Vers un nouveau « plan Marshall » ?

L’arrivée de Barack Obama au Japon est prévue pour le 23 avril, c’est-à- dire dans très peu de temps (*Voir la note ci-dessous). La meilleure façon pour le gouvernement japonais d’aborder la rencontre avec le président américain, c’est de dire clairement qu’il est prêt à apporter un soutien financier de grande envergure à l’Ukraine par l’intermédiaire du Fonds monétaire international (FMI). Une fois que les Japonais auront discuté avec les Américains du problème des sanctions à imposer à la Russie, il sera préférable qu’ils attendent les résultats des discussions du G7 avant de mettre celles-ci concrètement en application.

Le Japon a intérêt à chercher à partager avec les États-Unis la responsabilité du maintien de la prospérité et de la stabilité en Asie de l’Est plutôt qu’à s’impliquer directement dans la crise ukrainienne. Arriver à un accord sur ce point avec les USA contribuera à établir des liens plus solides entre les deux pays et du même coup, renforcera la position des pays occidentaux vis-à-vis de l’Ukraine. Et on peut dire la même chose à propos de l’Accord de Partenariat Trans-Pacifique (TPP), un pacte multilatéral de libre-échange destiné à réunir les pays de la zone Asie-Pacifique, qui représentent à eux seuls 40 % du produit intérieur brut (PIB) mondial.

Le problème auquel le monde est confronté à l’heure actuelle, c’est le maintien de la stabilité à l’échelle de la planète alors que les États-Unis, qui sont encore en train de se remettre de la guerre en Irak et de la crise financière mondiale de 2008, hésitent à s’engager dans des interventions extérieures. Les Américains ont cherché à maintenir des mouvements démocratiques entre autres dans l’ex-Union soviétique et au Moyen Orient en les soutenant essentiellement par le biais d’organisations non-gouvernementales (ONG). Cette stratégie a engendré non seulement de l’agitation mais aussi des sentiments de désillusion et de méfiance vis-à-vis des États-Unis comme l’ont prouvé la crise ukrainienne et le  « printemps arabe ». La voie idéale pour assurer la stabilité mondiale consisterait à créer par le biais du développement industriel une classe moyenne qui servirait de terreau à la démocratie. Si les États-Unis, l’Europe et le Japon concoctaient une sorte de nouveau Plan Marshall et réussissaient à convaincre les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) d’y participer en tant que donateurs, l’ambiance pesante qui règne à l’heure actuelle dans le monde changerait sans doute du tout au tout.

À l’occasion de la visite du président Obama, le Japon et les États-Unis devraient faire une déclaration commune spécifiant qu’ils sont opposés à toute tentative de changer l’ordre international en place par la force. Cette prise de position s’appliquerait aussi bien à l’intervention russe en Ukraine qu’aux actions intempestives de la Chine dans la zone des îles Senkaku et à la surprenante campagne menée par Pékin auprès des États-Unis pour essayer de les convaincre que le Japon est en train de chercher à sortir du statu quo de l’après guerre. Elle contribuerait ainsi à faire changer d’avis les Américains qui sont persuadés que le gouvernement d’Abe Shinzô essaie de défier l’ordre international mis en place à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

Bref, quand le Japon est confronté à des problèmes internationaux du type de celui de l’Ukraine, il devrait non pas adopter une attitude passive, comme il l’a fait jusqu’à présent, mais réfléchir à la façon de tirer parti de la situation pour améliorer sa propre position.

(D’après un article original en japonais du 15 avril 2014. Photographie du titre : Sergei Grits/AP Photo/Aflo. Des activistes pro-Russes bloquent des véhicules de combat et des soldats de l’armée ukrainienne le 16 avril 2014, à Donetsk Oblast, dans l’est de l’Ukraine où les forces pro-Russes continuent à occuper des bâtiments du gouvernement.)

 

N.D.L.R. : À l’occasion de la rencontre Japon-USA du 24 avril, le Premier ministre Abe Shinzô et le Président Barack Obama ont affirmé que le recours à la force en Ukraine était inadmissible et qu’ils avaient l’intention de coopérer sur ce point avec les autres pays lors du G7. Abe Shinzô a par ailleurs déclaré qu’il continuerait à œuvrer pour le retour de la stabilité en Ukraine et confirmé que le Japon était prêt à verser une aide économique d’un montant de 1,5 milliard de dollars (1,086 milliard d’euros) à ce pays, à condition que son gouvernement passe un accord avec le FMI en vue de la mise en œuvre de réformes économiques.