L’humanité d’un arbitre
On a beaucoup parlé au printemps 2022 au Japon d’un arbitre de baseball qui a reconnu une erreur d’arbitrage pendant un match du tournoi national de printemps des lycées. Le match a été interrompu pour lui permettre d’annoncer au micro qu’il s’était trompé et en était navré. Les commentaires sur les réseaux sociaux ont été très élogieux. Nombreux ont ceux qui ont trouvé ces excuses magnifiques.
L’erreur est humaine. Tout le monde le comprend. Nombreux sans doute sont ceux qui ont senti l’humanité de cet arbitre qui reconnaissait son erreur sans avoir une attitude autoritaire qui lui aurait fait affirmer que le jugement de l’arbitre est absolu.
Yamaguchi Tomohisa est un arbitre qui exerce dans le baseball amateur. Sa manière d’être avec les joueurs est appréciée de ceux-ci. Entre les manches, il encourage fort les joueurs qui vont défendre, et il est très attentif à eux. On trouve sur des sites spécialisés des vidéos qui le montrent, et l’une d’entre elles a été vue près de trois millions de fois.
Il a déclaré que pour lui, les arbitres de baseball ont un rôle proche de celui d’un chef d’orchestre. Comme dans le sumo, un arbitre n’est pas seulement chargé de juger, et une machine pourrait difficilement le remplacer car elle ne veillerait pas de la même façon au bon déroulement du match.
Les règles du basket-ball indiquent en toutes lettres la mission de l’arbitre
Le règlement officiel du basket-ball publié par la Fédération japonaise de basket-ball aborde dans sa préface le rôle de l’arbitre.
« Ces règles existent pour que la compétition se déroule avec le plus haut degré de force physique et mentale, dans le respect de l’autre. »
Elles continuent ainsi : « Les joueurs sont ceux qui mettent en œuvre l’esprit de ces règles. L’arbitre régit le jeu dans l’équité et l’harmonie, en veillant à la stricte application de ces règles et en donnant des directives saines. Il doit avoir la confiance de tous. »
Le sport est une activité humaine, une culture qui s’est transmise jusqu’à nous. Les règles existent pour que les compétiteurs jouent avec équité, et la présence des arbitres est indispensable à cette fin. Les règles doivent-elles se risquer à l’annoncer en toutes lettres ?
Dans un livre publié il y a plus de trente ans, en 1991, mais qui garde toute son actualité, La Sociologie du sport, feu Nakamura Toshio (professeur à l’Université de Hiroshima), un des premiers chercheurs dans le domaine des sports, a écrit ceci à propos de la mécanisation de l’arbitrage :
« Il est inévitable que l’arbitre fasse des erreurs, et que les joueurs et les entraîneurs en fassent aussi sur l’arbitrage. Peut-être est-il impossible de faire disparaître les questions et les protestations à l’arbitre qui entraînent parfois des violences et peuvent aller jusqu’à l’annonce qu’une partie quitte le jeu. Mais au lieu d’en déduire qu’il faut remplacer l’arbitre par des machines ou interdire les questions et les protestations, nous devons d’abord essayer de réfléchir à notre choix sur ce que le sport doit être. »
C’est sur ce mot de « choix » que porte, me semble-t-il, les interrogations relatives à notre présent. Nous vivons à une époque où nous nous automatisons en cherchant la commodité qu’apportent les machines non seulement dans le sport mais dans tout, et nous devons évaluer comme il le faut les choix que nous avons à faire dans la société et dans la vie.
(Photo de titre : la technologie de hors-jeu semi-automatique utilisée pendant la Coupe du monde de football 2022 au Qatar. FIFA)
