Un lunetier de 82 ans, qui est un expert du polissage

A Sabae, on n’oublie pas non plus d’assurer la transmission du savoir des artisans qui est le secret de lunetterie de Sabaé.

A 82 ans, Masunaga Makoto, est président de la société Makoto Megane. Son grand-père était Masunaga Gozaemon, l’homme qui a créé la tradition lunetière de la ville. Aujourd’hui, c’est son fils, Masunaga Shôji un représentant de la quatrième génération des Masunaga, qui a pris les rennes de l’entreprise familiale, mais Makoto continue à mettre à disposition de l’entreprise ses soixante ans d’expérience.

Fabriquer une monture fait appel à plus de cent procédés différents. Certains d’entre eux sont aujourd’hui mécanisés, mais l’intervention de l’artisan continue à être indispensable pour la finition.

Masunaga Makoto en train de polir, avec les outils qu’il utilise depuis de longues années.

« L’aspect le plus délicat est ce que nous appelons le « polissage ». Il s’agit de polir la surface de la monture une fois qu’elle a été découpée, d’éliminer toute imperfection, de lui donner de l’éclat, et cela ne s’apprend pas facilement, puisque l’on dit qu’il faut dix ans pour le maîtriser », explique Masunaga Makoto. Il utilise huit outils différents pour cette tâche méticuleuse toujours faite à la main.

« A la machine, on n’arrive pas à ce sentiment de rondeur, de douceur. Les lunettes, on les met au milieu de la figure, il faut absolument qu’elles soient équilibrées, et ça, on ne peut pas le numériser. Non, il faut une longue expérience, et du doigté. La différence entre deux paires qui ont le même design devient apparente une fois qu’on les porte. Si la tradition lunetière a continué ici, c’est parce que ici les artisans les fabriquent bien, sans économiser leur efforts. »

Masunaga Makoto montre en riant son pouce qui s’est développé parce qu’il s’en sert dans le polissage depuis si longtemps.

Le PDG actuel, son fils Shôji, qui a toujours vu son père au travail, a repris l’entreprise familiale et a lancé en 2000 la marque de la maison, AYUMI, qui fait appel à ce sens de l’artisanat.

« Quand on réfléchit à la raison pour laquelle les produits japonais sont bien faits, on se rend compte que c’est parce qu’ici, on en fait trop, en tout cas, plus que ce qui est demandé, en y consacrant plus de temps et plus d’efforts » explique Masunaga Shôji. Les lunettes AYUMI sont faites en celluloïd, un matériau naturel qui s’adapte à toutes les formes, et tous leurs composants sont passés au polissage par des artisans expérimentés, ce qui procure à celui qui les porte le sentiment qu’elles sont comme une seconde peau, et un éclat raffiné. « Notre objectif était de fabriquer un produit profondément authentique, sans reculer devant aucun effort, sans nous préoccuper de savoir s’il pouvait ou non être rentable. Je pense que leur beauté a une qualité analogique, qu’aucun procédé numérique ne peut atteindre, qui ne peut être produite qu’ici à Sabaé, une terre consacrée à la lunetterie. »

Masunaga Shôji, PDG de Makoto, qui a tout misé sur AYUMI.