Les hésitations du président Obama

L’attitude ambiguë de Barack Obama vis-à-vis de la stratégie de Mme Clinton se comprend aisément. Depuis le début de sa campagne pour les élections présidentielles de 2008, il avait affiché une approche libérale et idéaliste de la politique étrangère qui mettait l’accent sur un nouveau départ des relations russo-américaines (qui s’étaient détériorées du temps de son prédécesseur, à cause du projet américain de construction d’un bouclier anti-missile en Europe de l’Est, et de l’intervention des Russes en Géorgie), ainsi que sur la réduction et éventuellement l’élimination des armes nucléaires et sur l’instauration de relations de confiance avec les états arabes du Moyen Orient.

Mais la stratégie qui veut faire jouer aux Etats-Unis le rôle de « pivot » en Asie relève d’une politique modérée, fondée sur le réalisme et sur des questions de pouvoir politique. Et au départ, elle ne figurait pas dans le programme politique de Barack Obama. C’est Hillary Clinton qui en a pris l’initiative et il lui a fallu deux ans pour arriver à se faire entendre.

La secrétaire d’Etat américaine a toutefois annoncé qu’elle quitterait ses fonctions à la fin du premier mandat du président Obama et il semble que Kurt Campbell, qui a travaillé sous ses ordres en tant que secrétaire d’Etat adjoint aux affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique, devrait faire de même. On est donc en droit de se demander si la stratégie du « pivot » survivra au départ de ses deux plus fervents avocats et si le président Obama continuera ou pas dans cette voie.

Nous avons plusieurs raisons d’espérer que ce sera le cas.

La première, c’est la situation dans laquelle se trouve le monde à l’heure actuelle. Le fait le plus marquant de la scène internationale au cours du XXIe siècle est sans nul doute l’ascension de la Chine et le changement dans l’équilibre des forces mondiales qui en a résulté.

L’incident de l’île de Hainan(*1), en avril 2001, a donné un aperçu du genre de problèmes qui pourraient prendre de l’ampleur au cours des dix prochaines années. Mais après les attentats du 11 septembre, quelques mois plus tard, les Etats-Unis ont concentré leur attention et leurs ressources sur l’Afghanistan et l’Iraq. Ce qui n’a rien de surprenant étant donné l’impact que ces attentats ont eu sur les Américains. Mais du coup, Washington a perdu de vue d’autres aspects plus importants des affaires internationales. La Chine a connu une expansion économique et militaire extraordinaire et maintenant que la guerre en Iraq est terminée et que les troupes américaines sont en train de quitter l’Afghanistan, la politique étrangère américaine commence à se recentrer sur l’Asie de l’Est et la Chine. Si on regarde les choses d’un point de vue objectif, on voit mal comment on pourrait justifier un changement de cap uniquement par le départ de Mme Clinton et Mr Campbell.

La seconde raison d’espérer, c’est la nouvelle équipe choisie par Barack Obama pour s’occuper de la politique étrangère des Etats-Unis. Rien n’est encore décidé, mais on s’attend à ce que le président confie le poste de secrétaire d’Etat à son ami Thomas Donilon, qui est actuellement conseiller à la sécurité nationale, et à ce qu’il garde Mark Lippert comme secrétaire d’Etat adjoint aux affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique. Les deux hommes sont des politiciens à la fois extrêmement habiles et dépourvus de toute idéologie politique rigide. Il n’y a donc pas grand risque qu’ils fassent preuve de sentiments fortement pro-japonais ou pro-chinois à l’instar de Robert Zoellick qui a grandement influencé la politique de Washington vis-à-vis de la Chine durant le second mandat de George W. Bush. Bref, ce sont des gens avec lesquels Tokyo peut travailler, à condition qu’il fasse des choix politiques sensés.

En fait, c’est la politique étrangère du Japon qui risque de poser problème dans l’avenir. Pour que les Etats-Unis continuent à s’engager en Asie, il faut qu’ils conservent leurs relations avec le Japon. Ce qui veut dire avant tout qu’il faut créer une base solide pour une coopération bilatérale en donnant au Japon le droit constitutionnel de participer à une auto-défense collective (et en révisant en conséquence les « Lignes directrices pour la coopération nippo-américaine en matière de défense » de 1997) et en jouant un rôle actif dans l’élaboration d’un partenariat trans-pacifique.

(24 novembre 2012. Photo de titre : Sankei Shimbun)

N.B. Le président Obama a nommé le 21 décembre 2012 le sénateur John Kerry pour prendre la succession de Hillary Clinton à la tête du département d'Etat.

(*1) ^ Le 1e avril 2001, un avion de reconnaissance de la marine américaine est entré en collision avec un chasseur de la marine chinoise près de l’île de Hainan, ce qui a provoqué un grave incident diplomatique entre Washington et Beijing.