La Loi sur la nationalité doit être en phase avec le monde d’aujourd’hui
L’émergence de toutes ces initiatives vers la fin du XXe siècle ne se réduit pas à une simple coïncidence. Auparavant, les émigrés s’installaient en général dans leur pays d’adoption et en devenaient des résidents permanents. Quand l’émigration était un projet coûteux pour les habitants des pays en développement, on était en droit de supposer que ceux qui émigraient ne reviendraient pas. Mais la situation a changé. Les pays qui fournissent de gros contingents d’émigrants se développent à un rythme rapide, et la chute spectaculaire des tarifs aériens au cours des 30 dernières années facilite grandement le retour des émigrés dans leur terre natale. Si bien qu’on ne peut plus considérer les migrations comme un flux à sens unique des pays pauvres vers les pays riches.
Le processus de la mondialisation et les bouleversements économiques qui l’accompagnent ont eux aussi contribué à modifier la situation. En réaction à ce phénomène, les gouvernements adoptent désormais des politiques visant à encourager les migrants à rester en contact avec leur pays d’origine. C’est dans ce contexte que le nombre des pays reconnaissant la double nationalité a augmenté. À l’évidence, les politiques de nationalité se fondent aujourd’hui sur d’autres prémisses que les considérations d’ordre humanitaire ayant jadis incité le Japon à adopter la règle de la nationalité unique.
En 1985, d’autre part, quand le Japon a ratifié la Convention sur l’élimination de toute forme de discrimination contre les femmes, il a dû, comme je l’ai dit plus haut, modifier la Loi sur la nationalité pour permettre aux mères comme aux pères de transmettre leur citoyenneté japonaise à leurs enfants. Mais la volonté de ratifier la convention n’était pas la seule considération à l’origine de cette modification. Il y avait aussi le fait que, dans les pays occidentaux – dont les lois sur la nationalité avaient servi de modèles au Japon pour l’élaboration de sa propre loi au XIXe siècle –, les clauses sur l’égalité entre les sexes étaient devenues la norme. Cette évolution suscitait des préoccupations quant au risque qu’une augmentation du nombre des mariages internationaux puisse s’avérer problématique si le Japon restait à l’écart du courant mondial dominant en maintenant son modèle patrilinéaire de transmission de la nationalité aux enfants.
La double nationalité n’est pas le seul domaine où le Japon n’a pas réussi à rester en phase avec les tendances mondiales. Le mariage entre personnes du même sexe offre un autre exemple. Le mariage homosexuel bénéficie désormais d’une large reconnaissance en Occident et, ici en Asie, il a été légalisé à Taïwan. Les conjoints homosexuels de nationalités différentes qui souhaiteraient vivre en couple au Japon se heurteraient à diverses difficultés, dues à l’absence de reconnaissance officielle de leur statut marital, à commencer par le fait que le partenaire non japonais ne peut pas obtenir un visa de conjoint (voir notre article sur les minorités sexuelles au Japon).
Dans le monde d’aujourd’hui, où les flux de personnes entre pays sont à double sens, la nécessité s’impose de modifier nos règles nationales lorsqu’elles ne sont plus en phase avec les normes internationales. Faute de cela, nous allons tarir l’afflux des étrangers qui contribuent à la pérennité de notre société, et notre pays verra sa vigueur décliner à mesure que sa population vieillit et décroît.
(Article écrit à l’origine en japonais du 24 avril 2018. Photo de titre : une marche pour la diversité le 10 avril 2017, dans le quartier d'Ueno à Tokyo. Jiji Press)