La stratégie de l’Union européenne envers ses voisins

Examinons maintenant l’implication dans cette région de l’Union européenne (UE), qu’on peut qualifier d’acteur principal dans la contribution à la stabilité politique et économique de la zone méditerranéenne.

L’UE œuvre principalement dans le cadre de la Politique européenne de voisinage (PEV) et de l’Union pour la Méditerranée (UPM).

La PEV, par le biais de la signature de traités individuels entre l’UE et ses voisins, ouvre la voie à l’aide européenne dans de nombreux domaines liés à la politique, l’économie et la société, et constitue un facteur de stabilisation politique et économique des pays voisins. Parmi eux, des républiques de l’ex-bloc soviétique comme l’Ukraine et la Biélorussie, des nations du pourtour méditerranéen comme le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie, ou encore des nations du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord comme la Libye, l’Egypte, Israël, la Palestine, la Jordanie ou la Syrie. Aux termes de la PEV, des programmes d’action sont établis entre l’UE et chaque pays, et le soutien de l’UE est apporté comme défini dans ce cadre. Les programmes d’action sont établis sur mesure en fonction de la situation de chaque nation, mais tous mettent l’accent sur le renforcement de la démocratie et de l'Etat de droit, la protection des droits de l’Homme, le dialogue politique et la compréhension mutuelle pour éviter le terrorisme et les conflits, ainsi que la dynamisation de l’économie et des échanges. L’aide économique de l’UE est conditionnée à des exigences politiques, mais dans le cas de pays arabes non démocratiques, la simple signature d’un programme d’action contenant ces éléments constitue déjà en soi un résultat.

États membres de l'Union européenne (en bleu)
États partenaires de la PEV (en orange)

Algérie, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Égypte, Géorgie, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Moldavie, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie, Ukraine

Par ailleurs, l’Union pour la Méditerranée, lancée en 2008, trouve ses sources dans le partenariat Euromed (dit aussi Processus de Barcelone), créé en 1995. L’UPM réunit les 27 membres de l’Union européenne, des pays d’Afrique du Nord comme la Tunisie et le Maroc, d’autres du Moyen-Orient comme Israël et la Palestine, et enfin des nations n’appartenant pas à l’UE comme la Turquie et les pays balkans ; c’est un organisme plurinational d’envergure régionale, centré sur la Méditerranée. L’UPM a son siège à Barcelone et elle est dotée d’une double présidence, équilibrée entre nations du Sud (avec un pays non-membre de l’UE) et du Nord (avec un pays membre de l’UE) de la Méditerranée (les premiers mandats ont été attribués à la France et à l’Egypte). L’objectif de l’UPM est de promouvoir la compréhension et la coopération mutuelles entre les pays du Nord et du Sud dans divers domaines ; la collaboration, destinée avant tout à renforcer le potentiel du Sud, porte sur les échanges dans la culture et l’éducation et s’étend à d’autres domaines comme l’industrie, l’énergie ou l’environnement. Enfin, en offrant un lieu de rencontre aux pays membres, il s’agit également de prévenir et de désamorcer les tensions entre nations du Sud.

États membres de l'UE et l’UPM (en bleu)
États membres de l’UPM hors UE (en orange)

Algérie, Égypte, Maroc, Palestine, Tunisie, Israël, Jordanie, Liban, Syrie, Jordanie, Mauritanie, Moldavie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Monaco, Albanie, Monténégro, Turquie

Ainsi l’UE s’appuie-t-elle vis-à-vis des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord sur un cadre à la fois bilatéral avec la PEV et multilatéral avec l’UPM, pour renforcer son implication à des niveaux multiples dans la zone méditerranéenne. La stratégie de l’UE est la suivante : tout en approfondissant ses liens avec les nations du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord dans des domaines aussi variés que la politique, l’économie, la société et la sécurité, il s’agit d’encourager l’évolution vers la démocratie en conditionnant l’aide économique à des exigences politiques et de préparer ainsi en douceur une stabilité politique à long terme. Au cœur de cette stratégie, dont l’UPM est emblématique, figure l’institutionnalisation du dialogue dans un cadre multilatéral. La voie vers la stabilité et le développement régionaux, comme l’UE en a elle-même fait l’expérience avec plus ou moins de bonheur, réside précisément dans cette institutionnalisation du dialogue. Les nations méditerranéennes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord possèdent un lien profond avec l’Europe, en termes géopolitiques et économiques comme historiques et culturels, mais il s’agit aussi d’une région à la structure politique vulnérable, où les conflits sont incessants. L’UE, en projetant sur les nations du pourtour méditerranéen une stratégie politique internationale basée sur sa propre expérience historique et sur son savoir-faire, travaille à la stabilité et au développement politique et économique d’une large zone qui s’étend de l’Europe jusqu’à la mer Méditerranée.