La fillette morte dans une boîte en carton
La première affaire dont j’ai eu à rendre compte s’est produite en 2000 dans la ville de Taketoyo, dans la préfecture d’Aichi. Une fillette de trois ans avait été déposée dans une boîte en carton où on l’avait laissée mourir de faim. Elle était la première fille d’une mère au foyer, âgée de 18 ans à la naissance de l’enfant. La mère n’arrivait pas à parler à son époux des difficultés qu’elle devait surmonter pour élever la fillette, car il avait des opinions tout à fait tranchées et rétrogrades, et pensait que les tâches ménagères et le soin des enfants relevaient des responsabilités de la femme. Ses relations avec sa propre mère et sa belle-mère étaient tout aussi mauvaises. Lorsqu’elle se trouva de nouveau enceinte, elle établit un budget et tenta de trouver un moyen d’équilibrer les finances du ménage après la naissance de l’enfant. C’est dans ce contexte que sa première fille fit l’objet d’un diagnostic de trouble probable du développement, et qu’un agent sanitaire lui recommanda de confier l’enfant à un centre d’apprentissage du langage géré par les autorités locales. La mère, découragée à l’idée de devoir débourser 50 yens de plus pour le déjeuner de sa fille, décida de ne pas suivre ce conseil.
Le père de la fillette, qui avait le même âge que la mère, était employé à titre permanent par une filiale d’une grande aciérie, mais son salaire net après impôt plafonnait à 130 000 yens par mois. C’était, semble-t-il, un travailleur consciencieux, affligé d’une tendance au syndrome d’Asperger. Un jour, il secoua violemment sa fille, alors âgée de dix mois, et la blessa à la tête. Elle reçut un traitement médical mais, après sa sortie de l’hôpital, commença à manifester des signes de difficultés d’apprentissage. Le couple avait aussi un fils, dont le développement ne présentait pas d’anomalie. Toute leur affection se tourna alors vers le garçon, et ils commencèrent à ressentir du dégoût pour leur fille. La vie sociale du père était axée exclusivement sur le travail et il consacrait le plus gros du temps passé à la maison à jouer aux jeux vidéo.
Les difficultés économiques de la famille rendaient de plus en plus la mère anxieuse, mais elle n’arrivait pas à se décider à contacter les autorités compétentes. Sa capacité de jugement commença à s’altérer. Isolée et dépourvu de soutien, elle se mit à acheter de façon compulsive et acquit par crédit un futon très coûteux, qu’elle ne parvint pas à rembourser. Les parents se mirent alors inconsciemment à reporter leur colère et leur frustration sur leur fille et l’enfermaient dans une boîte en carton lorsqu’elle montrait des signes de désobéissance. Elle finit par mourir de malnutrition.
Isolement et pauvreté
L’affaire suivante s’est produite en 2010, dans l’arrondissement de Nishi, à Osaka, où une fillette de trois ans et son petit frère d’un an sont morts après avoir été abandonnés pendant 50 jours dans les dortoirs attenants à un établissement de mœurs. La mère, âgée de 23 ans à l’époque, avait grandi dans la préfecture de Mie. Elle s’était mariée à 20 ans et avait donné naissance à ses enfants peu après. Lorsqu’elle était mère au foyer, elle avait bénéficié de l’aide publique accordée par sa ville. Après son divorce, elle déménagea avec ses enfants, d’abord à Nagoya, où elle travailla dans un bar « cabaret », puis à Osaka, où elle trouva cet emploi dans l’établissement de mœurs. Elle n’avait plus personne désormais vers qui se tourner pour obtenir un soutien, que ce soit la famille ou les services publics locaux.
La troisième affaire remonte à 2014, année où les ossements d’un garçon de cinq ans furent découverts enfouis sous un tas de déchets dans un petit appartement d’Atsugi, dans la préfecture de Kanagawa. Sept ans et quatre mois s’étaient écoulés depuis son décès. Le père, qui avait 37 ans à l’époque, était chauffeur routier sur de longs parcours et souffrait d’un léger handicap mental. Son épouse, qui avait de mauvaises relations avec sa famille, s’était mise en ménage avec lui alors qu’elle était encore adolescente, et était tombée enceinte peu après. Elle partit quand l’enfant avait trois ans. Le père ne dit à personne que sa femme l’avait quitté et, pendant deux ans, il continua de travailler et d’élever seul le garçon.
Le père s’était inscrit dans un collège professionnel à la fin de ses études secondaires, mais, confronté à un trajet quotidien de six heures aller et retour, il n’avait pas tardé à abandonner ses études afin de travailler à temps partiel. Il lui arrivait de changer d’emploi pour tenter d’apprendre un métier, mais son revenu restait précaire. Son réseau de soutien familial était faible lui aussi. Telle était sa situation quand il rencontra sa femme, alors âgée de 17 ans. Le couple emprunta de l’argent aux deux familles et contracta des prêts auprès d’agences de crédit à la consommation. Cet endettement conduisit à la rupture des relations familiales, et le couple sombra dans l’isolement.
Même après que le mari eut décroché un emploi à plein temps comme chauffeur routier, son salaire net variait entre 230 000 et 250 000 yens par mois, et il était contraint de travailler de longues heures d’affilée six jours par semaine. Alors que le couple se démenait pour rembourser ses emprunts, leur relation se dégradait. En cause, l’incapacité du mari à trouver du temps pour aider sa femme à s’occuper de l’enfant. Pour augmenter les revenus du ménage, la femme commença à laisser l’enfant seul à la maison pour travailler par roulement dans un konbini, mais elle finit par offrir des services sexuels contre de l’argent. Au bout du compte, elle partit, laissant derrière elle son mari et son enfant. Le mari, craignant de perdre son emploi, continuait à travailler de longues heures d’affilée sans prendre de repos. Après le départ de sa femme, il se retrouva seul pour élever son fils. En fin de compte, épuisé, il délaissa l’enfant jusqu’à ce que mort s’ensuive.