Dans ce deuxième article rétrospectif sur sa carrière, le photographe Ôtake Hidehiro décrit la façon dont il a pu travailler aux côtés de son « idole », le naturaliste Jim Brandenburg, ainsi que sa rencontre avec le célèbre explorateur Will Steger. Son parcours n’a toutefois pas été des plus aisés. Et au moment où il voulait tout abandonner...
(Voir la première partie : À la poursuite du loup de ses rêves : la première aventure du photographe Ôtake Hidehiro)
Mon idole me refuse poliment
Ma lettre au photographe naturaliste américain Jim Brandenburg, exprimant mon souhait d’être pris sous son aile en tant qu’assistant, ne lui était en réalité jamais parvenue ! M’étant rendu dans son studio près de la ville d’Ely, dans l’État du Minnesota, afin de le rencontrer, je tentais de mon mieux de lui transmettre oralement mon envie de travailler à ses côtés. Rapidement, mon discours a été interrompu par l’émotion. Jim m’a alors rassuré, me disant de ne pas m’inquiéter de sa réaction : « Vos larmes montrent simplement que vous parlez du fond du cœur. »
Mon idole a toutefois poliment refusé mon offre. Jim Brandenburg déclarait ne pas avoir besoin d’un assistant. Mais en voyant ma sincérité, il m’a concédé un compromis : « Il est important d’explorer la nature en solitaire. Fournir du travail de bonne qualité prend du temps. Puisque vous êtes là, je vous propose de photographier. » C’est ainsi que Jim m’a laissé rester avec lui, dans sa propriété, pendant les deux mois et demi qu’il me restait. Je pouvais donc photographier aux côtés de mon idole. Ce dernier me proposait même de superviser mon travail ! S’il n’étai pas possible de devenir son assistant, mon voyage s’était tout de même déroulé de la meilleure des façons.
Tout voyage commence par une étape
Pendant mon séjour en ces lieux, Jim m’a présenté à Will Steger, considéré comme le plus grand explorateur américain en vie. De 1989 à 1990, celui-ci a mené une équipe internationale d’explorateurs d’élite. Composée de membres de six pays différents, ils ont été les premiers à réussir à traverser l’Antarctique à l’aide de traîneaux à chiens.
Quand nous nous sommes rencontrés, Will avait déjà laissé ce type d’expédition derrière lui. Il avait construit son établissement, haut de cinq étages, dans les bois près d’Ely. Le Centre Steger de la vie sauvage lui servait de base pour l’éducation environnementale et pour la défense du monde naturel.
Mon séjour se poursuivait dans le Minnesota au sein du hangar à bateaux de Will, situé près du lac. J’aidais à rénover les cadres des fenêtres, tout en photographiant la vie naturelle environnante. Mes aventures et mes expériences avec cet explorateur de stature historique ont ébranlé beaucoup de mes idées préconçues.
« J’aime votre regard »
Passer des jours entiers à converser visuellement avec le monde naturel me donnait l’impression de renaître. C’était toujours l’époque de la pellicule, et il était donc impossible de savoir à quoi un cliché ressemblerait avant son développement. On pouvait être très déprimé par le résultat obtenu au laboratoire, et les photographies étaient parfois très différentes de ce que l’on avait imaginé…
Juste avant de retourner au Japon, Jim me donna enfin son avis sur mon travail. Il choisit quelques-unes des photos qu’il aimait, disant : « Celles-là, je les aime bien. Tu as un bon regard. » N’en croyant pas mes oreilles, je lui répondais : « Ça ne peut pas être vrai ! S’il vous plaît, soyez honnête avec moi. ». Mais il insistait : « La technique s’acquière avec de la pratique, mais le plus important, c’est ce que vous essayez de voir, ce qu’il y a dans votre cœur. La plupart des gens regardent automatiquement les fleurs où la vie sauvage, mais vous vous concentrez sur d’autres choses, comme la rosée du matin, la silhouette de la forêt, toutes ces différentes couleurs… J’aime votre regard. »
À ce moment précis, et malgré mon impression de manquer d’habileté technique, Jim m’a fait prendre conscience que j’allais dans la bonne direction...
Un cycle de travail et de voyage
Mon séjour de trois mois en Amérique du Nord prenait fin, et il était temps pour moi de dire au revoir à Jim. Néanmoins, ma poursuite du loup de mes rêves ne faisait que commencer. De retour au Japon, je commençais à travailler à mi-temps afin de me faire des économies. Mon objectif était de gagner suffisamment pour pouvoir repartir à Ely, puis de retourner au Japon une fois à court d’argent, avant de retravailler pour repartir et ainsi de suite.
Ce cycle s’est perpétué pendant trois ans.
Durant mes séjours à Ely, je logeais dans une petite cabine sur les terres de Will. Elle avait été bâtie par l’explorateur britannique Geoff Somers, un des membres de l’expédition trans-antarctique. Tout en poursuivant mon travail, j’aidais au coupage du bois de chauffage et aux autres tâches domestiques.




