« Merci d’être venu ! »

Il faut encore mentionner une chose particulièrement motivante : ce sont les encouragements pendant les compétitions.

Tous les ans depuis 1998, je participe au Marathon de Naha. Ce n’est pas par hasard : j’adore la chaleur avec laquelle les gens encouragent les coureurs sur le bord de la route. Premièrement, il y a des gens sans aucune interruption sur la totalité du parcours. Comme il fait chaud, ils préparent des glaçons dans des sacs en plastique. Ils vont même jusqu’à casser de petits morceaux de glaçons pour que ce soit plus facile à sucer. Des gens offrent aux coureurs du sel, des bonbons, des gelées vitaminées, du coca, et même des fois, surprise ! On m’a proposé des soupes de nouilles d’Okinawa ou encore un verre d’Awamori (l’alcool de riz d’Okinawa).

Pour les coureurs amateurs comme nous, qui ne rivalisent avec les autres sur la vitesse, le contact avec les gens au bord du chemin est un grand plaisir. Récemment, certains coureurs courent en cosplay, déguisés comme des personnages de dessins animés ou comme des groupes de chanteurs pop, ce qui est une façon de rendre au public la joie qu’il nous donne.

Le 10 février dernier, j’ai couru les 42,195 km de l’« Iwaki Sunshine Marathon », dans la préfecture de Fukushima. La ville d’Iwaki a été l’une des victimes des irradiations lors de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima après le grand tremblement de terre de mars 2011. Trois coureurs de l’équipe à laquelle j’appartiens, « Le Sablier », étaient déguisés avec un pagne hawaïen de danseurs de Hula-hula en hommage au célèbre groupe des Hawaians Spa Resort d’Iwaki. Derrière eux, un autre coureur portait une pancarte « On ne t’oublie pas Iwaki ». Et sur nos Tee-shirts rouges, il était écrit « Je cours en pensant au Tôhoku ».

Tous les six, nous avons couru lentement. Des bords de la route, les encouragements fusaient. Une vieille dame s’est penchée par dessus la barrière de sécurité pour agiter la main en criant « Courage ! » Je lui ai répondu aussi en agitant la main. Et je ne compte pas le nombre de gens avec qui j’ai fait High five sans m’arrêter de courir.

Et puis quelqu’un a dit : « Merci d’être venu ! »

Par surprise, les larmes me sont montées. Dans ces mots, il y avait la gratitude de ceux qui vivent dans la peur de la radioactivité et qui nous remerciaient d’être venus. Je n’avais jamais été aussi ému par ces mots. 

Une coureuse a reçu d’un spectateur un bonbon, enveloppé dans un papier. Quand elle l’a ouvert, sur le papier il y avait écrit : « Merci de nous montrer le courage. Faites attention de ne pas vous faire mal ».

En fait, c’est le contraire, c’est nous qui avons reçu ce courage.

(Ecrit le 18 février 2013,  photo de titre = Le marathon d’Ôsaka, 25 novembre 2012, photo prise = Keiwai/PIXTA)