L’avenir du Japon est dans la « symbiose avec la nature »

―Maintenant que nous avons vécu le désastre du 11 mars, nous devons nous tourner résolument vers l’avenir, n’est-ce pas ?

KOBAYASHI  Depuis la catastrophe du 11 mars, il y a quelque chose qui a vraiment changé, c’est l’image du Japon. Jusqu’à présent le Japon était considéré comme un pays sûr, mais récemment des produits de l’industrie japonaise ont fait l’objet de contrôles à l’étranger pour vérifier qu’ils n’étaient pas contaminés. Je crois que dorénavant nous devons donner de nous-mêmes l’image d’un pays en « symbiose avec la nature ». Avec le séisme et l’accident nucléaire du 11 mars, les Japonais ont beaucoup appris. Ils doivent faire savoir qu’ils ont fait un grand pas et proposer des produits et des services conçus en harmonie avec la nature. Faute de quoi, le monde risque de nous abandonner à notre triste sort. Nous devons nous employer activement à promouvoir l’image d’un Japon en « symbiose avec la nature ». L’enjeu de l’écologie ce n’est pas seulement les résultats économiques et la protection de l’environnement, c’est la place du Japon sur la scène internationale.

―Certains écologistes étrangers s’intéressent de très près à la façon de vivre et à l’écosystème du Japon de l’époque d’Edo (1600-1868). Mais le Japon d’aujourd’hui est bien différent de celui de l’époque d’Edo, n’est-ce pas ?

KOBAYASHI  Les Japonais utilisent volontiers le terme  mottainai (littéralement : « quel gâchis ! », « dommage ! ») pour exprimer le regret de n’avoir pas tiré complètement parti d’une situation ou de quelque chose. A l’origine de cette expression, il y a, semble-t-il, la croyance d’ordre animiste que la nature, les montagnes, les arbres et toutes les choses sont habités par d’innombrables divinités (yaorozu no kami). L’Allemagne s’est imposée comme un des états les plus avancés en matière d’écologie et de protection de l’environnement. Le Japon devrait, quant à lui, s’affirmer comme le pays à pointe de la « symbiose avec la nature ». Je pense qu’il pourrait, à bien des égards, attirer l’attention de l’étranger avec, par exemple, le recyclage des vieilles maisons et des matériaux. J’ai l’impression que, jusqu’à présent, la sensibilité particulière que les Japonais entretiennent avec la nature n’est pas bien connue à l’étranger.

Pourtant, le Japon a grandement contribué à l’établissement  de règles internationales fondamentales régissant les rapports de l’homme et de la nature. Le Protocole de Kyoto(*1) sur les changements climatique est un traité de toute première importance qui été conclu en 1997, sur le territoire même de l’Archipel. De même que, le Protocole de Nagoya(*2) sur l’accès aux ressources énergétiques de 2010. Par ailleurs, le Japon est le premier pays au monde à avoir pris l’initiative de publier des livres blancs sur l’environnement. Il faudrait faire en sorte que le monde soit mieux informé des initiatives du Japon en matière d’écologie et de leurs résultats.

―Vous venez de dire que le Japon doit donner de lui même l’image d’un pays en « symbiose avec la nature », mais à votre avis quelle perspective faut-il adopter pour reconstruire les villes des zones sinistrées de la région du Tôhoku ?

KOBAYASHI  Comparé à l’Amérique ou à l’Europe, le Japon est un pays qui sait tirer parti de l’espace habitable très limité dont il dispose, mais n’a pas l’habitude de raisonner en termes d’espaces ouverts. Des alignements de grands immeubles avec de rares espaces verts, traversés par de grandes routes : c’est ainsi qu’on voyait les grandes villes au XXe siècle. Mais je pense que cette conception de l’urbanisme n’est plus de mise. En ce qui me concerne, je considère que les villes du XXIe siècle devraient, vues de l’extérieur, avoir l’apparence d’une succession de collines couvertes de verdure reliées entre elles. Les zones en pente seraient entièrement recouvertes de végétation et si on manque d’espace, on pourra toujours recourir au sous-sol. Je crois que si nous ne procédons pas à des changements radicaux de ce type, nous ne pourrons pas faire valoir l’image d’un Japon en « symbiose avec la nature ». Je pense qu’il serait intéressant de construire ce genre de ville dans la région du Tôhoku.

―M. Kobayashi, habiter comme vous dans un éco-logement, c’est aussi une façon de vivre en « symbiose avec la nature » dans une grande ville, n’est-ce pas ?

KOBAYASHI  J’ai toujours eu une passion pour les papillons et j’ai planté, autant que possible, des variétés de fleurs et d’arbres où les papillons aiment se poser. A Setagaya en plein cœur de Tokyo, on peut observer pas moins de trente espèces de papillons différentes. Pour assurer l’isolation thermique de ma maison, j’ai fait installer des fenêtres à double vitrage, si bien que quand il neige les vitres ne sont pas embuées par la condensation. Grâce au double vitrage, je fais des économies d’énergie importantes et par dessus le marché je peux admirer la neige à loisir (rires). Même dans l’espace confiné des grandes villes, il est toujours possible de vivre en goûtant aux plaisirs de la nature.

 

Propos recueillis en septembre 2011 par Hayashi Aiko

Portrait de Kobayashi Hikaru : Kawamoto Seiya

Photographies et plans éco-logement : Kobayashi Hikaru

La maison éco-durable de Kobayashi Hikaru

Outre le rôle officiel qu’il a joué dans la formulation de la politique environnementale du Japon en tant que vice-ministre de l’Environnement, Kobayashi Hikaru vit dans une maison éco-durable en plein cœur de Tokyo, dans le quartier de Setagaya. Cet édifice est respectueux de l’environnement en raison de trente de ses caractéristiques qui vont de l’alimentation en énergie solaire au recyclage de l’eau. En 2008, soit neuf ans après avoir fait réaménager sa maison, M. Kobayashi avait réduit de 50 % les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère de son logement. Il a aussi constaté la présence de vingt à trente espèces de papillons dans son jardin. Sa démarche prouve qu’il est tout à fait possible de vivre en harmonie avec la nature, même au cœur d’une mégalopole moderne.

La maison éco-durable de Kobayashi Hikaru

  • Eolienne
  • Eau de pluie
  • Paroi végétale
  • Panneaux solaires
  • Générateur d’énergie solaire
  • Poêle à bois
  • Chauffage par le sol
  • Toit végétalisé

 

vues « Japonécologie » de la vie quotidienne

(*1) ^ Le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques, est un traité international ratifié par 168 pays qui a pour objectif la limitation des émissions de gaz à effet de serre.

(*2) ^ La conférence de Nagoya, qui a réuni 193 pays en 2011, a abouti à l’adoption d’un Protocole sur l’accès aux ressources énergétiques et le partage des avantages tirés de la biodiversité.