer la couleur lors de la réunion, le président Trump s’était au préalable entretenu au téléphone avec Xi Jinping. Il lui a alors pour la première fois fait savoir sa volonté de reconnaître Taïwan et la République populaire de Chine comme une seule et même entité, la « Chine unique ».

Promettre d’un côté d’entraver les ambitions de la Chine en protégeant les îles Senkaku, et d’un autre encourager sa progression en admettant le principe de la « Chine unique »… Deux axes radicalement différents, pour des propos qui ont fait le tour du monde.

Plus de 45 ans après le dramatique rapprochement entre l’Empire du milieu et les États-Unis, le problème de la « Chine unique » est devenu la question cruciale sur laquelle repose la stabilité et la sécurité en Asie de l’Est. Trump, pas encore investi à l’époque, le savait-il ou désirait-il rétablir le déficit du commerce extérieur avec la Chine ? Il a en tout cas joué une carte dangereuse. Lorsque la chaîne de télévision ultra-conservatrice Fox News a abordé le sujet dans une interview, Donald Trump a déclaré : « Pourquoi faudrait-il absolument que les États-Unis se préoccupent de cette question ? »

Revenons sur ce principe de « Chine unique ». Au nord de la Chine planait la menace nucléaire de l’URSS. Au même moment, de l’autre côté de l’océan, les États-Unis tentaient de sortir du bourbier de la Guerre du Vietnam. Les deux pays recherchaient à tout prix à améliorer leurs rapports, mais ils devaient pour cela résoudre l’épineuse question de Taïwan, le point le plus délicat à aborder lors des négociations top-secrètes qui se sont déroulées à Pékin en 1971, où deux personnalités politiques majeures de la diplomatie du XXe siècle, Zhou Enlai et Henry Kissinger, ont mis en oeuvre tous leurs efforts pour régler la question.

L’entente inattendue entre les deux hommes qui avaient toujours campé sur leurs positions a ainsi pu rendre possible la visite du président Nixon en Chine. Voici ce que déclare le Communiqué de Shanghai l’année suivante à propos de Taïwan :

« Nous, gouvernement des États-Unis, entendons la voix du peuple chinois s’élever des deux côtés du détroit de Taïwan en faveur d’une seule et unique Chine. Nous aspirons profondément à un règlement pacifique de la question. »

Il est impossible de trouver un autre texte traitant du même sujet qui soit rédigé d’une plume aussi raffinée et délicate. L’administration Nixon prend conscience que la République populaire de Chine et le République de Taïwan veulent toutes deux revendiquer ce concept. Mais cela ne signifie pas qu’ils désirent pour autant se mêler du sujet.

Néanmoins, cherchant une solution non-violente au problème, les États-Unis se sont assurés dans l’ombre de ne pas laisser les forces armées de libération de la Chine passer le détroit pour atteindre Taïwan. Dans un même temps, ils prévenaient Taïwan de ne pas tenter d’actions à la légère sans leur soutien armé. Ce sont ainsi de subtiles nuances présentes à dessein dans le Communiqué qui ont permis tant bien que mal de maintenir une certaine stabilité dans la région. Certes l’alliance nippo-américaine vise à parer à tout incident qui pourrait survenir concernant la question de Taïwan, mais si le président Trump tente des manœuvres irréfléchies risquant d’engendrer un conflit, c’est le Japon qui sera en première ligne du conflit.