Ôtake Hidehiro revient sur son fabuleux parcours de photographe dans une série de cinq articles. Dans le premier, il raconte sa première expérience d’aventurier dans les Northwoods, une vaste région de forêts et de lacs qui s’étend le long du centre-nord de l’Amérique du Nord, et l’histoire du loup blanc qui l’a guidé jusqu’ici en rêve à la recherche de son idole.
Les Northwoods s’étendent à travers la région nordique du centre et de l’est de l’Amérique du Nord, et le photographe naturaliste Ôtake Hidehiro y a passé plusieurs années à capturer les paysages et la vie sauvage avec son appareil. Il a récemment remporté le 40e prix Domon Ken pour son livre « Les Northwoods : la terre qui donne la vie » (Northwoods : Seimei o ataeru daichi), qui recueille ses meilleurs travaux des 20 dernières années. Le musée photographique Ken Domon de la ville de Sakata, dans la préfecture de Yamagata, expose son travail depuis le 6 octobre 2021.
Tout a commencé par un rêve
C’était durant l’automne de ma dernière année à l’université. J’étais en train de dormir dans mon petit appartement, lorsque je me suis soudain retrouvé dans une petite cabine sombre. Je me suis alors aventuré vers une fenêtre d’où me parvenait une lumière blanche, et j’ai contemplé le paysage : de la neige tombant sur une forêt verdoyante. Une ombre grise est alors entrée dans mon champ de vision avant de s’arrêter près d’un arbre. La silhouette s’est tournée vers moi : il s’agissait d’un loup blanc ! L’animal m’a fixé d’un regard pénétrant, avant de s’enfuir dans les broussailles de la forêt. Je me suis ensuite réveillé dans ma chambre, et en fixant mon plafond sombre, l’image rémanente de l’animal continuait à apparaître…
J’avais alors déjà décidé de devenir photographe naturaliste, mais je cherchais encore un sujet de spécialisation pour mon travail. Nombre de régions du monde m’attiraient : les terres sauvages de l’Alaska, la savane africaine, la forêt tropicale amazonienne, l’Himalaya, les tropiques du sud-est de l’Asie, les pôles… J’avais de trop nombreuses possibilités en tête, et je luttais sans fin pour prendre ma décision. Je savais que si je souhaitais collecter mes plus belles photos pour former un recueil, il me faudrait choisir un sujet que moi seul pouvait poursuivre.
Rencontrer le frère loup
Avant ce rêve, je n’avais jamais considéré les loups comme un sujet potentiel. Les loups sauvages avaient disparu du Japon depuis près de 100 ans. Je me suis rendu à la bibliothèque afin d’en apprendre plus sur ces animaux. C’est ainsi que j’ai découvert le livre de photographies et de documents de Jim Brandenburg « Mon frère le loup : une promesse oubliée » (Brother Wolf : A forgotten promise).
Brandenburg, contractuel du magazine National Geographic depuis plus de 30 ans, est l’un des photographes naturalistes les plus renommés au monde. Son ouvrage collecte ses photos de loups sauvages prisent au nord du Minnesota. En parcourant le livre, j’ai découvert des images qui semblaient prêtes à se mettre en mouvement, comme le loup de mes rêves. C’était hypnotisant. Je me suis mis à penser qu’une vie dans laquelle je pourrais ressentir, entendre, voir et sentir cette même nature autour de moi serait tout à fait merveilleuse. Je souhaitais ardemment voir un loup sauvage de mes propres yeux. J’avais enfin trouvé ma spécialité.
Une vie résolument urbaine
Enfant, je n’aimais pas trop sortir de chez moi, et je n’étais pas non plus un grand amateur de photographie. Je suis né à Maizuru, dans la préfecture de Kyoto, mais nous avons déménagé dans l’arrondissement de Setagaya, une zone urbaine de Tokyo, alors que j’étais encore à l’école maternelle. Ma famille n’allait pas beaucoup camper. Nous n’étions pas vraiment plus portés sur l’alpinisme. Ma seule expérience avec la nature était la chasse aux libellules et aux papillons virevoltants autour de notre immeuble. J’étais également assez timide en public, en particulier lors des cours de musique ou d’art, même pendant mes années de collège. À partir du lycée, j’observais chaque matin et chaque soir par la fenêtre du train le fameux Shibuya scramble, le carrefour le plus bondé du Japon. En somme, j’étais un vrai gars de la ville.
J’ai décidé d’étudier la sociologie à l’université dans l’objectif de devenir journaliste. J’ai toutefois eu des difficultés à passer mes examens d’entrée, probablement à cause de mes faibles capacités en anglais. Je ne m’étais pas vraiment penché sur cette matière à l’école puisque je n’avais alors pas le moindre désir de voyager en dehors de mon pays. Après deux années d’essais, j’ai finalement réussi à passer le concours de l’université qui m’intéressait le plus. Dans cet établissement, j’ai pu découvrir le club Wandervogel, qui a changé ma vie.




