L’avenir des relations nippo-russes

Tournons-nous maintenant vers les perspectives d’avenir des relations nippo-russes sous le nouveau régime Poutine.

Vu la morosité de l’économie européenne et la volonté de l’UE de diversifier ses importations de gaz naturel, la Russie ne peut pas attendre grand chose de ce côté-là en termes d’échanges et d’investissements. D’où le regard très intéressé que Poutine porte désormais sur l’Asie de l’Est. Toutefois, lorsqu’il s’est rendu à Pékin en octobre dernier dans l’espoir de conclure un marché pour la fourniture de gaz naturel à la Chine, les négociations ont achoppé sur la question des prix. Moscou est de plus en plus mécontent de cette relation commerciale dans laquelle la Russie doit se contenter de fournir des produits bruts alors qu’elle achète à la Chine des produits manufacturés. Elle s’inquiète en outre de l’influence économique croissante que la Chine exerce sur la Sibérie et l’Extrême Orient, ainsi que de l’augmentation du nombre des migrants chinois.

Voilà pourquoi Poutine veut encourager la coopération économique avec le Japon. Il se dit que la demande japonaise en gaz naturel va inévitablement progresser suite à l’accident nucléaire de Fukushima et il considère le Japon comme une source vitale en ce qui concerne le savoir-faire et la technologie dont la Russie a besoin pour réduire sa dépendance économique à l’exportation de produits bruts, réduction qui constitue un élément clé de la stratégie nationale de ce pays.

Vu l’importance des espoirs que la Russie place sur la coopération économique avec le Japon, le refus de Tokyo de renoncer à revendiquer les Territoires du Nord — quatre îles au Nord de Hokkaidô qui font l’objet d’un litige entre les deux pays — constitue un véritable casse-tête pour Poutine. De façon tout à fait inattendue, le premier ministre a soulevé lui-même la question des Territoires du Nord lors d’une conférence de presse accordée à Moscou aux médias étrangers à la veille de l’élection présidentielle. S’adressant au correspondant principal du quotidien Asahi Shimbun et parsemant ses propos de termes de judo telle que hajime (commencer) et hikiwake (égalité), il a laissé entendre qu’il était tout disposé à s’asseoir avec les Japonais à la table des négociations pour élaborer un compromis.

Ces propos ont déclanché une éruption de spéculations optimistes dans les médias japonais — notamment le Asahi Shimbun — quant à l’éventualité d’une résolution de la question des Territoires du Nord après des années d’intransigeance russe. Un examen plus attentif amène à plus de sobriété : loin de revenir sur le refus, affiché de longue date par Moscou, de négocier sur la question des Territoires du Nord, Poutine presse Tokyo de laisser le problème de côté de façon à ce que les deux pays puissent faire des affaires ensemble.

Bref, il ne fait pas de doute que les relations économiques bilatérales vont connaître un certain essor dans les années à venir, mais une vraie normalisation des relations nippo-russes dépend de la résolution de la question territoriale, laquelle a peu de chance de se produire sous la présidence de Vladimir Poutine. 

(D’après un original écrit en japonais le 26 mars 2012.)