La possibilité de nouvelles découvertes
Il est courant qu’un domaine de recherche, considéré comme insignifiant au premier abord, finisse par bourgeonner puis fleurir dans le long terme. Il se trouve que les deux exemples de recherche cités ci-dessus sont encore aujourd’hui en plein développement.
Le professeur Nakagaki, qui a démontré que les mycétozoaires pouvaient trouver le chemin le plus court dans un labyrinthe, a pensé à appliquer sa découverte à un système de planification urbaine, en particulier pour les voies de chemin de fer et les routes. En effet, les réseaux créés par les mycétozoaires pour relier les sources de nourriture sont similaires aux réseaux ferrés reliant les villes. Pour le démontrer, il a fabriqué en gélatine une carte de la région de Tokyo, sur laquelle il a fait se développer une colonie de mycétozoaires en plaçant des sources de nourriture aux endroits correspondants aux grandes villes autour de la capitale. Pour un résultat très fidèle à la véritable carte des chemins de fer. Grâce à une modélisation mathématique adéquate, le Pr Nakagaki et ses collaborateurs pensent être en mesure de développer une nouvelle méthode de simulation, ce qui leur a valu de recevoir un second prix Ig Nobel en 2010 (dans la catégorie Planification des transports).
M. Kurihara, le concepteur du Speech-jamer, a fondé en 2014 un « Groupe d’étude sur les comportements passifs » afin de développer des technologies destinées aux gens ayant du mal à interagir positivement avec autrui. Pour réduire quelque peu la charge psychologique (due à une fatigue propre aux échanges sur les réseaux sociaux, par exemple), il a développé Shyhack, qui change entièrement les perspectives. Son groupe développe également un « Party design system », destiné aux gens accordant trop d’importance au regard des autres, à partir de nouvelles techniques basées sur l’humour.
Rien n’indique que les lauréats du prix Ig Nobel aient été directement inspirés par la théorie de Terada Torahiko. Néanmoins, c’est indéniablement la grande liberté accordée à la recherche, symbolisée par ce rapport du savant avec l’intelligence, qui rend les scientifiques japonais aussi imaginatifs. Quelles nouvelles découvertes ces personnages « sans intelligence » nous préparent-ils ? Nous avons hâte de le savoir !
(D’après un original en japonais du 22 février 2017. Photo de titre : Higashiyama Atsuki, professeur à l'Université Ritsumeikan, prix Ig Nobel 2016 pour « L’effet de regarder entre les jambes ». Le Japon remporte le prix Ig Nobel pour la dixième année de suite. AP/Aflo)(*1) ^ Tous les extraits cités proviennent de : Terada Torahiko, Kagakusha to atama, éd. Heibonsha).