Le cybernationalisme : un terreau fertile pour la haine
Mais seule une toute petite fraction de ces Japonais favorables aux idées fanatiques de la Zaitokukai et autres groupes xénophobes a choisi de descendre dans la rue pour participer à une manifestation ou un rassemblement. La « majorité silencieuse » du mouvement est constituée par la netto uyoku ou neto-uyo, une expression forgée pour désigner des cybernationalistes qui déversent en permanence leur haine sur Internet via les forums, les réseaux sociaux et tout particulièrement les sites de partage de vidéos. L’Internet japonais est un havre pour les discours et la propagande xénophobes, colportés à grand renfort de rumeurs mensongères, de bruits alarmistes et de désinformation – en témoignent les accusations sans fondement selon lesquelles les Coréens auraient massacré des millions de Japonais après la Seconde Guerre mondiale et ils contrôleraient les grands médias nippons. Ce genre d’activités en ligne constitue le « berceau de la haine » qui est à l’origine des rassemblements, et il continue de prospérer. C’est un problème auquel la loi contre les discours de haine ne s’attaque en aucune manière.
Les groupes d’extrême droite mettent sans discontinuer leurs vidéos anticoréennes en ligne sur des sites comme YouTube. Ces vidéos incendiaires alimentent une armée de réserve pour la prochaine vague de rassemblements de la haine et d’hostilité contre les Coréens. Certes, des mesures ont été prises ici et là pour mettre un frein à ce mouvement. Dwango, qui exploite le site de partage de vidéos Niconico, a fermé les comptes de la Zaitokukai et YouTube a pris des dispositions pour mettre un terme au partage des recettes publicitaires avec ses adhérents de droite spécialisés dans les vidéos de haine contre les Coréens. Grâce à ces initiatives, le nœud se resserre peu à peu. Mais il reste beaucoup à faire.
Le gouvernement a désigné le tourisme international comme un des grands axes de son projet à long terme de relance de l’économie. En 2020, le Japon va être le théâtre d’un gigantesque afflux de visiteurs étrangers attirés par les Jeux olympiques de Tokyo. Dans ces circonstances, il n’est pas exagéré de dire que l’épidémie de discours xénophobes nuit aux intérêts nationaux du Japon. Le gouvernement doit prendre des mesures décisives et faire le nécessaire sur le plan législatif pour mettre une fois pour toutes un terme à cette peste.
(D’après l’original en japonais écrit le 4 juillet 2016. Photo de titre : une manifestation anticoréenne de l’extrême droite a été interrompue juste après son départ, le 5 juin 2016, à Kawasaki. Jiji Press.)