Tensions dans une ère nouvelle de diversité
Après la Seconde Guerre mondiale, avec l’augmentation des mariages d’amour, le Japon a fait de la monogamie l’un des principes directeurs de la famille moderne. Avec elle se sont imposées des mœurs sociales – applicables aux hommes comme aux femmes – limitant les relations sexuelles au cadre du mariage. De ce point de vue, les aventures extraconjugales d’une femme mariée, mais aussi d’un homme marié avec une femme célibataire (prostituées y compris), sont jugées inconvenantes, en dehors de toute considération légale.
Bien entendu, les mœurs sexuelles ne changent pas du jour au lendemain, et le double standard du système patriarcal, qui tolérait l’infidélité masculine mais pas féminine, persiste dans certains secteurs de la société. La condamnation des relations adultères au Japon a ainsi été vue comme une manifestation des privilèges masculins et de la soumission féminine, une idée encore assez répandue au Japon comme à l’étranger.
Dans un article du 8 février de l’édition en ligne du quotidien britannique The Guardian, Justin McCurry voit dans la chute de Becky un exemple de « la sévérité du traitement réservé par le Japon à ses artistes féminines ». Cette interprétation est difficilement justifiable au vu du traitement tout aussi dur dont Miyazaki Kensuke a fait l’objet. (Il est vrai que Becky a attiré davantage d’attention et de critiques que son amant, mais elle est plus connue que lui.) Il n’est plus possible de considérer, dans le Japon contemporain, l’infidélité comme un privilège masculin et une violation des droits des femmes.
La société japonaise a dépassé le système patriarcal, et est bien partie pour transcender la norme monogame de la famille moderne. Durant les 18 dernières années, le ratio de divorces par rapport aux mariages a dépassé les 30 %. Cela signifie qu’à tout moment, de nombreux couples sont en pleine procédure de divorce, une phase du mariage pendant laquelle les relations extraconjugales sont loin d’être rares.
En 1999, la chaîne de radio-télévision publique NHK a procédé à un sondage national sur les comportements sexuels. Cette enquête a déjà plus de 15 ans, mais c’est le seul sondage japonais fiable sur la question, effectué à partir d’échantillonnages aléatoires.
Parmi les personnes sondées affirmant avoir eu des relations sexuelles durant l’année écoulée, 13 % de femmes âgées de 20 à 30 ans ont indiqué avoir eu des rapports avec quelqu’un d’autre que leur partenaire. Pour les trentenaires, la proportion était de 10 % ; elle atteignait 25 % pour les hommes dans la vingtaine et 15 % pour ceux dans la trentaine. Environ 70 % des sondés affirmaient ne pas avoir eu de rapports avec quelqu’un d’autre que leur partenaire, tandis que le reste préférait ne pas répondre. Il s’agit des chiffres fiables les plus récents à notre disposition, et on peut sans doute estimer sans se tromper que l’infidélité au Japon a progressé depuis 1999.
La famille moderne s’est construite sur l’idéal d’une relation mutuellement contraignante, à la sexualité confinée au sein du couple. Mais ces fondations chancellent aujourd’hui, et le signe le plus éclatant de leur déclin est la fréquence des aventures extraconjugales.