Des relations étroites avec les responsables des chaînes de télévision

Les exigences de Mary vis-à-vis des chaînes de télévision se sont intensifiées. Elle a commencé à exiger que le casting et le contenu des émissions soient supervisés par l’agence. Par exemple, elle a refusé que les artistes de Johnny’s soient programmés en même temps que d’autres idoles masculines présentés par d’autres agents qui risquaient de leur faire concurrence. Ou d’anciens talents de l’agence mais qui l’avaient quittée. Si les exigences de Mary n’étaient pas acceptées, elle menaçait de retirer les artistes labellisés Johnny’s.

Mary se montrait très dirigiste à l’égard des sous-traitants de production des chaînes de télévision. En revanche, elle développait une relation affable et étroite avec le président et les autres membres de la direction des chaînes, comme avec le fondateur de NTV et président de 1992 à 2011, Ujiie Saiichiro (décédé en 2011).

Mary était mariée au critique Fujishima Taisuke (décédé en 1997), commentateur conservateur qui s’était présenté à la Chambre des conseillers sur la liste officielle du Parti libéral-démocrate (PLD, au pouvoir). Mary se targuait d’un volume de connaissances et d’informations comparable à celui de Fujishima, et il n’y a rien de surprenant à ce qu’Ujiie ait été fasciné par elle.

Ujiie a dîné avec Mary chez elle, dans l’une des tours d’habitations très luxueuses du quartier de Roppongi, à Tokyo. Mais Mary ne comptait pas briller devant le patron de NTV par ses talents de cuisinière : elle avait engagé le chef d’un grand restaurant qui leur servit un dîner très haut de gamme.

À la fin des années 1990, les artistes de Johnny’s ont commencé à apparaître en grand nombre dans l’émission phare de la chaîne, « 24 Hour TV : Love Will Save the Earth ». Les étroites relations de Ujiie et Mary étaient à la base de cette présence hégémonique des performeurs de l’agence à l’antenne.

Sakurai Shô, du groupe Arashi, a rejoint l’équipe de présentateurs du programme d’information de la chaîne Fuji TV, « News zero », en 2006, décision qui fut également décidée lors d’une réunion entre Ujiie et Mary. Le père de Sakurai Shô, Shun, était à l’époque un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur et des Communications, l’autorité de régulation des chaînes de télévision (il est devenu par la suite vice-ministre), une carrière qu’il doit également en partie à son amitié avec Ujiie.

Les responsables des autres chaînes commerciales privées ont également bénéficié des invitations chez Mary les uns après les autres, pour des effets similaires...

Les influences de Mary Kitagawa

Dans le cadre d’une action en dommages et intérêts pour diffamation intentée par Johnny’s contre Bungei Shunjû, éditeur du magazine Shûkan Bunshun, qui avait allégué des agressions sexuelles de Johnny en 1999, la diffamation a été rejetée pour excuse de vérité par une décision de la Cour d’appel de Tokyo en 2003. En 2004, la Cour suprême a rejeté le pourvoi de l’agence et la décision est devenue définitive.

Dans cette affaire, en première instance, la décision du tribunal de district de Tokyo en 2002 n’avait pas reconnu l’agression sexuelle, mais estimait que la déclaration suivante rapportée par Shûkan Bunshun était vraie, ou qu’il y avait des motifs raisonnables de croire qu’elle était vraie (ce point a été confirmé dans la décision de la Cour d’appel et confirmé par la Cour Suprême) :

« Quand Mary n’aime pas un acteur ou une actrice qui joue avec l’un des protégés de l’agence dans une série TV, elle appelle directement le président de la chaîne pour le ou la faire retirer du casting » (Shûkan Bunshun, 18 novembre 1999).

Un ancien dirigeant d’une chaîne commerciale privée a témoigné de la véracité de ces propos.

« Lorsque Mary l’appelait, le patron de la chaîne ne pouvait pas l’ignorer. Il expliquait alors au sous-traitant de la production ce qu’il devait faire. Et celui-ci n’avait d’autre choix que de s’exécuter. Finalement, pour éviter de recevoir ce type d’appels du président, les sous-traitants ont commencé à concevoir des programmes qui ne risquaient pas d’offenser Johnny’s. Cette pratique est devenue connue dans la profession sous le nom de sontaku, c’est-à-dire ‘conjecturer ce que le chef veut que les subordonnés fassent avant même qu’il le demande’. À savoir : rien qui puisse fâcher Johnny’s et lui faire retirer ses poulains. »

Le monde de la télévision était et est toujours axé sur l’audimat. L’agence Johnny’s en est venue à disposer d’un grand nombre d’idoles populaires capables de faire de l’audience, et grâce aux méthodes très personnelles de Mary, le monde de la télévision s’est trouvé complètement sous contrôle. Les chaînes de télévision, censées être aussi des médias d’information, ont fermé les yeux sur les allégations d’agressions sexuelles de Johnny Kitagawa.

Des appels à un contrôle indépendant des relations entre l’agence et les chaînes de télévision

Il faudra que la BBC rapporte l’information d’agression sexuelle en mars 2023 pour que les chaînes de télévision finissent par se rendre à l’évidence. Lorsque Johnny’s a reconnu les faits, en septembre dernier, certaines chaînes ont enfin commencé à diffuser des programmes examinant leurs propres relations avec l’agence.

Le 9 octobre, la NHK, la chaîne de télévision publique, a rapporté dans son émission News 7 que des agressions sexuelles de Johnny avaient également eu lieu dans ses propres studios : à l’automne 2002, Johnny a abordé un lycéen qui voulait apparaître dans l’émission diffusée par satellite « Shônen Club » avec les Johnny’s Jr. Il l’a conduit dans les toilettes pour hommes de la chaîne, où il l’a agressé sexuellement.

Certains ont dit qu’à l’avenir, chaque chaîne de télévision devrait mettre en place un système d’audit par un comité tiers. Si ces chaînes continuent à fonctionner comme elles le font actuellement, le problème des agressions sexuelles ne disparaîtra pas.