Développer des produits contre les maladies contagieuses : une lacune au Japon
M. Kunishima a mentionné deux autres facteurs pour expliquer le retard pris par le Japon, à savoir le faible nombre de firmes pharmaceutiques ou de start-up de biotechnologie capables de développer des produits pharmaceutiques rares comme ceux pour les maladies contagieuses, et ensuite, la faiblesse des institution médicales en matière de système d’essais cliniques de nouveaux médicaments.
Il y a une cinquantaine d’années, la recherche et la fabrication de vaccins était florissante au Japon, mais la baisse progressive du nombre d’enfants à vacciner, et les actions en justice intentées suite à des vaccinations ont conduit à l’affaiblissement de ce secteur. Les nouvelles maladies contagieuses ont pour caractéristiques d’apparaître soudainement, de se propager très vite, pour parfois disparaître avant même que les firmes pharmaceutiques aient eu le temps de mettre sur le marché les produits qu’elles avaient développés. Ainsi, rares sont les entreprises qui travaillent sur des vaccins dans ce domaine.
Voici donc pourquoi le Japon importe plus de la moitié des vaccins qu’il utilise... Et le coronavirus ne fait pas exception ! Si l’Archipel prend du retard dans l’acquisition des quantités dont il a besoin, la vaccination s’effectuera aussi tardivement.
Les entreprises qui travaillent sur un vaccin contre le Covid-19 sont peu nombreuses, mais il y en a, comme la start-up AnGes Inc., ou la firme pharmaceutique Shionogi, qui en sont toutes deux au stade des essais cliniques. Citons aussi la célèbre Daiichi Sankyô et d’autres entreprises qui continuent leurs travaux. Mais elles sont cependant en retard sur les autres pays. La fabrication de vaccins au Japon à l’avenir, pour garantir la sécurité et la santé des Japonais est pourtant indispensable, et le gouvernement doit soutenir les entreprises qui en développent.
Le système d’essais cliniques vaccinaux japonais est faible, et il est nécessaire d’en mettre un sur pied qui permette une évaluation plus rapide et plus flexible, particulièrement afin de faire face aux situations d’urgence comme celle que nous connaissons actuellement. Particulièrement cette année, celle des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, le Japon, plus que n’importe quel autre pays, a la responsabilité de mettre un point final rapidement à cette crise. L’équilibre avec la sécurité est une préoccupation, mais il faut sans doute dorénavant faire progresser l’évaluation en raccourcissant une partie du processus ordinaire.
Le 8 janvier, au moment où l’état d’urgence sanitaire a été de nouveau déclaré dans la région de Tokyo, quatre lauréats du prix Nobel de médecine, Yamanaka Shinya, Ômura Satoshi, Ôsumi Yoshinori, et Honjo Tasuku, ont publié une déclaration en cinq articles contenant cinq demandes au gouvernement, parmi lesquelles figurent le renforcement du soutien à la collaboration entre la recherche et l’industrie ainsi qu’aux sciences de la vie qui créent des principes de développement de vaccins et de nouveaux médicaments, ainsi que l’accélération du processus d’évaluation et d’homologation de ceux-ci tout en garantissant son indépendance et sa transparence.
La lutte contre le virus va continuer, et il y aura sans doute d’autres pandémies. Il est clair aujourd’hui que le Japon doit résoudre un grand nombre de problèmes avant de pouvoir les combattre avec des vaccins sûrs et fabriqués localement.
(Photo de titre : le président-élu américain Joe Biden se fait administrer le vaccin contre le Covid-19 le 21 décembre 2020. Jiji Press)