Le problème de dopage des athlètes russes : quand l’olympisme n’a rien de beau à montrer

Le dopage est l’une des formes de tricherie les plus graves dans le sport, et ces Jeux olympiques ont vue l’émergence d’un « point aveugle » dans le règlement.

L’affaire la plus médiatisée est celle de Kamila Valieva, patineuse artistique russe de 15 ans, pour violation des règles anti-dopage. Ce n’est qu’après la victoire de l’équipe du Comité Olympique Russe de patinage que le résultat des tests anti-dopage de cette même équipe à l’issue des championnats de Russie fin décembre 2021 a été publié, et ceux-ci se révélaient positifs à la trimétazidine, une substance utilisée dans le traitement des maladies cardiaque et interdite aux sportifs.

L’agence russe antidopage (RUSADA) avait suspendu Valieva au vu de ces tests, mais avait immédiatement levé sa suspension et accepté sa sélection en équipe olympique sous la pression d’un appel formé contre sa première décision. Le Comité International Olympique (CIO) et l’Agence mondiale antidopage (AMA), ont porté l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS)

Toutefois, le code mondial antidopage considère les athlètes de moins de 16 ans comme « ayant besoin de protection », ce qui signifie que les mesures disciplinaires à leur encontre doivent rester souples. La durée maximale d’une suspension est de deux ans et la sanction la plus légère est un simple blâme. Le TAS en a tenu compte et a jugé que Valieva pouvait continuer la compétition. Au-delà de cette décision, le fait est qu’à 15 ans, Valieva est l’une des meilleures patineuse artistique du monde, et comme telle entourée d’entraîneurs, de médecins et du staff de son équipe et de sa fédération. La question de savoir comment la substance interdite s’est retrouvée dans son corps doit encore être résolue.

Peut-être à cause du trouble émotionnel généré par cette affaire, Valieva s’est effondrée dans l’épreuve individuelle où elle concourrait également, et a terminée à la 4e place. À peine sa présentation terminée, son entraîneuse, Eteri Tutberidze, l’a prise a parti et lui a demandé : « Peux-tu m’expliquer pourquoi tu as abandonné pendant la deuxième partie ? » Une autre patineuse russe, Alexandra Trusova, 17 ans, arrivée à la deuxième place, a piqué une crise en éclatant en sanglot : « Tout le monde a une médaille d’or. Pourquoi suis-je la seule à ne pas en avoir une ? Je déteste le patinage artistique, je ne veux plus jamais aller sur la glace ». Ces scènes sont emblématiques de ce que les Jeux olympiques peuvent montrer de plus laid quand l’obsession de la victoire fait perdre toute humanité.

Finalement, aucune cérémonie de remise des médailles n’a eu lieu pour l’épreuve dans laquelle Valieva a concouru et gagné pour le Comité Olympique Russe. L’enquête étant toujours en cours, aucune médaille n’a été confirmée. En patinage artistique, l’âge des concurrents est devenu un problème. L’épuisement et les blessures des athlètes suscitent des inquiétudes. L’union internationale de patinage envisage de faire passer l’âge minimum, actuellement de 15 ans au 1er juillet d’avant le début de la saison, à 17 ans.

La quête de l’excellence repose-t-elle sur la victoire à tout prix ?

Les affaires qui ont émaillé ces Jeux olympiques prennent leur source dans la suprématie de la victoire sur l’excellence, derrière laquelle se cachent le nationalisme et le mercantilisme. La couverture médiatique et les attentes du public autour des médailles, l’excitation et les poussées de fièvre des réseaux sociaux, la pression exercée sur les athlètes… Les règles les plus précises, la technologie de pointe au service de l’arbitrage et des tests antidopage plus stricts ne garantiront pas l’équité dans le sport si l’esprit de fair-play fait défaut.

La sécurité des athlètes est également une question émergente. Surtout pour les Jeux olympiques d’hiver, dont de nombreuses épreuves sont acrobatiques. Le mur de neige du half-pipe fait 7,2 mètres de haut. Les meilleurs riders sautent à plus de cinq mètres au-dessus du bord du tube et enchaînent les « big air », soit l’équivalent d’un immeuble de quatre étages au total. A-t-on réfléchi suffisamment aux conséquences d’une chute ?

La progression du niveau des compétition fait elle aussi apparaître des limites. En patinage artistique, Hanyû Yuzuru a plusieurs fois tenté le quadruple axel mais n’y est jamais parvenu. Évidemment qu’il est tentant pour un champion du calibre de Hanyû de vouloir devenir le premier au monde à réussir une figure. Mais quoi, ensuite ? Admettons que quelqu’un y arrive. Qui sera le premier à réussit le quintuple saut ? Depuis quand le patinage artistique est-il devenu le concours de celui qui fait le plus de sauts multiples ?

Depuis les Jeux olympiques de l’été dernier à Tokyo, le CIO a ajouté le mot « ensemble » à la formule « plus vite, plus haut, plus fort ». Cela exprime la volonté de rassembler les gens dans une forme d’harmonie, mais c’est aussi le signe que la devise traditionnelle commence à épuiser sa signification. Il est temps pour le CIO et le reste du monde de repenser l’olympisme de fond en comble.

(Photo de titre : Kamila Valieva [au centre] fond en larmes après sa performance en patinage libre féminin. À gauche, son entraîneuse Eteri Tutberidze. Pékin, 17 février 2022. Reuters)