Une situation différente en Europe
Quelle est la situation dans les pays européens, où les voitures se sont développées plus tôt qu’au Japon et où le vieillissement de la population y est similaire ? Il se trouve que même si la circulation routière s’est développée en Europe dès la deuxième moitié du XXe siècle, le tramway n’a pas disparu des rues des petites villes. Le partage des rôles entre transports en commun et voitures a été correctement réglementée.
En outre, il faut souligner le principe fondamental dans la circulation de ces villes européennes, à savoir que les voitures ne sont jamais privilégiées : piétons, vélos et transports en commun jouissent d’infrastructures sociales de même niveau.
Dans les villes régionales d’Europe, la priorité est donnée aux tramways dans les carrefours. Il est donc plus rapide de se déplacer en transport public qu’en voiture en centre-ville. Par conséquent, les habitants considèrent qu’il est plus pratique d’utiliser les tramways, et malgré la démocratisation de l’automobile, ils n’ont jamais disparu des villes.
Dans les villes de province au Japon, les voitures sont reines. Il n’est pas rare d’en voir qui s’engagent à haute vitesse dans des rues étroites sans trottoir. Les piétons et les vélos sont forcés de circuler sur les caniveaux en bord de rue, créant une hiérarchie des moyens de déplacement où l’automobile trône, suivie des motos, vélos et piétons. Les conducteurs de voiture pressés jouissent ainsi d’une forte priorité. Une des particularités du Japon est le grand nombre d’accidents mortels impliquant des piétons seniors. Vulnérables sur le plan de la mobilité, ils sont les premières victimes de cette société privilégiant les voitures.
Que ce soit en Europe ou au Japon, tous les conducteurs sont soumis à certains obstacles, sans rapport avec leur âge. Cependant, il est plus difficile de conduire dans les pays européens car les limites imposées aux voitures sont plus nombreuses et contraignantes. Par exemple, les dos d’âne et les poteaux dans les zones résidentielles, courants en Europe mais absents au Japon, sont des obstacles qui rendent les routes difficiles à conduire pour les personnes âgées. En concevant ce type de routes, ces derniers sont naturellement incités à renoncer à la voiture. Les infractions au code de la route, sévèrement punies, les encouragent aussi à restituer d’eux-mêmes leur permis.
De plus, il ne faut pas négliger l’existence de réseaux de transport en commun dans les villes de province, qui permettent aux seniors de se déplacer sans trop d’inconvénients même s’ils renoncent à la voiture. Cet écart dans l’aménagement de transports publics représente la différence cruciale avec le Japon.
Assister les seniors dans leur vie après la restitution du permis
Au Japon, les conducteurs seniors doivent passer une « formation pour personnes âgées » lors du renouvellement de leur permis, qui est obligatoire depuis 1998. Très rare dans d’autres pays ; le but de cette formation est de sensibiliser les conducteurs âgés de plus de 70 ans à l’amoindrissement de leurs capacités physiques. Depuis 2009, des tests pour évaluer les fonctions cognitives (dépistage de la maladie d’Alzheimer) ont été mis en place pour les personnes de plus de 75 ans, dont les critères ont été renforcés en 2017.
Mais certaines personnes âgées causent des accidents malgré le fait qu’ils aient été considérés aptes à conduire, ce qui pose des questions quant à la pertinence de ces tests. Par ailleurs, maintenant que le nombre de conducteurs âgés augmente rapidement, le système d’examen lui-même commence à présenter des défaillances. L’État japonais continue d’avancer à tâtons : la dernière proposition en date est de créer un permis spécial pour personnes âgées qui ne les autorise à conduire que des véhicules dotés d’un système de freinage automatique.
Face à l’inefficacité apparente des formations et des tests de fonction cognitive actuels, les familles et les communautés entourant les conducteurs âgés déploient divers efforts pour les encourager à restituer d’eux-mêmes leurs permis. Et bien que leur nombre augmente progressivement, ce sont uniquement ceux qui habitent dans les grandes villes ou qui disposent de moyens de transport alternatifs en zone rurale qui acceptent de renoncer à leurs voitures.
Dans la préfecture de Kumamoto, il y a des mesures établies depuis 2015 qui méritent d’être notées : dans les centres de renouvellement de permis de conduire, des infirmières encouragent les personnes âgées à restituer leurs permis et leur expliquent comment ils peuvent être assistés dans leur vie au quotidien sans voiture.
Étant donné que ce sont des infirmières locales et expérimentées, elles jouissent d’une grande confiance de la part des seniors et de leur famille. Leurs connaissances médicales et leur vécu font d’elles les personnes les plus aptes à remplir ces fonctions. Elles peuvent assister les personnes âgées qui ont renoncé à leur permis pour trouver des solutions pour leurs déplacements avec la communauté locale, qu’elles connaissent très bien.
La question de la hausse constante du nombre de conducteurs seniors en amène une autre : comment assister au quotidien les personnes âgées vivant dans les zones rurales ? Les systèmes de transport sont une véritable miniature de la société, et il est nécessaire d’établir une politique conjointe sur les transports et les aides sociales. Il faut faire face à ce problème en renforçant les coopérations interdisciplinaires et interrégionales.
(Photo de titre : accident causé par un conducteur de 87 ans, impliquant plusieurs piétons et tuant une mère et sa fille, le 19 avril 2019 à Higashi-Ikebukuro, dans l’arrondissement de Toshima à Tokyo. Jiji Press)
