Le gouvernement mène-t-il à bien son rôle de protection ?

Les techniciens stagiaires sollicitent également l’aide de Zhen pour résoudre les problèmes de leur vie quotidienne. « J’ai aidé pour toutes sortes de choses, allant des bagarres mêlant des stagiaires qui pensent avoir été dupés, jusqu’au aux grossesses inattendues... », dit-il. « Bien qu’il ne s’agisse pas de problèmes liés au travail en soi, ils affectent la capacité d’une personne à travailler. »

Il souligne que les petits problèmes non contrôlés peuvent devenir des sources d’ennui majeurs. « C’est un travail difficile, mais il est préférable d’étouffer un problème dans l’œuf avant qu’il ne devienne incontrôlable. »

Zhen n’est pas seul dans sa croisade. L’organisation pour la formation technique des stagiaires, un organe de supervision créé par le gouvernement, propose un soutien aux stagiaires en six langues, mais Zhen note que les conseils proposés sont limités.

« L’organisation ne s’occupe pas des problèmes de fond de la vie des gens », explique-t-il. Cette lacune doit être corrigée, car les travailleurs étrangers ont tendance à être isolés socialement et ont souvent recours à des mesures désespérées pour échapper à leurs problèmes.

Il raconte l’histoire d’un stagiaire vietnamien qui s’est caché après que son entreprise lui a dit que son visa de travail était révoqué dans trois jours. « À l’improviste, ils lui ont tendu un billet d’avion et lui ont donné l’ordre de rentrer chez lui », raconte Zhen. Comme beaucoup de travailleurs, l’homme avait emprunté des fonds à une banque locale dans son pays d’origine avec la promesse de rembourser l’argent avec le salaire qu’il gagnerait au Japon. « Avec ses plans inexplicablement abrégés, il a appelé sa mère pour obtenir des conseils, mais elle était hors d’elle-même, inquiète de savoir comment ils rembourseraient la dette. Ses camarades stagiaires ne pouvaient pas non plus lui apporter d’aide. Désespéré, il s’est enfui avec un ami pour éviter d’être renvoyé chez lui, mais il n’a pas pu trouver de travail puisque son entreprise avait toujours son passeport, sa carte de résident étranger et tous les documents nécessaires à son visa. Il a fini par se réfugier chez un ami pour ne pas être expulsé, mais le stress de l’épreuve a eu de lourdes conséquences sur sa santé mentale. »

Un ami japonais a finalement présenté l’homme au bureau de Zhen, mais ce dernier déclare que le cauchemar aurait pu être évité si l’organisation de supervision japonaise avait fait son travail. « Un immigré peut effectuer une demande pour une catégorie de visa différente, même si son visa de technicien stagiaire expire », affirme-t-il. « Mais l’organisation de supervision, au lieu de conseiller cet homme, a simplement dit à l’entreprise de le renvoyer au Vietnam. »

En avril 2019, le Japon a introduit un nouveau type de visa pour compétences spécifiques qui ouvre la voie à des dizaines de milliers de travailleurs étrangers peu qualifiés et semi-qualifiés pour pourvoir des postes dans des secteurs désignés comme l’agriculture, les soins infirmiers, la construction, la fabrication et l’hôtellerie. Avec l’afflux de travailleurs étrangers, Zhen soutient que le gouvernement doit renforcer les mécanismes de contrôle pour s’assurer que les employeurs offrent à ces personnes des environnements de travail sûrs, et qu’ils ne soient pas engagés dans des pratiques de travail illégales. C’est un rôle qu’il estime que son équipe syndicale est qualifiée pour occuper. Il a formé une association à but non-lucratif, et est actuellement en train de demander des subventions gouvernementales. S’il admet que c’est un processus lent, il reste déterminé à soutenir les travailleurs étrangers opprimés.

(Reportage et texte de Kuwahara Rika, de Power News. Photo de titre : les résidents préparent le dîner dans un refuge pour techniciens stagiaires étrangers géré par le syndicat général de la préfecture de Gifu. Toutes les photos ont été fournis par Zhen Kai.)