Les préoccupations au sujet du tarif de l’électricité entravent les efforts portant sur l’offre
Les INDC du Japon pour 2030 prévoient que la production d’énergie électrique atteindra approximativement 1000 térawattheures (contre environ 900 TWh actuellement). Elles recommandent que la production des énergies renouvelable soit portée à deux fois son niveau actuel, pour que leur contribution au volume total d’électricité produite atteigne 22 à 26 %, contre 46 à 48 % pour les centrales nucléaires et les centrales thermiques au charbon. La part des centrales nucléaires, estimée entre 20 et 22 %, serait quelque peu inférieure aux niveaux enregistrés avant Fukushima, tandis que le charbon fournirait environ 26 % du total.
Si l’on en croit les média, le programme proposé par le gouvernement prévoit que l’intensité moyenne des émissions de CO2 sera de 0,38 kilogrammes par kilowattheure d’électricité produite, soit environ 10 % de plus que les 0,34 kg/kWh correspondant à l’objectif que le Japon s’était fixé dans le cadre du Protocole de Kyoto. Si ce chiffre augmente en dépit de la progression des énergies renouvelables, c’est avant tout parce que la part du nucléaire diminue tandis que celle des centrales thermiques alimentées au charbon s’accroît. Quoi qu’il en soit, tant qu’il n’existera pas de projet de réduction de l’intensité des émissions de CO2 liées à la production d’énergie, il est improbable que les efforts du Japon portant sur l’offre énergétique produisent une baisse significative des émissions.
Certains observateurs imputent cet état de fait à la demande expresse, faite par le premier ministre Abe Shinzô aux rédacteurs du programme, de n’y inclure aucune mesure pouvant entraîner de nouvelles augmentations du tarif de l’électricité, qui a augmenté de 20 % depuis la catastrophe de 2011. La cherté de l’électricité risquerait en effet de ralentir la croissance économique et de mettre les ménages en difficulté, avec les conséquences négatives que cela pourrait avoir sur le soutien de la population au gouvernement de M. Abe. Il est indubitable que ces considérations ont contribué pour beaucoup à l’augmentation de la dépendance au nucléaire et au charbon prévue par le programme.
Les écologistes se plaignent que la palette énergétique accorde une part trop importante à l’énergie produite par les centrales thermiques alimentées au charbon et trop faible aux énergies renouvelables, et on peut les comprendre. Si l’on prend, par exemple, l’énergie solaire : à supposer que tous les projets en cours dans ce domaine (à la fin du mois d’avril 2015) dans le cadre du système de tarif de rachat (FIT) mis en place par le gouvernement soient menés à terme, la production d’énergie solaire pourrait alors dépasser de 30 % le volume prévu de 74 900 GWh.
Soit dit en passant, le caractère fortement incitatif du système FIT a permis au Japon d’occuper la première place mondiale dans le domaine de la mise en place de nouvelles installations de production d’énergie solaire (en termes de capacité) au cours de ces dernières années, et de se placer aujourd’hui au troisième rang pour la puissance cumulée du parc installé – 23,3 GW en 2014 d’après l’Agence internationale de l’énergie.
Les technologies à haute efficacité énergétique suscitent de grands espoirs
L’un des changements les plus remarquables apportés par le nouveau programme japonais réside dans le fait qu’il prévoit que la consommation totale d’énergie va diminuer en dépit de la croissance économique en cours. Cette façon de voir repose sur l’idée que les avancées dans le domaine de l’efficacité énergétique vont continuer d’affaiblir la corrélation entre croissance économique et consommation énergétique.
Jusqu’à une date relativement récente, l’élasticité de la consommation énergétique du Japon en regard de la croissance du PIB avoisinait 1,0. Les objectifs établis par les INDC pour 2030 se fondent sur une élasticité moyenne du PIB de 0,01. Il est intéressant de noter que, depuis la catastrophe de 2011, l’élasticité énergétique du Japon par rapport au PIB est entrée en territoire négatif. La raison en est que les mesures mises en œuvre pour améliorer l’efficacité énergétique en vue de compenser l’augmentation du coût des importations d’énergie (exacerbée par la hausse du yen) ont entraîné une baisse de la consommation énergétique en dépit de la croissance économique. Le gouvernement semble partir de l’hypothèse que le soutien des politiques de promotion de l’efficacité énergétique va favoriser le maintien de cette tendance à moyen terme.
Dans le monde des affaires, des voix se sont élevées pour suggérer qu’une estimation plus réaliste de la croissance du PIB au cours de la période d’engagement permettrait d’obtenir les mêmes résultats en termes de consommation énergétique totale en se contentant de mesures moins radicales d’amélioration de l’efficacité énergétique. Il se trouve pourtant que, d’un point de vue politique, le développement du marché de l’efficacité énergétique pourrait jouer un rôle déterminant dans la croissance économique. Des domaines comme les bâtiments écologiques, les maisons économes en énergie et les voitures écologiques, ou encore les villes respectueuses de l’environnement intégrant ce genre de technologies, offrent bien des créneaux qui ne demandent qu’à être exploités.
Une autre différence majeure entre les INDC de 2030 et les programmes précédents de réduction des émissions réside dans le fait que, cette fois, le Japon n’a pas fait appel aux mécanismes de Kyoto, qui permettent aux pays d’avoir recours à des réductions provenant de projets énergétiques menés à l’étranger ou à des échanges de quotas pour compenser les émissions d’origine nationale et satisfaire ainsi à leurs engagements. Le gouvernement ne voulait pas que se répète le scénario de 2012, dans lequel le Japon s’était trouvé dans l’obligation de procéder à des achats massifs de crédits carbone auprès de la Chine et d’autres pays, via le Mécanisme de développement propre (MDP), pour remplir les engagements pris au titre du Protocole de Kyoto.