Une imagination politique exceptionnelle
Tout d’abord, il faut une personnalité expérimentée, qui ait fait la preuve de son aisance et de sa hauteur de vue dans les situations requérant un grand cerveau politique. Autrement dit, une personnalité possédant le caractère et les qualités morales du leadership. Des politiques comme le « plan de réaménagement de l’Archipel » de Tanaka Kakuei, ou le « plan de doublement des revenus » d’Ikeda Hayato, furent des projets politiques conçus par une pensée politique en phase avec son époque. Mais le cœur de son projet politique, c’est le responsable politique lui-même qui doit le modeler et l’investir de sa vision personnelle. À côté de cela, il va sans dire qu’un chef de gouvernement, qu’il soit un homme ou une femme, doit aussi avoir l’expérience de gérer une « entreprise familiale ».
Dans le cas du Premier ministre actuel, les divers volets de la politique économique connue sous le nom d’« Abenomics », sans être totalement en contradiction avec ses positions idéologiques personnelle (elles-mêmes dans la continuité de celle de son grand-père, d’ailleurs), est essentiellement le fruit de sa pensée personnelle, implémentée par ses conseillers.
C’est autour des convictions d’un politicien que des conseillers de la haute administration, de la société civile et de l’université se réunissent pour concevoir les mesures concrètes et envisager leur faisabilité. Ils savent que leur place est de rester dans l’ombre, et ils peuvent rester de longues années à préparer l’arrivée au pouvoir de celui sur lequel ils ont misé leur action. Et c’est quand le politicien qu’ils espéraient de leurs vœux arrive au pouvoir, que la politique qu’ils tenaient au chaud voit le jour. Tel est le prototype du système des factions politiques.
Les femmes décideurs soutiennent les femmes politiques
Ce système des factions est d’ailleurs plus ou moins tombé en désuétude, mais des groupes d’action continuent de se former à l’ombre des leaders politiques. C’est pourquoi, un leader de faction doit avoir la capacité de lever les fonds nécessaire à la distribution des postes qu’il réserve à son groupe. Ce qui, à l’inverse, signifie qu’une femme pourrait tout à fait fonder une faction sur ce modèle.
Pour cela, il faut que des femmes sachant vocaliser leurs convictions politiques, possédant les qualités morales et le leadership, une fois qu’elles ont acquis l’expérience de se faire élire dans une circonscription, puissent apparaître de plus en plus. Il faut également que les femmes dirigeantes d’entreprises, de la haute administration et de l’université deviennent de plus en plus nombreuses. Une fois ces conditions préalables établies, alors seulement il faudra en plus que l’une de ces femmes possède le sens de l’opportunité et du timing pour saisir sa chance. Et bien entendu, il faudra qu’elle fasse preuve d’une endurance et d’une pugnacité au combat équivalentes à celles d’un homme.
Dans un système politique et un contexte totalement différent, dès l’époque où elle était la première dame du pays, Hillary a démontré qu’elle avait le cerveau pour mener une politique. Surtout que dans le système américain, pour concourir à l’élection présidentielle, la lutte entre les partis est d’une intensité sans commune mesure avec le Japon.
Dans le cas du Japon, et pas seulement dans le domaine politique mais aussi bien dans le milieu des affaires ou de la haute administration, les femmes ne sont encore présentes que par une volonté de favoriser l’égalité des opportunités, et tant que n’apparaîtra pas une leader capable de tirer les énergies par sa propre personnalité, aucun poste de réelle importance n’est à leur portée sans le soutien d’un homme influent. Mais nous sommes dans une période de transition. Quand les femmes qui auront développé leurs compétences et leurs réseaux en profitant intelligemment de la période actuelle seront suffisamment nombreuses, alors certainement une femme Premier ministre apparaîtra au Japon.
(Photo : suite à son élection à la tête du Parti démocrate du Japon, Renhô rencontre la gouverneur de Tokyo Koike Yuriko [à droite], le 23 Septembre 2016, à la mairie de Tokyo. Jiji Press)