Un véhicule grand public très performant

Le problème le plus épineux auquel a été confronté Hasegawa Tatsuo a été non pas de modifier le moteur de la Corolla mais d’équiper, comme il l’avait prévu, son train avant avec une suspension MacPherson, une première pour l’industrie automobile japonaise. Ce système de suspension relativement simple constitué entre autres de ressorts hélicoïdaux et d’amortisseurs est aujourd’hui celui qui est le plus utilisé pour les voitures à roues indépendantes. Il a été mis au point en 1949 par l’ingénieur américain Earle S. MacPherson (1891-1960) pour le constructeur automobile Ford. La première voiture dotée de ce type de suspension était une Ford Vedette produite en Grande-Bretagne et destinée au marché européen. Comparée aux suspensions à ressorts à lames de l’époque, celle de MacPherson était plus compacte, moins lourde et elle assurait un meilleur confort de route. C’est pourquoi Hasegawa Tatsuo était résolu à l’utiliser pour la Corolla. Pour étudier la question de plus près, il a effectué des voyages à l’étranger et demandé à la filiale japonaise de Ford de lui fournir de la documentation. Ford Japan a aussitôt accepté de l’aider à introduire cette nouvelle technique au Japon. Mais sa mise en œuvre s’est avérée particulièrement délicate. Hasegawa Tatsuo s’est confié à ce sujet dans un ouvrage intitulé Toyota jidôsha 75-nen shi (Toyota Motor, une histoire longue de 75 ans). « Nous avons commencé à vraiment nous inquiéter le jour où notre premier prototype de suspension a rendu l’âme au bout d’à peine 500 kilomètres. Nous avons dû effectuer toutes sortes de modifications avant de réussir à trouver une solution satisfaisante. »

Durant la mise au point de la Corolla, Hasegawa Tatsuo a appliqué à la lettre la doctrine de Toyota des « 80 % et plus » selon laquelle un véhicule doit satisfaire le consommateur avec une note globale d’au moins 80 points sur 100. Un principe qui doit être porté à « au moins 90 % » de points de satisfaction pour certains équipements. En ce qui concerne la Corolla, ces équipements spéciaux incluaient la suspension MacPherson, un levier de vitesse au plancher qui lui donnait une allure sportive et un système de transmission manuel à quatre vitesses, alors que la plupart des boîtes de l’époque n’en comportaient que trois.

Un succès à l’étranger jamais démenti

Toyota Motor a mis en place en place un système de gestion reposant sur un « superviseur en chef » (shusa) à l’occasion de la mise au point de la première version de la Crown, une berline quatre portes commercialisée en 1955. La firme japonaise s’est visiblement inspirée du principe du « concepteur en chef » (chief designer) en usage dans l’industrie aéronautique. C’est ainsi qu’elle a délégué la responsabilité et la direction du projet non pas à un comité mais à une seule personne. Les autres constructeurs automobiles ont appris l’existence de ce système de gestion au moment de la sortie de la Corolla. Depuis, ils ont tous recours à un shusa appelé aujourd’hui chief engineer pour diriger la mise au point de leurs nouveaux modèles.

La onzième version de la Toyota Corolla, actuellement sur le marché. (Photo : Ikehara Teruo)

La Corolla actuellement sur le marché est la 11e version du modèle fétiche de Toyota. À l’occasion de sa sortie en 2012, elle a été entièrement revue et relookée. En 2015, cette voiture s’est vendue à 110 000 unités au Japon. Celle qui fut jadis le numéro un des ventes de Toyota est à présent éclipsée par des modèles hybrides comme la Prius ou l’Aqua. Mais la Corolla est encore en vente dans plus de 150 pays et régions du monde, une distribution plus large que pour n’importe quel autre des modèles de Toyota Motor. La firme nippone fabrique des Corolla dans 13 pays et régions du monde et en 2015, elle en a vendu 1,23 million d’unités à l’étranger, soit un sur six des véhicules Toyota commercialisés en dehors de l’Archipel.

L’ingénieur en chef Konishi Yoshiki est chargé de la mise au point de la prochaine version – ce sera la 12e – de la Corolla. Il dit qu’il souhaite lui conserver sa réputation de véhicule fiable, pratique et d’un excellent rapport qualité-prix tout en l’améliorant sur le plan de l’environnement, de l’énergie et de la sécurité. Il affirme aussi qu’il a l’intention d’en faire « une voiture attractive et agréable à conduire qui fêtera un jour ses 100 ans ».

(D’après un article en japonais du 31 octobre 2016. Photo de titre : la première des onze versions de la Toyota Corolla, mise sur le marché en 1966. Jiji Press)